Chapitre 33 : Lui, il l'aurait fait (partie 1)

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Baillant, Loan regarde les élèves sortir de leur chambre après une nuit plutôt calme. Aucun cas de dérèglement à déclarer, le Contrôleur va pouvoir aller rejoindre son lit. Avant cela, il passe par le réfectoire qui commence à se remplir d'étudiants. Une boisson chaude dans les mains, il s'assoit à une table où somnolent ses meilleurs amis. Aven a déjà entamé sa nuit, la tête posée dans ses bras et Noreen trempe mollement un biscuit dans un verre de lait.
La  rumeur comme quoi la direction autorisera les élèves à quitter Laorelon d'ici peu s'est répandue comme une trainée de poudre et anime les conversations depuis la veille au soir. Loan a eu la confirmation par son parrain que les Contrôleurs partiraient de l'académie pour quelques jours. L'annonce sera faite dans la journée. Loan entend déjà la plupart des élèves planifier ces quelques jours de liberté que lui compte passer à dormir. Après toutes ses semaines de vigilance, il ne veut qu'une chose, se reposer et qu'on s'occupe de lui comme il s'est occupé des autres.
—   Les petits ont passé une partie de la nuit à préparer leurs vacances, aussi, intervient Noreen.
Loan porte ses iris sombres sur son amie.
—   ­Comment ça ? interroge-t-il.
Son corps se tend, il sait qu'il ne va pas aimer la suite. Avec l'idée émise la veille par Erine, il s'attend désormais à tout. Noreen a l'air surprise par la demande de précisions. La rouquine effectue ses rondes nocturnes à l'étage de la chambre d'Erine, elle a donc dû les voir mijoter leur nouvelle bêtise.
—   Ils ont passé une partie de la nuit à préparer leurs vacances, redit Noreen.
La poigne de Loan se resserre un peu plus sur sa tasse.
—   Tu sais où ?
La rouquine hausse les épaules, puis grimace.
—   Je ne sais pas où, mais personnellement, je n'aurais pas choisi cette destination. Les images qui flottaient ne donnaient pas envie.
Loan croise le regard d'Aven dont la conversation a attiré l'attention. Il émet un grognement sourd, tape sur la table et se lève d'un coup. Il traverse le réfectoire à grande enjambé, ne fait pas attention aux étudiants qu'il percute en s'engageant dans l'escalier. Ils ne vont tout de même pas oser partir à la poursuite de ce maudit caillou ? Cette lubie doit cesser ! Guidé par la fureur qui l'anime, il grimpe les cinq étages sans même s'en rendre compte. Alors qu'elle s'apprête à sortir de sa chambre, il chope Erine par le bras et la pousse à l'intérieur.
— Non mais ça ne va pas ! s'écrie-t-elle, j'aurais pu te frapper.
Et joignant le geste à la parole, elle lui flanque un gros coup de poing dans le bras. Mais Loan ignore les yeux exorbités de son amie et la surprise des autres. Il la fixe, ses iris droits dans les siens pour qu'elle y lise toute la colère qui l'anime.
— C'est plutôt à toi qu'il faut poser la question ! rétorque-t-il. Mais qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?
— Je suppose que tu parles du voyage sur Tehren ?
— Oui, répondit-il, toujours sur le même ton.
— Et comment t'as su, d'abord ? feule Erine.
— On s'en moque !
Elle lui recolle une frappe sur le torse pour le faire reculer alors qu'il l'a quasiment plaqué contre le mur. Les lèvres retroussées, prêtes à en venir aux éléments pour se défendre, elle le toise. C'est la première fois qu'il voit autant d'animosité dans son regard.
— Je ne t'ai pas demandé ton avis, alors maintenant, à moins que tu aies décidé de nous aider, tu ne te mêles plus de cette histoire ! cingle Erine.
