Enfin, le réveil ; le vrai. Dans un profond soulagement, peut-être le plus intense de ma vie, je rouvre les yeux. Mes nerfs réagissent, en douceur, et retrouvant mes sens, je me mets à bouger les différentes parties de mon corps, pendant que je remarquais la pièce où je me trouvais. Ma conscience s'éveillait. L'oiseau était libéré.
J'ai fait un cauchemar cette nuit...
Ma mère m'annonçait que j'étais atteinte d'une maladie incurable, et que le 2 septembre prochain, il allait falloir subir une euthanasie. Je n'en croyais pas mes oreilles... Ce 2 septembre, j'allais mourir. Ce 2 septembre, la mort m'ouvrait ses longs bras, si intriguante et si mystérieuse. Ce 2 septembre, je ferais le grand saut, plongeant au fond d'un trou noir, au fond de l'inconnu ; aller simple. Ce 2 septembre, ce serait la fin. De simples mots, une simple phrase, qui retourna toute mon existence ; du moins, ce qu'il en restait. Quelques secondes, et tout prenait une proportion différente.
Alors voilà. Sous l'emprise d'un déni profond, je crie à la figure de ma mère que je n'y crois pas, que ce n'est pas vrai, que ce qu'elle me dit là n'est qu'une mauvaise, très mauvaise plaisanterie. Mais elle m'affirmait qu'elle ne plaisantait pas, tenant à la main un papier médical officiel de mon dermatologue (allez savoir pourquoi, gardons bien à l'esprit que tout cela n'est qu'un rêve). Alors, je comprends...je comprends et dans mon conscient, s'installe l'idée que tout ce qui me titillait l'esprit jusqu'alors, tout cela n'avait plus aucune importance. Puisqu'un ultime petit tracas irrévocable allai m'arriver : partir. Pour toujours, je devais partir pour toujours. Quitter ce monde, dire au revoir.
Ma mère ne semblait pas malheureuse. Bien sûr, elle ne respirait pas la joie de vivre, mais elle semblait calme et sereine. Comme si quelques jours s'étaient écoulés. On aurait dit qu'elle avait accepté auparavant cette tragique nouvelle. Et en effet, elle déclara que toute la famille était au courant : mon père, les frangins, les grands-parents, les oncles, les tantes, les cousins, les cousines, le chat, la famille éloignée, et même tous mes proches.
Quelques jours plus tard (qui parurent quelques simples secondes dans mon sommeil, ou peut-être encore quelques nanosecondes, les images défilant si vite, si j'étais bel et bien prise au piège dans ce rêve incontrôlable, tant il gorgeait de réalité), toute la famille venait me voir, chacun me prenait dans ses bras, et lorsqu'ils prononçaient pour moi quelques paroles réconfortantes sur la vie après la mort, un petit sourire et un regard apaisant et sincère s'esquissaient sur leurs visages. Il s étaient tous emprunts d'honnêteté et de gentillesse. Tous avaient accepté que j'allais mourir. Tous s'y étaient faits ; mais pas moi.
Moi je ne voulais pas mourir. Moi, je ne voulais pas partir. Je comprenais alors que j'étais la dernière mise au courant depuis plus ou moins longtemps de ce qui allait m'arriver. Cela ne faisait que renforcer mon incompréhension, ma détresse et ma peur. Face à cette fatale situation, je me sentais très seule.
Je me posais la question de comment les choses se passeront dans l'après ? Comment se feront-elles ressentir ? Je me doutais bien d'une chose : tout le monde sera endeuillé. Et après ça, tout le monde se souviendra de moi dans sa vie, toujours. On n'oublie jamais ceux que nous aimons s'en aller. Mais vient ce jour où, plusieurs dizaines de décennies plus tard, la vie continue. Et les fantômes disparaissent pour toujours. Viendra le jour où je ne serai rien de plus qu'un portrait sali par le temps, accroché sur un mur. Un jour, mon fantôme va disparaître ; et les gens continueront d'avancer. Un jour, on réalise que les morts sont morts, ils ne vont plus jamais revivre, et on constate que la Terre ne s'est toujours pas arrêtée de tourner. Un jour, les morts, on les oublie. Et finalement, il le faut bien. Je vais mourir ; après ça, on pensera fort à moi. On pourra sûrement parler de moi avec tout son coeur, toute sa conviction, avec une intensité proportionnelle à l'amour qu'on me porte. Et puis plus tard, on me laissera là. Et alors là, je serai vraiment morte. Je serai vraiment partie.
