Chapitre 36 : La parade (Partie 2)

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C'est avec une marque carmin bien visible que Loan entre dans la salle de réception de l'opéra, Erine à son bras. Mais il n'en a rien à faire, les gens qu'il côtoie ce soir l'ont vu grandir et une trace de rouge à lèvre n'est qu'une frivolité de plus. À peine lui et Erine pénétrent-ils dans la salle que Sehan vient envelopper le bras libre de la jeune femme qui se retrouve flanquée des deux frères Harmin.

— Wouah ! lâche Sehan sans retenue.

De la manière la plus indécente qui soit, il détaille la tenue de son amie et il n'est pas le seul. Loan voit bien qu'Erine n'y fait pas attention, mais lui, il remarque les pairs d'yeux qui trainent derrière elle. Il se colle à elle, resserre un peu plus son étreinte autour de son bras et glisse une main dans la sienne. Retrouvant son habituelle innocence, elle se laisse faire et Loan est contraint de la suivre lorsqu'elle va d'un bout à l'autre de la salle pour saluer de vieilles connaissances. Quand les premières notes de musique résonnent, elle l'entraîne sur l'un des balcons, le même d'où ils contemplent la parade chaque année. Erine s'accoude à la rambarde. Une brise fraîche s'est levée et Loan encadre son amie, posant ses mains de chaque côté des siennes. Agités par le vent, les petits cheveux qui s'échappent de sa coiffure ont vite fait de lui chatouiller le nez.

Loan observe la rue en contrebas où des centaines de personnes sont agglutinées. Leurs chants et leurs acclamations remontent jusqu'au sommet des immeubles. Dans le bâtiment d'en face, se tient une réception de la haute société à laquelle le jeune homme sait son parrain convié. Il fixe les terrasses dans l'espoir de le voir, mais des fumigènes colorés ont vite fait d'obstruer sa vue.

Un grésillement se fait entendre et s'en suit la voix du président Nuha :

— Citoyennes, citoyennes, bienvenue au défilé annuel de l'unification. Dans quelques instants, vous pourrez admirer vos artistes, vos agents, vos confrères et consoeurs, et ensuite festoyer avec eux pour célébrer la nouvelle année qui s'offre à nous.

Loan regarde partout autour de lui, mais l'homme n'est nul part. Ce discours est retransmis par les hauts parleurs disséminés un peu partout sur l'avenue.

— Avant de vous souhaiter une excellente nuit de réjouissances, je veux vous rappeler que l'usage des quatre éléments est strictement interdit avant, pendant et après le spectacle. Seuls les artistes sont autorisés à les manier durant le défilé. J'en appelle à votre discipline et bienveillance pour respecter cette consigne.

Un murmure vague s'élève des différents amas de foule. Bien qu'il l'apprenne, Loan n'est pas surpris par cette mesure.

— Et maintenant, place au spectacle ! Citoyennes, citoyens de la Ligue, je vous souhaite une bonne année !

La voix du président se coupe pour laisser place à une musique joviale qui emplit toutes les rues d'Orfey. Le son diffusé par les baffles est rapidement accompagné par celui d'instruments joués en direct depuis la parade. Les chants reprennent de plus belle au rythme des notes.

— Bonne année, glisse Loan à l'oreille d'Erine.

Pour toute réponse, elle mêle ses doigts aux siens, mais le plaisir qu'elle ressent en ce moment se diffuse à lui. Il sourit, se laissant envahir par l'excitation et la joie de savourer cette nuit entouré de ceux qu'il chérit.

La parade est une succession de tableaux colorés où se mêlent les artistes et les différents corps de métiers de la Ligue. Du petit ouvrier sans qui un vaisseau ne pourrait être assemblé, jusqu'à l'officier gradé qui parcourt plusieurs fois par an l'univers de bout en bout. Bien alignés, ces hommes et ces femmes défilent et saluent la foule en délire. Ils sont les héros d'un soir. Enfant, Loan a participé à la parade. Les jeunes Contrôleurs ont d'ordinaire une place de choix dans le cortège, mais ce soir, la Ligue ne les a pas autorisés à participer, par mesure de précaution. Seuls quelques pyromanes issus des classes âgées sont là pour représenter Laorelon, accompagné du directeur de l'académie, monsieur Sorven.

