Chapitre 30 : Le passé (partie 2)

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Les heures s'écoulent encore trop lentement. Erine somnole de temps à autre, mais ces rêves agités ont vite fait de la réveiller. N'en pouvant plus de se retourner dans son lit sans pouvoir profiter de son confort, elle se lève. Miolaine et Déanna ont l'air de dormir. Quoique, la première bouge plusieurs fois en quelques secondes sous ses draps. Erine fait tout de même attention à ne pas les réveiller. Elle glisse ses pieds dans ses chaussons fourrés et s'enroule dans une veste épaisse. Elle se glisse hors de la chambre. Les deux étudiants de garde lui jettent un regard, mais lui ne lui intime pas de retourner au lit. En chemin vers les escaliers, elle zieute à l'intérieur des chambres où la plupart de ses camarades sont endormies. Certaines lisent ou révisent, s'interrogent même entre elles sur les notions de leurs futurs examens, ce qui fait lever les yeux au plafond à Erine. D'autres discutent et la jeune femme tend l'oreille pour entendre quelques ragots. Ses préoccupations ont été telles ces derniers temps, qu'elle s'est peu intéressée à la vie de Laorelon. Alors, écouter les derniers potins, les histoires d'amitié et de cœur de ses voisines, la fait sourire, lui redonnant pour une seconde, l'impression d'être revenue en des temps où tout allait bien.
Le rez-de-chaussée est grand allumé et le refectoire squatté par quelques insomniaques qui jouent aux cartes. Aucun d'eux ne prête attention à Erine lorsqu'elle traverse la vaste pièce pour rejoindre la zone de service. Elle se sert un verre de lait chaud à la vanille dont l'odeur réconfortante vient immédiatement titiller ses narines. Il n'y a pas de personnel ici la nuit, mais certains mets peuvent être commandés auprès des robots. Sa tasse brûlante dans la main, la jeune femme repart. En traversant le hall, des bruits en provenance de l'extérieur attirent son attention.
Dans la cour, elle découvre une ambulance dans laquelle des hommes chargent un chariot. Cette vision lui rappelle immédiatement la nuit où Anaiel a été amenée. Le Capitaine Malcombe est là, discutant avec le chef des secours. Erine stationne dans l'encadrement de la porte de l'internat et regarde l'équipe évacuer doucement les lieux. Personne ne lui demande de rentrer, alors elle reste. Assister à un cauchemar en vrai ou dans ses rêves, quelles différences ?
Loan est là lui aussi. Il tient dans ses bras une fillette qui ne doit pas avoir guère plus de sept ans. Elle pleure à chaudes larmes, blottie contre son torse. Erine sent une pointe de jalousie titiller ses entrailles. Elle prendrait volontiers la place de l'enfant.
Un médecin ausculte rapidement la petite fille et demande à Loan de la ramener dans sa chambre. En lui passant à côté, il adresse un sourire à son amie, puis d'une main peu stable, chope le verre de lait entre ses mains.
— Loan.. souffle Erine.
— Erci, dit-il, le verre encore à moitié dans la bouche.
Il lui tend le gobelet et remonte la fillette qui a commencé à glisser de ses bras. Erine s'attarde sur son joli minois entouré par des boucles dorées. La pauvre a les yeux rougis et elle se les frotte vigoureusement, les irritant un peu plus. Elle baille. Erine se demande si elle a conscience de ce qui vient d'arriver ? Que peut-il bien se passer dans la tête d'un si jeune enfant réveillé en pleine nuit par les dégâts du dérèglement ?
— Les autres se sont rendormis !
Sans se retourner, Erine reconnaît la voix d'Aven. Il parle sûrement des autres enfants de la chambre. Loan acquiesce et après un baiser sur le front d'Erine, elle le voit filer en direction des dortoirs. Aven se poste à côté d'elle et, cette fois, Erine protège sa tasse avant qu'une main voleuse ne s'en empare.
— Qu'est-ce que tu fais ici ?
Elle lui désigne son lait chaud.
— J'avais soif, je suis descendue, j'ai entendu du bruit, je suis venue voir, lui répond-elle mécaniquement, la voix un peu tremblante.
— Et maintenant tu te dis que tu aurais mieux fait de faire taire ta curiosité.
— Je ne me dis plus rien, soupire Erine. Qui est la victime ? enchaîne-t-elle rapidement.
