Chapitre 5

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Tadi me mit le casque sur la tête et m'installa derrière lui sur la moto. Je me cramponnai à lui du mieux que je pouvais, mes bras entourant fermement sa taille. Plus je le serrais, plus il accélérait ; et plus il accélérait, plus je le serrais. Une étrange logique. Je ne connaissais pas les limites de vitesse aux États-Unis, mais je savais que nous allions vite. Trop vite pour moi.

Je n'osais pas ouvrir les yeux. Le vent sifflait autour de nous, et mon casque, pressé contre le dos de Tadi, ne m'apportait qu'un maigre réconfort. Malgré la chaleur, il avait enfilé une veste en jean. Cela semblait logique : à moto, le vent fouette la peau, et mieux vaut une protection minimale.

Soudain, mon ventre se tordit douloureusement, m'envoyant une alerte bien connue. Non... pas encore. Je n'avais aucune envie de revivre ce qui s'était passé dans la douche ce matin.

— Tadi ! Va moins vite ! — Je criai à travers le bruit du moteur et du vent, ma voix étouffée par le casque.

— Quoi ?

— Je ne me sens pas bien ! Arrête la moto !

— On arrive bientôt ! Tiens encore un peu !

— Ok !

Il n'avait pas menti. Quelques minutes à peine après ma demande, il ralentit et gara la moto sur une grande place. Dès que mon pied toucha le sol, je me sentis pantelante, comme si la terre sous moi tanguait.

L'endroit où Tadi m'avait emmenée était une sorte de complexe gigantesque. Un immense centre commercial se dressait devant nous, entouré de restaurants, de cafés, d'un bowling et de divers magasins. L'air frais et climatisé de l'entrée me fit un bien fou, dissipant presque instantanément ma nausée.

Dans mon sac en bandoulière, je commençai à farfouiller à la recherche d'une barrette pour attacher mes cheveux. Comme souvent, je ne la trouvai pas. À la place, je dénichai un vieux crayon à papier traînant au fond et improvisai un chignon désordonné. Tandis que je me débattais avec mes mèches rebelles, Tadi me regardait. Il semblait vouloir dire quelque chose, mais il se retint pour une raison que je ne comprenais pas.

C'est alors que mon téléphone émit un « plop » discret. Je sursautai, peu habituée à recevoir des messages. Mes doigts tapotèrent l'écran pour déverrouiller l'appareil, dévoilant un nouveau message d'Abel, le frère de Linda.

« Hey ! Ça va ? On va à Clearwater, ça te dit de venir avec nous ? :D »

Clearwater. Le nom ne me disait rien. Je me tournai vers Tadi.

— Dis, c'est quoi Clearwater ?

— Une forêt. Pourquoi ?

— Abel m'a proposé d'y aller.

— Abel ? Quand ça ?

— Là, à l'instant. Je crois que c'est aujourd'hui, mais je ne sais pas à quelle heure...

— Demande-lui, et demande aussi qui sera là de ma part. — Un léger sourire flottait sur ses lèvres.

— D'accord, attends...

Je pris un moment pour rédiger ma réponse. J'avais toujours cette peur de mal formuler mes phrases ou de laisser traîner des fautes idiotes. Après m'être relue trois fois, j'envoyai finalement :

« Je ne sais pas, quand y allez-vous ? Je suis avec Tadi au centre commercial. Il demande qui sera là. :) »

La réponse ne se fit pas attendre. Abel écrivait vite, bien plus vite que moi.

Three Single WordsWhere stories live. Discover now