Mise à feu

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Mise à feu

Un homme, Marco.

Il est amusant de constater comment un prénom véhicule tout un tas d'idées reçues. Non je ne suis pas italien, je suis un bon américain, mes parents, eux-mêmes immigrés d'Italie me l'ont suffisamment répété. Je crois qu'ils ont raison. Et puis, il existe des quantités de clichés de moi, posant avec mon casque sur fond de drapeau américain.

Oui je suis astronaute.

Non. Je l'étais.

3...2...1... Mise à feu.

Le scotch me brûle la gorge. J'y suis habitué, il est mon seul réconfort ici.

Il est quatre heures du matin, je déambule dans un petit village, à proximité de Boston, suffisamment loin quand même pour que la quiétude de la nuit me satisfasse.

La nuit est claire, le ciel éclairé par une Lune blanche, presque pleine.

Ce doit être beau, pour un observateur qui n'a pas autant de litres de scotch dans l'estomac.

C'est drôle – Je crois que le mot n'est pas très adapté – ce rituel nocturne m'apaise.

Voilà six ans que ma mission s'est achevée, six ans que j'ai sombré dans un alcoolisme de plus en plus profond, cinq ans que je n'ai plus de famille, et un an que j'ai décidé de boire la nuit, déambulant au rythme de mes errances, sans but réel, assommé par l'alcool, titubant, trébuchant pour rentrer dans mon appartement crasseux dès que le Soleil pointe le bout de son nez.

3...2...1... Mise à feu

La lumière du jour me brûle les yeux.

Etrange, je me suis réveillé tôt aujourd'hui, il n'est que 16h.

Alors que je me lève difficilement je ressasse ces pensées qui ne me quittent pas depuis six longues années. J'attrape un verre d'eau et un cachet et je me remémore, une fois de plus ces évènements.

Tricia, la femme de ma vie. Je le croyais vraiment.

Ce temps est révolu.

J'avais été choisi. Le président lui-même avait désigné mon nom. J'en étais fier à l'époque. Enfin je crois.

Elle aussi, malheureusement.

La NASA rechigne à assigner un couple à la même mission, ça empêche les membres d'équipage d'être focalisé sur la mission.

Oui, depuis la découverte de ce nouveau mode de propulsion l'Espace est plus proche que jamais. C'était il y a vingt-cinq ans, toutes les agences spatiales avaient lancé des campagnes massives de recrutement.

Il n'était aujourd'hui pas rare de voir des couples d'astronautes, des familles de père en fils.

Tricia et moi-même étions les seuls agents disponibles et compétents pour compléter l'équipage de la mission Hygie 64, destinée à faire la liaison Terre-Alpha Centauri afin de porter secours aux éventuels vaisseaux en difficulté.

3...2...1... Mise à feu.

Nos coéquipiers sont ; Mike, un grand noir baraqué, pilote et chef d'équipage de la mission, et Jenny, une nouvelle recrue assignée à sa première mission importante.

Nous recevons le briefing de la mission, le vaisseau effectuera l'aller-retour Terre-Alpha Centauri autant de fois qu'il le sera possible en l'espace de six mois, gardant un contact radio constant avec tous les appareils de la zone afin de s'assurer du bon fonctionnement de chacun.

Mike nous surveille, soupçonneux, agacé que la NASA ait accepté qu'un couple participe ensemble a la même opération.

Jenny est très timide, elle se retrouve rarement face à des agents expérimentés, il faut dire que Mike, du haut de ses vingt-trois ans de carrière force le respect. Mais même Tricia et moi, avec nos « seulement » neuf et sept ans d'expérience impressionnons la jeune recrue.

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