Mélodie

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C'était une mélodie, parfois légère parfois pesante, parfois gaie parfois triste, parfois douce et parfois rude.
Chaque jour elle était différente, et pourtant chaque jour elle restait la même.
Il l'écoutait chaque jour. Il l'écoutait pendant des heures, désespéré lorsqu'elle se taisait. Il savait en reconnaître chaque nouvelle note, chaque changement de rythme.
Elle était sa seule distraction, son échappatoire à sa vie monotone.
Elle lui parlait, et inconsciemment il lui répondait. Ils étaient deux, prêts à ne faire qu'un.

Mais il devait passer la journée sans elle, comptant chaque secondes qui le séparait des retrouvailles.
Mais quand il rentrait elle n'était pas toujours là, parfois il l'attendait pendant des heures, avant qu'enfin les notes commence à s'élever dans l'air.
Mais parfois aussi elle se taisait pendant des jours et il se sentait abandonné, seul dans sa maison silencieuse.

Il ne savait pas d'où elle venait, mais elle régissait sa vie.
Il rêvait de savoir ce qu'elle était, mais il avait peur. Peur de la faire fuir : les miracles ne sont pas fait pour être compris des mortels, et cette mélodie, qui résonnait avec son âme, ne pouvait qu'être un miracle.
Alors quand elle sonnat à sa porte, ce matin de mars pluvieux, ses cheveux d'or assombrit par la pluie qui coulait sur ses joues rouges de froid, il n'y cru pas tout de suite.
Mais il l'entendait, elle était là; juste devant lui, elle semblait sortir du coeur même de la fille, s'échapper avec la buée dont les volutes se dispersaient dans l'air glacé.
Elle murmura, sa voix couvrant un instant la mélodie,
"- Je... Excuse-moi de venir te voir comme ça, à l'improviste, sans raison... mais j'avais besoin de te voir.. Et d'entendre.
- D'entendre ?
- La mélodie... je l'entend parfois, elle m'apaise. Je savais qu'elle venait de toi. Je te vois parfois quand tu sort de chez toi, enfin je te guette."
Elle avait prononcé ces derniers mots en baissant la tête, rougissante.
Lui ne savait que dire, il n'avait jamais pensé que la mélodie provenait de quelqu'un, de quelqu'un de réel qui plus est. Sans dire un mot il l'invita à entrer.
Elle s'assit sur son vieux fauteuil défoncé et se ramena ses jambes sous elle après avoir enlevé ses petites ballerines.
Elle attendit tranquillement qu'il prenne la parole, mais il était trop captivé par la mélodie pour réagir.
Il finit par laisser les mots sortir de lui, en vrac, incapable de réfléchir aussi prés d'elle,
"- Je n'ai jamais pensé que la mélodie pouvait provenir d'une personne, je pensais que c'était un cadeau du ciel, pour égayer ma vie, une sorte de miracle. Mais elle sort de toi ! Je l'entend, juste là, comme si elle sortait directement de ton coeur. Est ce que je deviens fou ?
Elle laissa échapper un rire argentin,
- Bien sûr que non ! Il parait que chaque âme à sa mélodie mais que l'on ne peut entendre que celle qui nous sont destinés. Et que quand deux personne sont réellement amoureuse leurs mélodies s'accordent. Enfin c'est une vieille légende mais ma mère prétends avoir entendu la mélodie de mon père avant de le rencontrer."

Depuis cette discution, ils ne se quittèrent presque plus, leurs mélodies étaient si bien accordé qu'ils pouvaient deviner facilement les pensées de l'autre. Elle ne les quittait jamais, aussi loin qu'ils puissent être de l'autre. Elle était la gardienne de leur amour naissant, leur bonne fée personnel.
Ils s'aimaient, ils le savaient, ils étaient heureux.
Leur vie n'avait pas toujours été rose, mais aujourd'hui et maintenant, ils étaient heureux d'être amoureux.

Mais cela ne dura pas. Passé les beaux débuts, les premiers émois, l'amour se lassa. Passé la découverte, les espoirs et les rêves, la mélodie changea.
Il le sentit un matin, se réveillant avec elle contre lui, une infime variation, une note ou deux. Presque rien, mais le début de la fin.

Au début il eu mal, puis il décida d'arrêter, d'un coup, de ne pas retarder l'échéance. Ils s'étaient aimé, ça avait été beau, et c'était fini.

Accoudé à la fenêtre, cette fenêtre par laquelle il l'écoutait, il soupira lentement et, avec un pauvre sourire, laissa sa mélodie s'en aller jouer pour un autre cœur.

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