Chapitre 1 : L'auberge du dragon rouge

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« Un soir où la comète passera, l'enfant de feu naîtra. C'est au second passage de cette comète que l'esprit des premiers dragons le guidera et les grands serpents du nord sur notre terre voleront de nouveau. »

Prophétie de la prêtresse Ashaï. (Deuxième ère Périène)

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La ville de Carcazon était animée par un tout nouveau feu. Il y a de cela deux mois une comète flamboyante avait survolé la terre et depuis, cette petite bourgade, où la boue et la bière se côtoyaient souvent, s'était vue transformé en repère pour les astronomes du coin et des quelques révoltés et superstitieux qui croyaient encore aux dragons et qui voyaient en cette boule de feu céleste un signe de leur avènement prochain.

Tandis que les quelques maisons étaient toutes endormis, enveloppées dans l'obscurité poisseuse d'une nuit sans clarté, des cris et des rires s'élevaient dans le bâtiment qui avait fait sa renommée à ce petit village de paysans. La lanterne à l'extérieur de l'auberge se balançait au rythme du vent froid, gémissant et mordant de l'hiver. Une odeur de plat mijoté titillait les papilles et réchauffait les cœurs errants. Une voix enchanteresse s'élevait en provenance de la taverne au dragon rouge presque effacé sur sa façade. La bardesse chantait et dansait gaiement sur une estrade en face de plusieurs tables où étaient assis des poivrots pour la plupart.

Un homme blond aux yeux verts, habillé ridiculement d'une tunique rouge, verte et jaune aux manches bouffantes l'accompagnait au luth. La jeune femme, elle, était habillée d'une robe fluide aux étoffes assez communes comme de la simple toile et de la soie. Elle portait une cape de ces mêmes étoffes qui retombait au bas de ses chevilles, ses cheveux aussi noirs que la nuit cascadaient élégamment dans son dos et rebondissaient sur ses épaules à chaque pirouette qu'elle faisait. Elle avait égayé sa peau laiteuse et lisse en rosissant ses pommettes et ses lèvres. Ses yeux paraissaient tantôt bleus, tantôt violets et pour ajouter à ce regard hypnotisant un peu plus de caractère, d'épais sourcils s'abaissaient et se hausser sans cesse alors que des paroles osées faisaient taper des mains les spectateurs.

« Réveille-toi, l'heure est venue de te réveiller.

Oh magie millénaire, créatures maudites.

Les pères vous ont chassés, mais leur temps est révolu...

Qu'ils sont devenus vieux!

Pleins de promesses, bouffis d'orgueil!

Jamais n'a-t-on vu rois si incapables!

Bientôt nos feux vous atteindront,

Le combat habituel entre ombre et lumière.

Vous tomberez aux mains de la magie!

L'empressement du feu, le soulèvement d'une nation.

Nous sommes toujours dans votre grâce, profitez en mes seigneurs,

Bientôt nous serons libres. »

La chanson se finit et des éclats de voix se firent alors entendre. La chanteuse salua la foule, accompagnée par l'homme perroquet qui alla aussitôt s'asseoir en galante compagnie. D'autres parlèrent de plus belle, animés par l'alcool et l'animation des lieux : « En 25 ans y a deux fragments de Soleil qui s'sont décrochés et qui nous ont frôlés, ça si c'est pas signe que not' fin est proche je m'appelle plus Gillou Cousin. Et vous vous en dites quoi m'dame ? » demanda ledit Gilles Cousin qui était ici renommé pour ses vins d'exception. « Moi ? » La chanteuse descendit de l'estrade et s'approcha de lui et de sa tablée. « Je pense que ce n'est peut-être pas la fin du monde... Vous avez raison, en 25 ans les comètes nous ont frôlés mais les elfes d'antan, qui lisaient dans les étoiles, disaient que parfois le ciel envoyait des signes et qu'il fallait les interpréter avec attention car cela en valait souvent la peine. Peut-être bien que ces boules de feu sont un signes que les anciens Dieux nous envoient pour nous prévenir d'un grand évènement ? » Les trois hommes à table la regardèrent de leurs yeux livides emplis d'incompréhension et d'alcool. Voyant que ses mots les avaient embrouillés, elle leur souhaita à tous une bonne soirée de son plus joli sourire et alla se chercher une pinte au bar. Elle s'avança ensuite vers une table vide. Mais alors qu'elle s'apprêtait à s'y asseoir, un homme se planta devant elle et la toisa d'un regard affamé.

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