— Une enfant de six ans, la fillette que tenait Loan était sa sœur jumelle, dit Aven comme s'il récitait une leçon.
— Elle va s'en sortir ?
Aven grimace, puis hausse les épaules et poussant le plus soupir qu'Erine n'ait jamais entendu.
— J'espère.
Et puis, il part aider l'équipe de secours à ranger le matériel. Dès qu'on le lui ordonne, il remonte au niveau des chambres pour reprendre sa surveillance. Le directeur se repose désormais entièrement sur les élèves de dernière année en ce qui concernee l'internat, un peu trop même, au goût d'Erine.
Quand tous les agents de l'hôpital s'en vont, Erine observe son père, l'air las et fatigué, avancer vers elle. Un rictus anime son visage alors qu'il fixe la main entre ses doigts. 
— Tu es bien comme ta mère.
— Vous êtes le premier à me dire ça, rétorque Erine, étonnée.
       Elle est davantage habituée à ce qu'on lui dise qu'elle lui ressemble, à lui.
— Pourquoi est-ce que vous me dîtes ça ?
— Parce que c'est la vérité. Vous êtes les deux seules personnes que je connaisse capables de se lever la nuit pour boire du lait.
       Erine glousse et un sourire nostalgique, mais tendre, illumine ses traits. Ses pensées s'en vont vers le centre d'Orfey et l'appartement de sa mère. Si elle était là-bas, elles seraient sûrement en train de partager une discussion, un câlin, lovées sous une chaude couverture avec leur tasse à la main. Elle réalise soudain que sa mère lui manque. Erine a toujours considéré Laorelon comme sa maison, mais les câlins et la complicité avec Swana ne peuvent être remplacés par aucune personne de l'établissement.
Voilà plus d'un mois qu'Erine n'a pas dormi chez ma mère et elle réalise soudain que cela la pèse. Son père doit le remarquer puisqu'il esquisse un rictus affectueux qui se mue vite une grimace un peu gênée. La jeune femme et son père se sont rapprochés ce dernier mois, rien n'est plus sûr. Erine n'irait pas jusqu'à dire qu'ils ont réglé leurs problèmes et dépassé les barrières qui les séparent depuis toujours, mais ils peuvent désormais parler sans s'agresser et sans être sur la défensive. Ce qui, pour Erine, représente une avancée fulgurante. Et, elle a aussi appris qu'elle peut avoir confiance en lui. Peut-être pas en tant que père, mais au moins en tant que professeur.
       Erine reporte ses yeux sur Malcombe et le regarde innocemment.
— J'ai quelque chose à vous demander, lance-t-elle l'air angélique.
Ce n'est certainement ni l'endroit ni le moment d'aborder sa mission sacrée pour sauver son amie, comme l'a si bien désigné Elric le matin même, mais son père semble être dans de bonnes dispositions. Autant en profiter.
— Quoi encore ? s'enquiert-il presque sourire aux lèvres.
     — Nous devons aller dans la réserve de la bibliothèque ! dit-elle d'un souffle.
       Il la dévisage plus sévèrement.
— Impossible !
— Pourquoi ? se récrie-t-elle.
— Le public n'y a pas accès !
       Tout en disant cela, il tourne les talons et commence même à partir. Mais, c'est sans compter sur la ténacité d'Erine qui lui part après.
— Capitaine ! s'exclame-t-elle.
    Elle sait qu'il connaît la règle aussi bien qu'elle ; elle peut donc, avec lui, aller dans cette réserve. Il s'arrête en soupirant.
— Je vais y réfléchir.
       Le Capitaine la consulte du regard pour savoir si sa réponse lui convient. Elle aurait préféré qu'il lui dise « oui », mais elle commence à le connaître et à savoir qu'il ne lui refuserait rien ou presque. Elle n'aura qu'à réitérer sa question le lendemain pour qu'il craque et accepte de l'emmener à la réserve.
       Père et filles se sont mis à marcher dans la cour de l'internat. La nuit est claire. La lune illumine le ciel sans nuage. Erine ne sait pas trop dans quelle direction elle marche, mais l'internat ne sort jamais de son champ de vision. Contrairement à ce qu'elle aurait pu croire, le silence n'a rien de gênant. Au contraire, il l'apaise. Elle boit son lait qui réchauffe ses entrailles et son cœur tout en écoutant les bruits de la nuit.
