Ce jour, qui a changé ma vie.

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Il est en train de faire la vaisselle et moi, j'observe son dos, je me dis, c'est fou quand même, on passe une vie entière sans jamais se voir de dos, je me dis aussi qu'il a un peu plus de cheveux gris sur la nuque, c'est drôle les cheveux gris, comment ça apparaît ? Un à un, la nuit ? Est-ce que je verrais une différence si je regardais sa tête chaque matin ? Bon, je sais que c'est toujours comme ça, je me fais plein de réflexions et me pose pleins de questions en général, mais quand il faut parler et aller droit au but je m'en pose au moins cent fois plus, c'est un peu comme les balais dans "L'apprenti sorcier" : multiplication sur multiplicationau carré, et tutti quanti. Ça c'est une expression de ma grand-mère qui me fait beaucoup rire et qui, je ne sais pas pourquoi, me fait penser à des fruits confits. Voilà,ça repart, je pense à tout sauf à ce que je dois dire, je m'égare. Il doit avoir des antennes parce qu'il se tourne vers moi soudain, les mains pleines de mousse, arrêtant quelques secondes de frotter une marmite.

-Toi, tu as quelque chose à me dire.

-J'ai eu 13 en japonais.

-C'est bien !

-Oui, si on veut.

-Mais ce n'est pas ça que tu voulais me dire.

-Si, enfin, non.

J'ai regardé mes chaussures, puis un carreau de carrelage sur lequel il y avait une petite tache de sauce tomate, puis les chaussures de mon père, puis la chemise de mon père, sans aller jusqu'aux yeux, c'était plus simple de ne pas regarder ses yeux et j'ai dit : « je hum.. je suis enceinte papa... »

Je l'ai dit, enfin.. Comme ça fait du bien. Tiens, il reste silencieux, c'est étrange. La pièce devient sombre, comme la fois où j'avais cassé la table. Je le sens cette fois-ci je ne vais pas en ressortir indemne. Maman n'est plus là pour me sortir des ennuis.
C'est calme, trop calme. C'est comme si un ange passait mais pas un ange merveilleux, non un ange maléfique. Un ange si sombre qu'il serait en réalité un démon.

Je vois son regard fou qui se lève du sol pour se poser sur moi. Ses iris sont sombres et son corps, lui, tremble d'énervement..

Soudain, le vacarme, il crie encore et encore. Moi, j'essaie de rentrer dans le sol, ou alors de me transformer en une minuscule souris. J'essaie d'en placer une, de me défendre mais c'est impossible.
Tout-à-coup, il me montre la porte, dans un moment de folie, en me disant : « Dehors ! ».

Il veut que je parte, mon fou de père me met à la porte, moi, sa fille chérie. J'ai peur, non, je suis terrifiée, tellement que j'en tremble moi aussi. Mais lui ne tremble pas pour la même raison que moi...

Désormais, je suis dans la nuit sombre, pas une étoile de visible. Je ne sais pas où aller. Alors, j'avance droit devant dans les rues sombres. Pendant des heures, non, en fait des jours, je déambule. Je passe de ville à campagne, de zone urbaine à champs. Le soir je regarde admirative le soleil tomber au loin. Puis souvent, je tombe de fatigue au bord de la route déserte. Dans ces moments je me sens seule, affreusement seule. Je n'ai plus de famille, plus d'amis... Sur ces sombre pensées je tombe dans le sommeil, frigorifiée, affamée et seule.

Mais un matin, je suis réveillée non pas par la lumière des phares de voitures mais par une lumière blanche et vive. Je suis dans un lit. Il est tellement moelleux, c'est un de ceux où je peux rester des jours et des jours durant. Je ne connais pas cette pièce. Ai-je été enlevée ? Non, ce n'est pas possible, je ne serais pas dans un lit aussi confortable, mais plutôt dans un sous-sol, sans lumière et à même le sol. Mais alors où suis-je ? Dans ma chambre ? Non, réfléchis un peu elle est rose, puis rappelle toi ton père t'a abandonnée. Comme toujours, je pense trop, c'est ainsi que je reviens à mes plus sombres pensées.

Ce jour, qui a changé ma vie.Stories to obsess over. Discover now