PROLOGUE - première partie - chapitre 1

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Cette histoire n'a aucune raison de bien se finir.

Parce que, au fond, quelle ridicule sens donne-t-on à la justice ? La vérité c'est que ce sont souvent les méchants qui gagnent à la fin. Et au nom de quoi donnerait-on la moindre seconde de bonheur à nos personnages ? Par ce que tout ce qui les attend c'est un destin bancal, résultat d'espoirs avortés et de méfiance maladive .La vie est une tragédie déguisée en mauvaise comédie. Cette histoire EST une tragédie. Comme une épopée dramatique où les rares moment de répits sont de petites bouffées d'oxygène avant une noyade toujours plus longue. La beauté de la fatalité.

Bien sûr, ils auraient peut-être pu échapper à tout ça, en faisant d'autres choix, ignorants leurs sentiments, écoutant la sacro-sainte voix de la raison. Mais la nature humaine ne fait que rarement bien les choses.

Alors voilà, ils auront beau souffrir, se venger et regretter autant qu'ils le veulent, les choses ne changerons pas. Mais avant tout cela il faut profiter d'un instant bien précis ; ce calme chimérique, juste avant la tempête.

Là où rien n'est encore arrivé.

*

Liam était quelqu'un de fabuleux, étonnement intelligent, sincèrement gentil, attentif aux autres et énergique. Bref, il était promis à un avenir brillant à la sortie de son école de commerce.

Mais surtout il aimait la vie à en mourir.

Il était de ceux qui n'ont besoin de rien pour apprécier à leur leur juste valeur ce qu'ils voient. De ceux qui ne jugent pas, qui n'ont pas d'avis préconçus. De ceux qui savent trouver la beauté quelle que soit la forme qu'elle ait prise.

Et parfois cette enthousiasme constant, comme sortit de la corne d'abondance de quelques muses grecques, et bien il pouvait finir par insupporter ceux qui en étaient les témoins réguliers. Enfin c'était le cas d'une partie de ses professeurs à l'université. Liam était un étudiant génial, ça il n'y avait aucun doute, seulement il l'était un peu trop pour eux. Ses thèses n'avaient aucune faille, défiant même la plupart du temps les meilleurs écrits sur lesquels elles s'appuyaient. Ses remarques en cours, malgré le fait qu'elles soient rares, étaient d'une logique et d'une clarté si implacable qu'elles laissaient toujours un silence s'installer dans l'amphithéâtre après elles. En réalité, l'étudiant avait tout du surdoué mais jamais il ne le prétendis. Il était d'un naturel modeste et lorsque l'on cherchait à le féliciter pour quoique ce soit il répondait d'un ton vraiment gêné qu'il ne cherchait l'admiration de personne.

Le seul qui reconnaissait tout le potentiel de Liam était son professeur d'économie financière. Un certain Mr. Khaldi. Très excentrique, c'était le genre de personnage qui surprend au premier abord. Lors de son premier jour il s'était présenté rapidement avant de déclarer que l'on pouvait l'appeler Mr. Jafar en soulignant qu'il avait en effet la même tête que le personnage du dessin animé. Puis il avait expliqué qu'il donnait des cours de génie du mal pour dominer le monde et que quoiqu'en dise les codes de bienséances, c'était comme ça qu'il fallait dire.

Pour le coup, la premier chose que Liam s'était demandé à son sujet c'était comment l'éducation nationale avait bien pu le garder. Puis il avait discuté avec lui et avait rencontré la première personne qui saisissait ne serais-ce qu'une partie de tout ce qu'il était vraiment. Dans un contexte scolaire bien entendu. Khaldi ne se serait jamais permis de prétendre analyser ses élèves personnellement. Il reconnaissait simplement le génie de Liam.

-T'es plus qualifié que moi, tu devrais faire des concours d'éloquence. Je me sens presque illégitime en prenant le titre de prof là...

Il avait dit ça en se marrant à la sortie de l'un de ses premiers cours avec le jeune homme. Liam savait qu'il avait déjà son diplôme en poche. Il venait à peine de conclure sa présentation de projet de fin d'étude quand ses camarades se mirent à applaudir comme le tonnerre. Un peu surprit, il descendit de l'estrade d'un pas raide et attendit que les ovations se calment. Son naturel enjoué repris le dessus quand l'une de ses camarades lui proposa de venir à la soirée prévue le soir même. Il tentait de n'en manquer aucune. Par ce qu'il aimait l'atmosphère dans laquelle elles étaient plongées.Ces moments où les jeunes de son âge partageaient une liesse commune, ce qui était assez rare pour être apprécié.