— Je ne voulais pas t'abandonner, tu sais, son père brise-t-il le silence dans un murmure.
Erine déglutit et cette fois, la gorgée de lait vanillé a un goût amer. Elle se sentait comme dans une bulle à ses côtés, se délectant de sa simple présence comme elle en rêvait petite. Elle n'est pas certaine de vouloir avoir cette discussion maintenant. Mais le Capitaine continue, comme si le moment était venu pour lui de se délester de toutes ces années de silence. 
— Je ne voulais pas épouser Maréa non plus, pas plus que je ne voulais d'Elric.
       Un lourd silence s'abat. Erine n'a rien à lui dire à ce sujet ou plutôt, rien ne lui vient à l'esprit. Elle s'est souvent imaginée cette conversation où elle pourrait enfin le blâmer pour toutes ses erreurs. Mais ce soir, elle reste muette. Peut-être qu'elle est finalement curieuse d'avoir la version de son père sur l'histoire d'amour entre la danseuse et le Contrôleur.
— J'ai rencontré ta mère alors que j'avais vingt-quatre ans, elle n'en avait que vingt-deux. C'était le soir de la première représentation du nouveau ballet de l'opéra. Un ami m'avait forcé à l'accompagner...
Erine devine un sourire sur les lèvres du Capitaine.
— Il voulait lui-même admirer sa femme. Je n'ai finalement jamais regretté d'y être allé. J'ai été hypnotisé par ta mère et la présence qu'elle a dégagé dès qu'elle est montée sur scène. Après le spectacle, j'ai accompagné mon ami dans les coulisses pour qu'il retrouve sa maîtresse et il m'a présenté Swana. J'étais incroyablement nerveux.
Il ricane, pensant sûrement à son attitude ce soir-là. En même temps qu'il récite son histoire, Erine visualise mentalement les lieux qu'il cite : l'opéra d'Orfey, sa scène et ses coulisses. Elle imagine sans peine sa mère faire battre les cœurs par sa performance. 
— Je l'ai invité à dîner et j'ai recommencé les soirs suivants, toutes les excuses étaient bonnes à prendre pour aller voir le spectacle.
Il marque une pause et son sourire se crispe. L'éclat dans ses yeux s'estompe. Erine l'observe prendre une bouffée d'air frais avant de reprendre.
       — Seulement, mon père, vaguement au courant de ma relation, ne l'approuvait pas. Une danseuse issue d'on ne sait où n'était pas digne d'un Malcombe. Il m'a alors présenté la fille d'un ami à lui de longue date, Maréa.
Le visage de l'épouse de son père s'impose dans la tête d'Erine.
— J'ai très vite compris son dessein et le souci était que je n'ai jamais eu le courage de m'opposer à lui, expose le Capitaine, en baissant les yeux. Il m'a menacé, mon poste dans la Ligue était en jeu, ainsi que la réputation de Swana, sa place à l'opéra. Elle était l'étoile montante d'Orfey et je ne supportais pas l'idée qu'il puisse lui nuire.
Erine serre les dents, la colère de son père à cet instant est palpable. Son ton retranscrit tous les ressentiments qu'il nourrit à l'égard de son géniteur.
— Je n'arrivais pas à me résoudre à quitter Swana, mais nos deux carrières étaient en jeu, alors m'a, pour ainsi dire, ordonné d'épouser Maréa. Ta mère, elle arrivait à rire de la situation en disant qu'elle ne serait qu'une de plus à être la charmante maîtresse d'un homme puissant.
Erine ne peut contenir un petit rire, elle imagine tout à fait sa mère dire ce genre de choses.
     — Deux années se sont ainsi écoulées. Je faisais le métier que j'avais toujours rêvé de faire, je sillonnais la galaxie à bord d'un superbe vaisseau spatial avec mon meilleur ami comme équipier. Lorsque je revenais sur Orfey, ta mère dansait pour moi.
Les iris chatains du Capitaine se perdent un instant, elles se mettent à briller alors qu'un doux sourire courbe ses lèvres. Erine l'observe avec tendresse. Et puis, il revient subitement à la vie pour reprendre son discours, se rembrunissant une nouvelle fois.
