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  5 Juin 2019

    J'ouvre les yeux. Je ne reconnais pas la pièce où je suis, pour la simple et bonne raison que je ne me rappelle pas comment je suis arrivée là. Je sais que je m'appelle Ana, que j'ai dix-huit ans, et que je devais passer le permis le lendemain de l'accident. Je me rappelle de tout ça. Tout devient flou. Les images, les sons, les odeurs du jour de l'accident me paraissent lointains. Je regarde tout autour de moi, les volets sont fermés laissant entrevoir à moitié la lumière du jour, les murs sont blancs presque jaunis comme s'ils vieillissaient, à côté du lit où je suis couchée, il y a une machine mesurant les battements de mon coeur, mais qui est éteinte pour des raisons que j'ignore. Je me mets assise difficilement, comme si mon corps n'avait pas bouger depuis longtemps. Je sens un léger courant d'air qui me fit frissonner. Je tentais de me mettre debout mais le sol rugueux et froid me donnait envie de replonger sous les couvertures. Sentir le contact de ma peau contre le sol me fit un drôle d'effet. Je commençais à marcher, je me trouvais dans un hôpital, qui paraissait abandonné, on aurait dit que tous le monde avait déserté. D'habitude, on entend les gens s'affairer dans les chambres, les couloirs, des gens crier, geindre, on n'entend jamais le silence dans un lieu comme celui-ci.

   Je sortais de ma chambre. Tout semblait calme encore une fois. Des papiers traînaient au sol, des traces de sang sur les murs et le sol, un courant d'air vraiment étrange traversait le couloir où je me trouvais. J'avais l'impression d'être devenu sourde et de ne pouvoir utiliser sous aucun prétexte aucun de mes cinq sens. L'ouïe n'était pas concluante, aucun bruit ne venait de cet endroit, le touché me semblait étroitement sensible, l'odorat me donnait envie de vomir, chaque odeur présente était une odeur de charogne, une odeur de viande périmant dans un coin, j'avais un goût dans la bouche tout pâteux, une sorte de goût que l'on a, après avoir bu un verre d'eau après une cigarette, et je voyais flou, une sorte d'ombrage sur ma rétine qui me faisait voir partiellement. Tous mes sens étaient à l'affût du changement de ce monde.

  Je réprimais un gémissement de douleur lorsque je commencais à accélérer la cadence. Je n'avais pas couru depuis l'accident. L'accident ce 12 décembre 2018. Mais au fait, on est le combien aujourd'hui ? Je ramassais un vieux papier journal, la date me paraissait si lointaine pourtant si proche à la fois. Nous sommes le 7 Juin 2019. 7 mois se sont écoulés depuis mon accident. C'est incroyable. Et la population a déserté pendant que j'étais au plus mal. Sept mois de coma interminables où les seuls choses que je voyais étaient un trou noir et béant, une sorte de néant qui m'emmenait vers un monde meilleur.

  Je me devais de sortir d'ici. La solitude me semblait hostile et peut-être que le monde se trouvait dehors. Attendant un miracle de ma part, une sorte de réveil improbable dont tous le monde espérait une trace. Je me trompais sûrement. Je continuais de marcher dans le couloir. Soudain, une porte de sortie de secours, génial. Pile ce que je cherchais. Mais sur cette porte, des mots étaient inscrits. Dieu nous a abandonné depuis longtemps, jamais nous ne retrouverons la paix dans le monde. Mais que veut dire cet Homme qui a écrit cette phrase ? Je commençais à paniquer, peut-être que le monde partait en vrille dehors pendant mon sommeil.

  Je ne voulais pas penser à ça, il fallait que je sorte d'ici. Je poussais les portes et la luminosité m'éblouit, je mettais ma main en visière et ce que je vis me fit l'effet d'une claque. En sept mois, un monde totalement différent s'offrait à moi. J'étais devant un monde ravagé par la puanteur, par le vent chaud qui circulait dans l'air, par les piles de cadavres étendues devant moi, par un soleil entier ravageant le peu de verdure qu'il restait, par des routes abîmées, des voitures en plein milieu de la route ne circulant plus du tout. J'étais sous le choc. Il n'existait plus rien. Plus aucune trace de vie. Pas un chat. Pas un homme. Rien. Rien qu'un monde nouveau qui ne me plaisait guère. J'étais persuadée que je rêvais et que j'allais me réveiller d'ici peu, mais ce monde était bien réel après quelques pincements sur mon bras. J'étais comme prisonnière d'un monde post-apocalyptique. Et j'aurai aimé que ce soit un rêve mais ça n'en est pas un, ce n'est qu'un horrible cauchemar qui ne s'arrêtera jamais. Et ça je le découvris bien plus tard. Dès ce jour, je crois que j'étais la dernière.

the last Where stories live. Discover now