Pourtant, il arrivait ce moment où tout s'écroulait, quand l'alcool et la drogue rendait tout le monde minable. Il arrivait à Liam de fumer et de boire un peu, mais il ne voyait pas l'intérêt de se mettre dans un état où de toute façon on ne se souviendrait de rien.

Bien entendu tout ça pourrait passer pour le début d'une histoire ridiculement parfaite mais c'est là qu'apparaissent les premières taches. L'étudiant était rongé par un ennui effroyable, ses attentes étaient trop idéales, et quel déception de rencontrer autant d'hypocrites. Tous ces gosses de riches qui se retrouverons à la tête de multi-nationales bien trop facilement et qui se roulerons dans leur confort qui n'aura d'égal que leur ego.

Il lui arrivait de laisser son optimisme de côté pour quelques heures. Et alors il laissait toute sa haine pour le monde prendre son cœur. Il aimait la vie autant qu'il la haïssait.

Une autre chose qu'il faisait et dont très peu de personnes étaient au courant c'était comment il payait ses études et se chambre étudiante. Il était danseur. Dans un peep-show. Ce n'était pas un secret, ni une chose dont il avait honte, simplement il ne voyait pas pourquoi il le dirait aux gens qui ne comptaient pas vraiment pour lui. C'était son exutoire, il ne pensait plus à rien, ne profitant que des décharges électriques que lui procuraient le pouvoir qu'il avait sur ceux qui le regardaient.

Et ça, il en avait du pouvoir.

Il était tard, Liam était partit de la soirée étudiante pour aller travailler, il vivait la nuit. Il entra dans l'un de ces lieux où l'on propose quelques minutes de douceur, les plaisirs tabous qui sont pourtant sur toutes les lèvres. Derrière la caisse, une femme élégantes aux cheveux noirs, les couleurs de son maquillage rendues incertaines par les lumières des néons. Ses lèvres rouges s'étirèrent en un sourire spontané quand Liam apparut de l'autre côté de la vitre.

-Miestrella ! Comment vas-tu mon ange ? Demande-t-elle en mimant un baiser qu'elle envoya avec la main, sa voix vibrait, comme si elle n'était pas tout à fait naturelle.

Lejeune homme s'accouda en face d'elle avec un air amusé.

-Bien Sweet Annie, et toi ?

-Oh !Merveilleusement bien ! Je me sens comme une reine ! J'ai quelques petites fleurs à te raconter, mais on verra ça tout à l'heure. Elle lui fit un clin d'œil. Vas te mettre en tenue, elle a finit dans quelques minutes.

Liam hocha la tête et poussa la porte menant aux loges. Là il entama sa transformation de tout les soirs, il devenait un autre, dont le corps devenait le premier langage. Il délaissa ses vêtements de tout les jours pour bien moins de tissus mais plus de témérité. Il devenait le fruit défendu, les rendant tous vibrants de désir.

Et venait son tour dans la petite pièce. Il croisa sa collègue, une femme à la douceur infinie, aussi généreuse dans ses formes que dans sa personnalité. Liam la salue, il se pencha un peu, elle lui embrassa le front, elle aimait bien faire ça. Il entra dans cette atmosphère érotique au possible, au rythme d'une musique pop aux résonances électriques. Les lumières changeaient en cadence avec les notes, glissants sur la peau métisse de Liam, flouant peu à peules limites du réel. Et lui n'arrangeant rien à l'illusion,désignant avec délice chacun de ses spectateurs qui apparaissaient un à un dans les cabines de voyeurisme. Son corps tressautait, ondoyait pour leur yeux, pour leur servitude fascinée.

Lejeune homme était captivé par tout ce qui prenait l'appellation « hors-norme », et il maîtrisait avec une aisance infernale les désirs inavoués d'à peu près tout le monde. Et la nuit c'était tous ceux qui refusaient de s'avouer une attirance pour le genre mâle qu'il tenait en laisse. Et tous les soirs il dansait à guichet fermé pour eux. Il perdait peu à peu son image de danseur licencieux pour devenir une apparition chthonienne.

C'était ça Liam, un métisse qui ne se reposait pas uniquement sur sa beauté évidente mais aussi sur son adresse à devenir un véritable fantasme. La facette la plus manipulatrice de sa personnalité en somme, celle qui n'apparaissait que la nuit. Le reste du temps il était un étudiant enthousiaste que l'on pouvait difficilement détester. Même s'il restait cet ennui amer que personne ne voyait derrière ses sourires.

Il cherchait avec un désespoir tenace ce qui pouvait provoquer chez lui ces explosions d'adrénaline qui le réconciliait avec le monde et lui donnait envie de toujours plus.

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