Étrange incursion

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En ce matin de septembre, Solène sortit un petit peu plus tôt promener Cara. Un oiseau l'avait réveillée vers cinq heures et elle n'avait pas réussi à se rendormir. Une question tournait en boucle dans sa tête : est-ce que Clément la trompait ? Depuis plusieurs mois, il semblait distant et répondait rarement aux messages. Ils se voyaient moins qu'avant et quand bien même, l'ambiance paraissait toujours tendue.

Solène ferma sa porte à clé et invita Cara à la suivre. Pendant cette période de doute, son golden retriever lui permettait de garder le cap. Tous les matins, elle la promenait le long de la mer avant d'aller prendre son poste d'assistante vétérinaire au centre-ville de Ploemoeur.

Quelques minutes après avoir quitté sa petite maison, elle s'engagea sur le sentier côtier en direction du Courégant. Elle adorait la proximité de l'océan et n'aurait déménagé pour rien au monde. Le vent frais et salé, les odeurs des algues mêlées à celles de la lande lui rappelaient qu'elle était vivante. À Fort-Bloqué, elle s'assit sur un banc, face à l'océan et ferma les yeux. Tandis que Cara se couchait à ses pieds, un sourire illumina son visage. Ce qu'elle aimait ce chien ! Elle se concentra sur le bruit des mouettes et le ressac des vagues. Cet environnement l'apaisait. Elle inspira et expira très lentement comme elle l'avait appris en regardant ces vidéos de méditation. Bientôt, elle ne pensa plus à Clément, seulement à son bien être et à la chance qu'elle tenait de vivre à deux pas de ce paysage grandiose. Inspiration. Expiration.


Une sensation humide et rugueuse la fit émerger. Elle mit du temps à se repérer puis réalisa qu'elle s'était endormie.

- Merde ! Il est quelle heure ?

Elle consulta son téléphone : sept heures quarante-cinq.

- Oh ! Jeanne va me tuer.

Elle se leva d'un bon et expliqua à Cara qu'elles rentreraient par la route afin de gagner du temps. Arrivées au bord de la piste goudronnée, Solène s'accroupit et arrima la laisse au collier de la chienne. Celle-ci n'avait pas pour habitude de courir après les voitures mais la maîtresse ne souhaitait prendre aucun risque. À mi-chemin, la golden retriever s'arrêta net et se mit à aboyer vers les fourrés.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as vu un lapin ? Aller on y va ma cocotte, intima-t-elle en tirant doucement sur la laisse.

L'animal ne bougea pas et jappa une nouvelle fois.

- Pas ce matin Cara ! Je suis en retard.

Mais la chienne restait immobile. Solène se résigna à jeter un œil. Elle s'avança en direction des plantes du bas-côté et ne vit d'abord rien. Ses yeux distinguèrent finalement des reflets argenté, filtrer à travers le feuillage. Elle inspira bruyamment pour se donner du courage et s'enfonça parmi les branchages. Ce qu'elle découvrit lui glaça autant le sang que cela l'émerveilla : une véritable sirène gisait au sol, une plaie béante au niveau du ventre.

Je dois être en train de rêver, se dit Solène en s'approchant de la créature. Celle-ci mesurait environ deux mètres, des écailles brillantes couvraient le bas de son corps. Au-dessus de son buste, couleur albâtre, des cheveux roux masquaient sa figure. Intriguée, elle approcha ses doigts de la femme-poisson, en écarta les mèches carmin et recula en criant. La sirène portait son visage. Elle était la sirène.


Un cri strident la réveilla pour de bon. Son cri. Terrorisée, elle se redressa sur son lit, elle pleurait. Clément se redressa également et la serra tendrement entre ses bras.

- Tout va bien mon cœur, tu as fait un cauchemar. C'est fini.

Cara, alertée par les cris de sa maîtresse se joignit au couple et vint poser sa tête sur ses cuisses. Solène se calma, caressant machinalement l'animal, jusqu'à ce que quelque chose arrête sa main dans les poils de la chienne. À l'aveugle, elle détacha l'objet collant et le porta à ses yeux. Elle tenait entre ses doigts une grande écaille argentée.

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