Dans ce véritable cauchemar, le plus horrible ne fut qu'à la fin : je me réveillais, toujours endormie. Toujours prise au piège, dans ma propre mémoire. Pensant être réellement réveillée, je courrais voir ma mère, lui raconter cet horrible songe. Et c'était avec une extrême indifférence qu'elle me confirma, malgré cela, que je serai bel et bien euthanasiée le 2 septembre prochain. J'étais l'oiseau et mon sommeil était la cage, j'étais coincée. Un rêve dans un rêve. Alors voilà : si j'avais quelque projet à réaliser pendant mon existence, il fallait le faire tout de suite, dans les jours à venir. Après ce serait trop tard.
Et enfin, le réveil ; le vrai. Dans un profond soulagement, peut-être le plus intense de ma vie, je rouvre les yeux. Mes nerfs réagissent, en douceur et retrouvant mes sens, je me mets à bouger les différentes parties de mon corps pendant que je remarquai la pièce où je me trouvais. Ma conscience s'éveillait. L'oiseau était libéré. Quelques instants d'éveil plus tard, je repensais calmement à ce rêve... Quelle horreur. Savoir que vous vous éteindrez dans moins d'un mois est bouleversant. Je fouillais ce songe, de péripéties en péripéties. Je tentais d'y raccrocher toute sorte d'interprétation, selon les lois de la psychanalyse, de sensation, d'émotion, tout ce qui pouvait se rattacher à mon quotidien et à ce que je ressentais ces derniers jours. Dans la vie de tout les jours, comment j'allais. Est-ce que j'avais des angoisses? Des doutes? Il fallait que je comprenne ; comment ai-je pu rêver d'une pareille chose ?
Après, ce serait trop tard...
Je m'interrogeais un long moment sur cette phrase...Je n'avais plus qu'un temps très limité pour faire ce que moi seule avais envie de faire. Dans cette réalité-ci, j'avais encore toute une vie. Aujourd'hui, les espérances que l'on se porte, si nous les voulons voir se concrétiser, sont possibles, réalisables. Ce n'est pas trop tard.
Tout cela donnait à réfléchir : savoir que je ne vais pas mourir ce 2 septembre me fait soudainement pousser des ailes ; avant de faire ce rêve, absolument pas. Ce n'est que lorsque l'on nous prive d'une chance, d'une capacité, d'une chose ou de quelqu'un que nous aimons, que nous en ressentons ce manque. Ce n'est qu'a posteriori que nous réalisons à quel point nous en avons besoin. Ce temps de réaction n'arrive que trop tard. Alors voilà : je prends conscience que je ne meurs pas dans quelques jours, et je me sens toute légère. Ça sent comme une véritable bouffée de liberté. Cela donne envie de vivre intensément, de vivre bien, de vivre, tout simplement. Alors non, ce n'est pas trop tard pour moi. Si j'ai des choses à dire, je les dis ; si j'ai des choses à faire, je les fais ; si j'ai des gens à aimer, des choses à avouer, des peurs à affronter, je les aime, je les avoue, je les affronte. Peu importe ce que peuvent penser les gens. Parce que les gens, ils nous jugent de toute façon. Donc peu importe.
Peut-être avais-je dans ce songe une peur inconsciente de l'abandon, du regard des autres et de l'inconnu. Mais il semble plus envisageable de tirer avantage et bonne morale de chaque situation, y compris les plus abominables : il n'est trop tard que lorsqu'on laisse nos peurs prendre le contrôle, lorsque l'on remarque que l'on s'est trompé de direction sur le chemin.
Il n'est trop tard pour personne en réalité. Alors vivez votre vie comme vous l'entendez. Ne perdez pas votre temps à nier ce que vous ressentez, il n'y a rien que vous puissiez faire, à essayer vainement de ressembler, vous ne pouvez ressembler qu'à vous-même, à vous morfondre sur ce que vous ne pouvez pas avoir, prenez le temps de regarder ce que vous avez déjà. Vous n'avez qu'une seule cartouche.
Sur ce, dans une profonde sérénité, je me rendormais.
***
Et voilà pour cette première nouvelle ! ;) J'espère qu'elle vous a plu ^^ Si c'est le cas, n'oubliez pas de voter et de commenter !
Celle-ci n'est pas super joyeuse, je l'avoue mais il n'y aura pas que des nouvelles de ce genre, il y en aura bien d'autres plus différentes ! ;)
Toutefois, cela me paraissait une bonne idée d'aller vers un terrain un petit peu sombre, qui s'apparente à l'entité de la nuit. On fait tous des cauchemars, on a tous des angoisses, c'est qui me parait le plus humain chez nous et donc c'est pour ça que je voulais une nouvelle de ce genre.
Qu'est-ce qui vous a plu / déplu ? Dites moi !
Rendez vous à la prochaine veillée ;)
Love.
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Nuit Blanche
General FictionLa fameuse odeur du soir va effleurer notre aura, une lune clairvoyante va toucher le ciel. Des aveux vont se confesser, des insomnies vont perdurer, des étoiles vont se déplacer, des escapades nocturnes vont se profiler, des légendes et des histoir...