— Mais un jour, Maréa m'a appris qu'elle était enceinte. Malgré le peu de temps que je passais avec elle, je savais que ce jour arriverait. J'ai accueilli la nouvelle avec un grand sourire, car je n'avais pas le choix. Quelques temps plus tard, ta mère m'a annoncé qu'elle t'attendait. Là, j'ai été heureux, même si je ne savais pas du tout comment j'allais gérer la situation. Le jour de la naissance d'Elric, j'étais avec ta mère. Pour excuser mon absence lors de cet accouchement, mon meilleur ami m'a couvert et dit que nous étions en train de travailler tous les deux sur une affaire importante. Je ne sais pas si on l'a cru, mais en arrivant à l'hôpital et durant les jours qui ont suivi, j'ai joué le père heureux. Il ne faut pas croire que je ne l'étais pas, mais cet enfant n'était pas issu de l'amour.
Erine a l'impression de prendre une claque. Ces mots ne lui sont pas destinés, elle a beau mépriser Elric, elle ne souhaite à aucun enfant d'être ainsi désigné par ses parents.
— Dans le mois qui a suivi, tu es arrivée. Là, j'ai été présent et j'ai souri parce que j'étais réellement heureux.
— Et alors, ça ne vous a pas empêché de m'abandonner, rétorque Erine d'un ton neutre, éclipsant Elric de son esprit.
Elle est peut-être l'enfant issu de l'amour, un fait que son demi-frère a d'ailleurs détourné en insulte, mais c'est elle qui a grandi avec l'idée qu'elle ne valait pas la peine d'être aimée par son géniteur.
— Je ne le voulais pas, crois-moi ! Le jour de ta naissance ta mère et moi nagions dans le bonheur. Mais le moment est venu où nous avons dû décider quel nom tu porterais. Ta mère souhaitait que je te donne mon nom...
     Pour la première fois depuis le début de cette discussion, il pose les yeux sur elle. Erine y lit une immense souffrance au point qu'elle en a le souffle coupé. Elle grimace, mais ne peut s'empêcher de faire peser sur lui un regard plein de reproches. Tous ceux qu'elle a eu envie de lui faire toutes ces années. Est-ce réellement à cela que tient la séparation de ses parents : son nom ?
— J'en aurais été ravi, mais ça aurait apporté beaucoup trop de problèmes par rapport à mon père et au reste de ma famille, le Capitaine défend-il son point de vue. Cela ne voulait pas dire que je ne t'aimais pas, loin de là.
Erine, la mâchoire tremblante, l'écoute plaider sa cause.
— Mais, ta mère s'est emportée, elle comprenait mes raisons mais n'a pas voulu les accepter. Elle m'a ordonné de partir et de ne plus m'approcher de vous deux. J'ai d'abord pensé qu'elle disait cela parce qu'elle était blessée, fatiguée et qu'elle n'était pas vraiment consciente de ses paroles. Plusieurs fois, j'ai essayé de revenir, mais elle est restée campée sur ses positions. Je n'ai plus jamais pu m'approcher de toi.
La tristesse déforme le visage du Capitaine. Erine ne doute pas de sa sincérité. Pourquoi Jahnathan Malcombe s'abaisserait-il a une telle comédie s'il n'était pas pour prouver la véracité de ses mots.
— Alors, je me suis résigné, je suis reparti en mission dans l'espace, me noyer dans le travail. Mon meilleur ami qui voyait toujours ta mère me donnait de vos nouvelles. Mais un ...
Erine le voit chercher ses mots.
— un accident lui a coûté la vie, formule-t-il, apparemment lui-même peu convaincu par son propos.
Erine visualise la photo qu'elle a vu quelques jours plus tôt lors de sa visite chez son père. Ce portrait de lui et du dénommé Meran Harmin lors de leur remise de diplôme à la fin de leur cursus à Laorelon. Est-ce à lui qu'il fait référence ? Erine n'a ni le temps ni l'envie de l'interroger sur l'homme qu'il reprend déjà.
— En moins d'un an, j'ai tout perdu... la femme que j'aimais, mon enfant et mon meilleur ami.