Magnifiquement bien manipulés, des animaux de feu ou d'eau s'approchent au plus près des gens. Erine n'hésite pas à passer sa poigne au milieu de la fourrure flamboyante d'un félin qui monte jusqu'à eux. Plusieurs personnes qui les entourent ont un mouvement de recul, certaines s'écrient de peur, même. Loan, lui, est amusé. Il profite et sourit jusqu'à ce que ses pommettes deviennent douloureuses. Même si cela a été interdit, il use de ses pouvoirs pour redonner un peu de vigueur au fauve enflammé et l'envoie vers le balcon suivant.

— Regarde, les danseuses ! s'exclame Erine en pointant un groupe du doigt.

En bas, les ballerines exécutent en parfaite concordance une série de mouvements qui a dû être chorégraphié par sa mère. Des filets oranges s'enroulent autour de leur buste, font scintiller leurs costumes sans que cela ne les déstabilise. Sans surprise, le feu est l'élément qui domine ce spectacle.

Régulièrement, des bombes de confettis colorées explosent ici et là. La poussière rouge, bleu, verte ou jaune recouvre les populations et la robe d'Erine est désormais multi color. Une nouvelle détonation retentit, mais elle retient l'attention de Loan plus que les autres. Son son est légèrement différent. S'en suivent des cris qui ne ressemblent en rien aux acclamations joyeuses de la plupart des citoyens.

L'entièreté du corps de Loan se tend. Les sens en éveil, il cherche la source du bruit, hésitant à faire rentrer Erine et son frère à l'intérieur. Il sent tout à coup la jeune femme se redresser contre lui. Il suit son regard, elle fixe l'immeuble d'en face, là où se trouve Malcombe, ainsi qu'Alexan. Par intermittence, lorsque les faisceaux lumineux de la fête s'orientent vers lui, il entrevoit les gens sur les balcons courir, crier, s'amasser sur les côtés.

L'inquiétude l'oppresse soudain et il sent le cœur d'Erine taper dans tout leur être.

— Qu'est-ce qu'il se passe en face ? l'entend-il demander.

Loan déglutit sans cesser de fixer l'autre côté de la rue. Plusieurs personnes autour de lui semblent avoir remarqué l'agitation. Aux aguets, lui aussi, Sehan s'est avancé vers la rambarde. Les bombes colorées continuent de s'ouvrir, obstruant tantôt la vue du jeune homme. La main d'Erine dans la sienne lui brouille les doigts. Un vif point blanc se dessine au milieu de la fumée. La salle dans laquelle la réception se déroule à été éclairée. Loan sent qu'on y fait appel aux éléments. Des flammes s'allument ici et là. Des néons s'enclenchent ici et là dans la rue, sur les toits, dévoilant des silhouettes en équilibre sur des tourelles ou des rambardes. Elles disparaissent, la lumière s'éteint. L'éclat d'un feu d'artifice rosé révèle un homme vêtu de noir, au visage masqué, posté sur le rebord d'une fenêtre. Il disparaît à son tour.

Loan écarquille les yeux, ne croyant pas ce qu'ils lui montrent.

— Ce sont eux ? demande Erine en hurlant.

Le jeune contrôleur ferme et ouvre ses paupières. Il pense à une illusion. Pourtant une nouvelle illumination montre bien un nouvel homme suspendu à une gouttière, à moins que ça ne soit le même depuis le début. Alors qu'il l'observe, détaillant sa posture et sa tenue, il le croit voir enlever son masque. Il est si loin et la fumée floute sa vision, pourtant, il jure voir la matière noire se mouvoir sur son visage, dévoilant des traits qu'il a l'impression de connaître.

Loan ferme les yeux, sa respiration se bloque. Les battements frénétiques de son cœur font trembler tout son corps. Mais quand ses paupières remontent, l'homme a disparu et la gouttière est à nouveau plongée dans la pénombre.

Erine tire sur sa chemise, le ramenant à la fête.

— Loan, tu crois que ce sont les mystérieux téléporteurs dont parle la presse ?

Abasourdi, il zieute vers son amie, à peine une seconde, de peur de rater une nouvelle apparition. Si ce ne sont pas ces gars dont tous les témoignages parlent depuis quelques semaines, alors qui sont-ils ?  

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Oupsiiii, oupsiiii ... la soirée n'a pas l'air de vouloir se terminer dans le calme. 

Quels sont vos retours sur ce chapitre ? personnellement, j'ai adoré l'écrire 😃

Le Cristal Pur ~ Tome 1 ~ TERMINÉOù les histoires vivent. Découvrez maintenant