Hostage

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-J'me sens mal, soufflai-je, fébrile, en réalisant l'horreur de la situation.

De violentes bourrasques agitaient les cheveux blonds négligemment noués de Jeanne. Elle se tenait face à moi, me transperçant de ses yeux gris plein d'insolence. Tout dans mon attitude trahissait que je venais de comprendre. Tout dans la sienne montrait une impatience que je ne lui connaissais pas. Elle jouait avec sa cigarette, nerveusement, en attendant que je parle.

J'ouvrais la bouche à plusieurs reprises, essayant de formuler ce qui me rongeait à présent, mais aucun son ne franchissait la barrière de mes lèvres. Je comprenais, mais rien n'avait de sens.

Abattue, je baissais les yeux sur ses Jordans un peu usées, sur ses jambes qu'elle m'avait à maintes reprises laissée caresser, sur ses longues mains fines qui m'avaient fait tressaillir de nombreuses fois, et puis, sur sa poitrine à peine recouverte par son débardeur beaucoup trop ample.

Cette poitrine qui aurait dû se soulever au rythme de sa respiration, mais qui était tout aussi figée que celle d'une statue de marbre.

-Parles, murmura t-elle après un silence pesant en approchant la main de ma joue.

L'angoisse à l'idée qu'elle me touche me fit reculer brusquement. Le cœur au bord des lèvres, je me laissai tomber dans l'herbe, me recroquevillant sur moi même de peur d'affronter son regard, ce qu'elle était.

-Trésor, prononça t-elle d'une voix brisée, regarde moi, s'il te plaît.

-Je... je peux pas, bégayai-je en ravalant un sanglot alors qu'elle s'agenouillait face à moi. Pourquoi tu m'as rien dis, t'aurais dû m'expliquer, dès la première fois, tu... t'aurais dû...

-T'y aurais cru? Me coupa t-elle dans un rire sans joie tout en attrapant mon menton pour me forcer à la regarder. Quand on s'est rencontrées, à la soirée d'ma sœur, si j't'avais dis que... si j't'avais dis la vérité, t'y aurais cru?

J'ouvrais la bouche pour répliquer, mais de nouveau, aucun son ne semblait vouloir sortir. La peur gagnait du terrain, m'empêchant un peu plus de respirer. Y aurais je cru? Et maintenant, est ce que j'y croyais?

Je fermais les yeux un instant, essayant de retrouver une once de calme, puis les rouvrais, soutenant maintenant le regard de Jeanne. Elle ne jouait plus avec sa cigarette, elle ne me regardait plus avec son insolence naturelle. Elle attendait que je lui dise quelque chose, que je la rassure, peut-être.

Les yeux plongés dans les siens, je me remémorais alors cette soirée d'hiver où elle m'avait envoutée.

Nouvelle dans ce petit village de bord de mer, je m'étais auto persuadée que la solitude me conviendrait, mais il y eut Kalie, Marie et surtout Jeanne.

Kalie, camarade de classe, d'un naturel doux et avenant m'avait vite apprivoisée. Assez pour m'inviter à une grosse soirée, chez l'une de ses amies: Marie. Cette dernière, de trois ans notre aînée, habitait une immense villa qui sentait tellement l'argent que j'en étais mal à l'aise. Et si l'élégance, la grâce et la beauté de cette grande blonde m'avait laissée sans voix, ce n'était rien comparé au premier regard de Jeanne. Appuyée seule sur la rambarde de l'escalier principal de la demeure, une cigarette allumée roulant entre ses doigts, elle m'avait donné l'impression d'attendre depuis des heures que quelqu'un la remarque.

De part sa ressemblance avec Marie, je sus qu'elles étaient du même sang. Cependant, ce qu'elles dégageaient était si différent que quiconque les voyant telles que je les avais vues aurait compris que Jeanne n'était pas faite pour ça. Marie était à l'aise dans ses escarpins satinés et sa robe de gala dévoilant son dos, son verre de champagne coincé dans sa main au vernis impeccable. Tandis que Jeanne, comme aujourd'hui portait des vêtements bien trop grands pour elle, de son débardeur cachant à peine sa maigreur à son jeans troué laissant entrevoir quelques centimètres de peau. Ses pieds nus et ses cheveux longs en bataille encadrant son visage altier dénotait dans ce décor sorti d'un magazine grand luxe.

HostageWhere stories live. Discover now