Tremblant, il la relâche et fait quelques pas dans la chambre en expirant lentement pour retrouver son self-control. Il garde ses yeux rivés sur Erine et évite soigneusement leurs autres amis et son petit-frère qui se sont amassés devant la porte. Quand il revient au niveau d'Erine, il ne peut s'empêcher de souffler longuement. Elle l'exaspère. Il prend le visage de la jeune femme entre ses mains, une nouvelle inspiration, toute aussi profonde que la précédente et il commence :
— C'est toi qui va m'écouter, s'il te plaît. Ce n'est pas un jeu. C'est grave ce qu'il se passe. Que tu veuilles sauver Anaiel, c'est normal. Mais vous vous jetez dans l'inconnu. Vous n'êtes pas préparés à ce genre de mission, vous tirez vos informations de vieilles légendes et vous vous apprêtez à aller explorer une planète dont vous ne connaissez rien. As-tu vraiment conscience du danger que vous allez courir ?
— Mais pourquoi tu ne t'en prends qu'à moi ? explose-t-elle. Pourquoi tu ne vas pas engueuler ton frère plutôt que moi ! Il est autant impliqué que moi, il m'a accompagné et soutenu dans tout ce qu'on a fait, alors pourquoi c'est toujours à moi que tu fais des reproches ?
Elle se met à faire des grands gestes et à lui cogner frénétiquement sur le torse  avec ses petits poings à peine serrés. Ces yeux se mettent à briller, les larmes perlent sur ses joues précédemment rougies par la colère. Comme à chaque fois qu'elle lève la main sur lui, il arrête son geste en se saisissant de ses poignets puis veut l'attirer contre lui. Il essaye de l'emprisonner entre ses bras, mais elle résiste.
— Non ! râle-t-elle, non te ne m'amadoueras pas avec tes câlins !
Loan attend qu'elle faiblisse, qu'elle craque et se love contre lui, mais à sa grande surprise, elle ne cesse de se débattre. Les autres sur le seuil de la porte les observent avec effroi. Mais ils n'interviennent pas. Finalement, Loan accepte de la relâcher. Il se sent un peu bête, démuni face à la furie en fasse de lui. Il la dévisage, un peu penaud sans que sa mâchoire se décontracte pour autant.
— Maintenant tu vas m'écouter, dit-elle avec dureté, la voix tout de même un peu éraillée. Nous avons peut-être la possibilité de sauver Anaiel et même bien d'autres. Je ne laisserai pas mourir mon amie en attendant que les médecins trouvent un remède miracle. Si ton frère ou moi étions à la place d'Ana, tu remuerais ciel et terre pour nous sauver, tu braverais tous les interdits et peu importe ce que diraient les autres, tu n'en ferais qu'à ta tête... alors tu dois accepter le fait que je veuille sauver mon amie.
Une nouvelle larme lui échappe et elle le contemple avec désolation.
— Toi, tu t'es engagé dans l'armée de l'espace, ton but c'est d'aider les gens à travers la galaxie, mais comment tu veux sauver ceux qui sont à des kilomètres de toi si tu n'es même pas capable de faire ce qu'il faut pour ceux qui sont proches.
Ces mots lui font l'effet d'une gifle en pleine face.  Il sait qu'elle a dit ça dans le but de le blesser et ça fonctionne. Voilà qu'ils se rendent coup pour coup. Confus, sa mâchoire n'arrive pas à se remettre en mouvement pour articuler le moindre mot. Tout ce qu'il arrive à faire, c'est la fusiller du regard, mais elle maintient ses iris noisettes dans les siennes en affichant une expression tout aussi odieuse. Malheureusement et même si ça lui fait mal de l'admettre, son objectif depuis toujours est d'être au service des citoyens de la Ligue, de se dévouer corps et âme à leur bien être, or, ce n'est pas ce qu'il fait en ce moment. Non, il attend sagement qu'on lui donne des ordres. Il s'attend à ce qu'Erine le lui balance, ça aussi, mais elle n'en fait rien.
Les quelques secondes de silence où ils se toisent permettent à Aven et Noreen de s'immiscer entre eux. Son meilleur ami lui empoigne les épaules et le pousse doucement hors de la chambre. Ses pupilles ne quittent celles d'Erine qu'une fois que le mur devient un obstacle.    
