Je me souviens de ce jour comme d'un rai de lumière éblouissant venant illuminer une vieille pièce poussiéreuse et vide. Le jour où je l'ai rencontrée est celui où j'ai commencé à vivre. Où je n'étais plus seule. Où, enfin, je rencontrais mon miroir. Nous étions toutes les deux toutes jeunes, à peine sept ans, l'âge où l'on rentre dans ce monde d'adultes, et cette petite issue d'une famille nombreuse avait été confiée aux soins de ma mère, pour qu'elle lui apprenne l'art délicat des plantes. Aleya, puisque c'est son nom, était la dernière d'une fratrie de sept enfants, et elle était aussi la plus chétive, la plus docile et la plus jolie. Sa famille ne savait pas quoi en faire : elle était incapable de travailler aux champs sans tomber sous une fièvre ardente, d'ailleurs elle ne supportait aucun travail de force que nos modestes existences nous imposaient. Sa mère avait peur que sa beauté prometteuse finisse par lui jouer des tours dès que son adolescence sonnerait, si bien qu'elle avait des réticences à la confier aux taverniers, pour un travail d'intérieur.
Ma mère s'était proposée d'en faire une guérisseuse, comme elle-même l'était, comme sa mère avant elle l'était, et comme j'étais censée le devenir. Elle l'avait prise sous son aile, et la petite Aleya commença sa formation avec moi, en même temps. Je me souviens de son air triste et constamment effrayé, cette impression qu'elle donnait de retenir son souffle pour que personne ne la remarque. Plus tard, Maman m'avait expliqué que son caractère docile venait de sa place dans la famille : elle était la plus jeune, d'une fratrie comptant cinq garçons et une aînée protectrice, et qu'Aleya suivait les ordres qu'on lui disait sans discuter. La hiérarchie dans une famille était une chose fondamentale, et la petite s'y trouvait tout en dessous.
Ma mission d'alors, dans ma tête de gamine, était de la faire sourire. De la faire rire. De lui donner goût à la vie. D'être une enfant, comme moi, d'aimer le monde et d'en contempler les couleurs, les sons, tout. J'ai toujours été une fervente admiratrice de la nature et de la vie. Et, pour la première fois, j'avais une amie avec qui partager cette passion.
Parce que oui, Aleya allait devenir mon amie. Puisque, comme m'a mère me l'a avoué plus tard, elle avait le même don que moi.
Extrait du journal d'Iwona, année soixante-huit, huitième lune, quatrième jour.
***
Galya se mouvait langoureusement, bougeant lentement ses hanches au rythme de la musique qui l'accompagnait, sa voix claire emplissant la salle bondée du petit cabaret de la Grusha. Elle savait qu'elle était regardée et admirée. Et elle faisait tout pour. Elle remonta un peu ses jupes pour laisser voir une jambe pâle et fuselée, puis descendit de la scène où elle était juchée. Galya s'approcha d'une table, ou un monsieur bien comme il faut semblait ne pas prêter attention à son repas et ne cessait de la dévorer des yeux. Galya savait qu'elle était unique. Elle savait qu'elle attirait le regard des curieux, qui ne pouvaient mettre un mot sur sa particularité.
Galya jouait de ça. Elle jouait de son apparence fine et frêle, de son manque de forme, de sa voix si haute, du mystère qui l'entourait. Elle se pencha au-dessus la table, pour faire courir ses longs doigts sur le torse de l'homme, remontant vers son cou. Puis elle s'envola entre les rangées de tables et retourna sur scène. Elle aurait du travail ce soir, la Grusha allait être contente.
Elle termina son numéro, sa voix partant dans des notes aiguës, levant ses bras pâles bien haut. Puis Galya s'abaissa, saluant son public qui l'applaudissait, avant de disparaître dans les coulisses. Elle s'affala dans un fauteuil, sa robe bouffant autour d'elle. Sa collègue qui prit la suite du spectacle lui lança un sourire.
— Eh Galya ! Bien joué !
Galya lui souhaita bonne chance, puis soupira. Ce qu'elle attendait ne tarda pas à venir.
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Chasser nos démons
FantasyMalgré leur quotidien difficile, la vie d'Hansel et son ami Gretel à Nebol est plutôt simple : elle se résume à gagner le plus d'argent possible pour rembourser leur dette à la Grusha, afin de quitter la ville. Elle se complique le jour où Peon Kra...