Erine se mord nerveusement la lèvre, que dire ? Elle porte sa tasse à ses lèvres, songeuse. Effectivement, sa mère ne lui a jamais expliqué leur histoire comme cela. Selon elle, il était parti parce qu'il ne pouvait pas la reconnaître et parce que l'enfant présentait trop de responsabilités auxquelles il ne pouvait pas faire face. Mais ce soir, un nouvelle réalité se présentait à Erine. Non son père, malgré ses erreurs, n'était pas parti de son pleingré, Swana avait exigé son départ. L'esprit d'Erine est embrouillé. Qui doit-elle croire ? sa mère qui a toujours été là pour elle et l'a élevé ou alors, son père qui ne commence seulement à assumer son rôle que depuis quelques jours ?  Lui au moins, semble lui parler à cœur ouvert, alors que sa mère s'est toujours contentée de dire qu'il les avait quittés, sans jamais entrer dans les détails.
— Quand tu as eu six ans, reprend le Capitaine, tu es arrivée à Loarelon. J'ai enfin pu te voir grandir, même si c'était à distance. Ta mère t'avait conditionné à me détester.
Il marque un point. Erine ne peut contrecarrer cette phrase. Dès son plus jeune âge, Erine a entendu parler de son géniteur en mal. Seul Loan essayait de défendre l'image de son parrain, mais ses actes passés le discréditaient trop  aux yeux de la fillette.
— J'étais fier de toi. Je suis fier de toi, se reprend-il. Tu as hérité quelque chose de moi. Probablement la meilleure partie, celle qu'Elric n'a jamais su développer.
       Erine ressent une nouvelle gifle invisible. Comment son père peut-il ainsi parler de son propre fils ? Elle commence presque à compatir pour Elric. Cet enfant non désiré à qui son père a pourtant tout donné, sauf peut-être son amour et sa fierté.
— Est-ce qu'il compte à vos yeux ?
       Le Capitaine la dévisage interdit. Il a l'air de réaliser la violence de ses paroles et voit la douleur poindre, ses lèvres se tordent.
— Bien sûr, je l'aime ! affirme-t-il.
Erine lui répond par une grimace, convaincue que ce que son père vient de dire, il n'en a jamais fait par à son fils. Si Elric la déteste autant, c'est uniquement parce qu'il est convaincue que c'est à cause d'elle ne lui accorde pas l'attention qu'il voudrait.
— Je pense qu'il aurait besoin de l'entendre, murmure Erine avec délicatesse.
— Sûrement, oui, acquiesce son père.
La discussion s'achève sur ce bon conseil et il n'y a plus que le crissement du gravier sous leurs pas pour troubler le calme de la nuit. Tous les mots échangés ces dernières minutes se mélangent dans la tête d'Erine. Son père lui adresse un sourire bienvaillant avant de la laisser sur le perron de l'internat. Elle demeure là quelques secondes, le regardant s'éloigner. Tout cela fait trop d'un coup. Elle n'a pas eu de père durant dix-huit ans et elle ne pense pas être prête à en avoir un maintenant, pas après tout ce temps. Une partie d'elle a envie de le connaître, de savoir qui se cach derrière Jahnathan Malcombe, le grand capitaine de la Ligue. Mais, la proximité avec cet homme rouvre des blessures d'enfance. Pour toutes les fois où elle a vu sa mère pleurer devant d'anciennes photos d'eux, toutes les autres où elle a observé ses amies dans leur famille unie, avec leur père qui venaient les chercher après les jours passés à l'école, ces jours où elle n'avait pas eu de père. Toutes les fois où on lui a demandé qui était son père et qu'elle savait qu'elle n'avait pas le droit de répondre Malcombe. Elle lui en veut pour toutes les fois où elle a eu l'impression d'être détestée. Maintenant qu'il lui exprime ses sentiments et qu'il demande à ce qu'ils passent du temps ensemble, elle ne sait pas si elle a envie de le lui accorder.
— Tu étais où ? demande Miolaine lorsqu'Erine retourne dans sa chambre.
— Avec mon père.
       Pour la première fois de sa vie, elle s'entend prononcer ce mot à voix haute. Elle l'a pensé des centaines de fois, mais ne l'a encore jamais désigné.

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Et oui, voilà, on y est, on en sait un peu mieux sur la relation passée entre le Capitaine et la Danseuse, soit entre les parents d'Erine ! Que pensez vous de ses révélations ?
Pour ceux qui veulent, et même s'il n'y a que quelques chapitres, vous pouvez retrouver, sur Wattpad, mon histoire La Danseuse des Éléments, un spin off sur le jeunesse du Capitaine Malcombe. Attention, ça peut spoiler 🙊

Le Cristal Pur ~ Tome 1 ~ TERMINÉOù les histoires vivent. Découvrez maintenant