Le couloir du cinquième étage s'est vidé, tous les étudiants sont en train de s'empiffrer dans le réfectoire, aussi, Loan ne se prive pas d'envoyer une boule de feu valser. Heureusement, celle-ci s'éteint avant de percuter un mur et d'y laisser une grosse trace noire. Loan grogne. Aven lui masse les épaules avec vigueur tout en le poussant vers l'escalier.
—   C'est pas possible d'être aussi têtue ! s'exclame-t-il.
Son meilleur ami ne relève pas. Bien sûr que Loan comprend les motivations d'Erine, mais il est hors de question qu'elle se mette ainsi en danger. Il ne décolère pas. Une corde invisible lui étreint la gorge et il peine à déglutir. Il se frotte les yeux et se pince l'arête du nez. Arrivé à leur étage, il marche tel un robot jusqu'à sa chambre et s'affale sur son lit. Là, il ne peut s'empêcher de frapper violemment le matelas.
—   Oh, qu'est-ce qui se passe encore ? s'enquiert Tihlo en passant la tête par la porte de leur salle de bain.
—   Erine, répond simplement Aven.
—   Je ne veux pas savoir, rétorque leur ami en retournant à sa toilette.
Loan attrape son oreiller et le met sur son visage pour étouffer un nouveau grognement. Les battements de son cœur s'apaisent, mais la boule dans son ventre continue de grossir. Le regard qu'Erine a posé sur lui hante ses pensées. Maintenant qu'il est plus calme, il réalise que l'animosité dissimulait de la déception. La peine de ne pas être soutenue. Il a conscience qu'il la traite comme une gamine depuis le début des recherches sur leur caillou magique, mais c'est ce qu'elle est. Comme si Erine Hanz allait partir à l'autre bout de l'univers, braver les interdits de la Ligue et déterrer un objet qui ne plaira pas du tout à la Ligue rien que pour essayer de sauver son amie. S'il y a bien une chose qu'il ne peut pas lui enlever, c'est sa loyauté, son refus de voir s'éteindre ses proches en restant les bras croisés. Ce qui, au contraire, fait et a accepté... Loan pousse un ricanement amer.
Il sent son matelas s'affaisser. Il décale légèrement son oreiller et découvre Aven.
—   Quoi ? grommèle Loan.
Aven dégaine sa carte ID.
—   Pendant que tu hurlais sur Erine...
—   Je n'ai pas hurlé sur Erine, le coupe Loan.
Aven roule des yeux, mais continue sans répondre à la remarque.
—   On a reçu un message de Malcombe. Il veut qu'on aille récupérer des documents au siège du gouvernement. Alors dors quelques heures et cet après-midi, on part en balade.
Son meilleur ami se relève pour se jeter dans son lit un mètre plus loin. Tilho qui n'était pas de garde cette nuit finit par quitter la chambre. Une fois la fenêtre et la porte fermée, c'est le noir total dans la pièce. Loan peine à trouver le sommeil. Il se voit encore et encore hurler sur Erine et il sent encore ses petites mains tapoter sur son torse. Finalement, il glousse en repensant Ô combien elle était ridicule à ce moment-là. Il a rarement eu l'occasion de la voir se battre à main nue, l'entrainant plus souvent au maniement élémentaire. Cependant, il ne doute pas que si elle avait voulu lui faire mal, elle y serait arrivée. Quoique sa réplique finale était aussi douloureuse qu'un coup dans la trachée.

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Heeeey les plumes 🪶 et allons-y que c'est de nouveau pas la joie entre Loan et Erine ! Cette embrouille était déjà dans la précédente version, mais du point de vue d'Erine. Avez-vous des remarques à faire sur la réaction de Loan ?

La 2nd partie du chapitre est dispo tout de suite ➡️

Le Cristal Pur ~ Tome 1 ~ TERMINÉOù les histoires vivent. Découvrez maintenant