Pour la première fois depuis l'automne, un rayon de soleil s'échappe de ma fenêtre et fait scintiller le métal de l'armature de mon stylo plume. Mon bureau récupère un peu d'attrait, il n'est plus simplement l'endroit ou je m'acharne à boucler une dissertation. Désormais, c'est volontiers que je m'y adosserais pour m'essayer à la poésie ou pour donner vie à ces scènes rurales que mon esprit compose parfois lors de mon sommeil. Pourtant, c'est accroupi au pied de mon miroir que je me tiens, mon carnet de dessin posé sur les cuisses. Bizarrement, l'inconfort que prodigue la sensation de l'osier rugueux contre mes tibias ne me dérange pas tant que ça. Plongé dans la contemplation de mes propres yeux, je tente d'effectuer un auto-portrait. Avec beaucoup de mal, j'essaye de reproduire sur le papier la forme particulière de mon visage, duquel les contours marqués et anguleux m'empêchent de dessiner un simple oval. La mine de mon crayon effectue des va-et-vient pour tenter de reproduire l'épaisseur de ma masse capillaire, laquelle j'estime est devenue trop longue au cours des derniers mois. Si ça continue, je pourrais bientôt coincer mes boucles brunes derrière mes oreilles. Je ne sais si je devrais tenter de mettre en couleur ce portrait raté. Tous mes crayons de couleur bleue sont trop clairs pour être une honnête représentation de mes yeux. Je soupire et passe ma main dans mes cheveux. Comme d'habitude, une mèche se coince dans la bague en argent que j'ai eue pour mes 18 ans, ce qui me fait gémir brièvement. Quelle idée, aussi, de porter des bagues quand on est un homme. L'anneau est simple, plat et épais, et orné d'une minuscule pierre assez en relief pour toujours me tirer les cheveux quand je me recoiffe. Mon reflet a l'air désespéré. J'estime que c'est assez de narcissisme pour la journée et abandonne mon carnet par terre, pendant que je m'étire, devant la fenêtre. Je décide de gagner le salon, dans lequel mon père prenait un verre avec son meilleur ami tout à l'heure.
YOU ARE READING
le meilleur ami de mon père (os)
Short Storyc'est une chaude fin d'après-midi printanière, le salon baigne dans l'agréable lumière dorée précurseur de l'été. (!) c'est une one shot, ne vous attendez pas à un super développement des relations mentionnées (!)
