Chapitre 1

23 3 5
                                        

Rien. Absolument rien. Pas une seule affaire durant tout le mois. Pourtant, le crime ne cesse de gagner du terrain. Je devrais être en train de crouler sous les holos de jeunes femmes ayant vus leurs maris ou leurs enfants disparaître dans ce bouillon infernal qu'est Paradise City. Au lieu de ça, je me retrouve à attendre dans mon bureau. À attendre quoi ? Une putain d'affaire. J'ai envie de bouger, mais mon corps dort déjà. La pluie cognant au carreau n'aide vraiment pas. D'un geste encore engourdi, je prends une cigarette de son paquet et l'allume avant de la mettre au coin de mes lèvres. Sentir mes poumons s'encrasser devrait me réveiller. Je tire dessus, jusqu'à atteindre le filtre. Je me débarrasse du mégot et saisi le paquet. Merde. Vide.

Je le jette dans un coin de la pièce avant de me lever. Triste ensemble de meuble typiques d'un vieux bureau. Des placards remplis de classeurs, remplis de feuilles. Bien plus efficace que l'informatique. J'ai jamais chopé un gars qui a réussi à pirater du putain de papier. Je fais quelques moulinets, histoire de finir le boulot de la clope et embrasse la pièce du regard. Où est ce que ai foutu mon manteau ? Finalement, je le trouve roulé en boule sur la chaise réservée aux clients. Je l'enfile et m'avance vers la porte.

Elle donne sur le palier du quartier. Faute de place, les corps ont fait au plus simple. Pourquoi se faire chier à faire des routes et tout plein de trucs quand on peux faire un bon gros bloc de ciment et y bazarder les pauvres et les tares de la société ? Des fois je me demande. Je me met en marche, me faufilant entre les gens. Il a fallu que je sorte à l'heure où les habitants reviennent de l'usine. Chuis encore trop con. Une fois bondées, les passages sont impraticables, la masse de la foule bloquant toute personne allant pas dans le même sens. Maugréant et maudissant mon paquet de clopes, je me cale dans un recoin pas trop sale ou occupé par un mendiant. Je regarde passer les visages, vieux, jeunes, souvent un peu sales et marqués par une journée qui aurait pu mieux se dérouler. Je remarque même quelques Augs, reconnaissables à leur démarche féline et leurs machinerie biomech, souvent bien trop visible.

Quelques minutes plus tard, la foule a disparue, remplacée par les rares personnes n'ayant pas peur de rester dehors plus longtemps que nécessaire. Je trace ma route pour enfin pénétrer dans une échoppe miteuse. Je m'approche du comptoir et fait un signe de main vers le paquet de Rockets. La vieille dame me fait alors un sourire édenté et le tend le lecteur. Je pose mon pouce dessus. Le lecteur vire au vert et elle fait glisser le paquet sur le comptoir. Je l'enpoche et repart aussitôt vers le bureau. Fait pas bon trainer dehors après certaines heures. J'en profite pour vérifier mon Holo Deck, si jamais une affaire se présentait. J'ai même pas le temps de cligner 2 fois des yeux pour le fermer que j'apperçois une forme devant ma porte.

Bloody RainWhere stories live. Discover now