Emmitouflée dans un long manteau, une grosse écharpe autour du cou et les mains dans mes poches chaudes je battais le froid pour rejoindre le petit parc en haut de la ville. Plus particulièrement le banc blanc face au lac qui se trouvait capturé par de hauts bâtiments gris. Je marchais dans les rues bitumées et vides, entre des immeubles tous plus grands les uns que les autres. Tout était calme. Seul le bruit des voitures se faisait entendre. Même devant les restaurants, les cinémas et les magasins les visages se faisaient rare, chacun préférait rester chez soi, bien au chaud, avec un bon livre ou un vieux film en noir et blanc. Je montais à travers la ville jusqu'à la grille ouverte du petit parc. Encore ici, je ne trouvais personne. Je m'aventurais à travers les allées de graviers, entre les carrés d'herbes en mauvais point et les arbres sans feuilles. Tout était calme. Enfin, j'arrivai au banc blanc face au lac et je m'y installais. Je fermai les yeux et je sentis chaque partie de mon corps se décontracter au contact de cet air bien plus pur que celui qui m'entourait quelques minutes auparavant. Je rouvris les yeux et les fixai sur le lac et remarqua qu'il commençait à geler.
Il fait si froid, ce n'est pas une surprise. Dis-je à moi-même.
Je fermai les yeux à nouveau et laissai mon imagination construire autour de moi un autre monde. Toujours emmitouflée dans un long manteau, une grosse écharpe autour du cou, j'étais assise sur le banc blanc face au lac. Malgré le froid le ciel était bleu et le soleil brillait. Il lui arrivait même de nous éblouir; c'est pourquoi je portais sur mon nez des lunettes de soleil. Autour de moi je pouvais entendre les rires des enfants ou le son de leurs pieds dans les graviers. Il y avait aussi les bourdonnements incessant des discussions de leurs parents qui parlaient travail, école ou encore de l'incroyable histoire que la voisine leurs avaient raconté. Si l'on détachait les yeux de la vue devant soi et que l'on regardait un peu plus autour on pouvait apercevoir tout type de personnes. Ces deux personnes âgées, chacune avec sa canne, main dans la main se rappelant le temps de leur jeunesse où comme les deux jeunes assis sous un grand chêne ils faisaient des plans sur la comète. Ce jeune homme assis sur un autre banc un peu à l'écart du reste qui lisait un livre. Il était si concentré que souvent ses sourcils se fronçaient et il ne se rendait pas compte lorsque que ses petites lunettes rondes glissaient de son nez pour se retrouver sur les pages. Ou encore ces adolescents assis en cercle, se retrouvant sûrement après les cours pour discuter des derniers potins, rire et juste passer du bon temps avec les gens qu'ils aimaient entourés de la musique qui sortait de l'enceinte posée dans l'herbe près d'eux. Il y avait aussi cette petite fille et ce petit garçon qui jetaient du pain aux quelques oiseaux encore présents. On pouvait voir dans ce petit parc tout plein de gens venant, de lieux, de générations, de cultures différents cohabiter ensemble dans la bonne humeur.
Parfois, oui, il y avait des larmes et des cris. Un enfant tombé sur le gravier. Un désaccord quelconque et souvent stupide lors d'une conversation. Un ballon perché dans un arbre ou perdu au fond du lac. Un pigeon un peu brusque. Une feuille envolée par le vent. Une musique trop forte. Un cœur brisé, déchiré, cassé, rompu, éclaté, fracturé, fêlé. Mais c'était si peu souvent par rapport à la joie, au rire, à l'euphorie, au bonheur, au rigolade qu'on ne les oubliait pas bien sur mais jamais elles ne sont venues gâcher ce que les gens d'ici avaient créés. Ce petit bout de paradis, bien que fragile nous le savions tous, résistait à toute les tempêtes. Jamais rien n'avait enlevé le sourire aux gens qu'il hébergeait.
«Maman ?» appela une petite voix douce et féminine.
Un avion passa me faisant sursauter et rouvrir les yeux. Il faisait déjà nuit. Le ciel était noir et les nuages cachaient toutes étoiles. La lumière de la lune peinait à percer les nuages pour nous éclairer. On pouvait à peine apercevoir son reflet dans le lac. Les rires et les différentes voix autour de moi avaient disparu laissant place à un silence pesant. Tout était calme. Je ne savais pas combien de temps j'avais passé ici mais c'était sûrement beaucoup trop. Finalement, je me retournai pour regarder derrière le banc, d'où venait la petite voix mais il n'y avait personne. La petite fille avait disparu. Je pouvais encore sentir sa petite main douce tapoter mon épaule et son petit souffle chaud dans mon dos. Ses paroles résonnaient dans ma tête. En boucle, je l'entendais toujours en boucle m'appeler. Sa petite voix ne s'estompait pas. Au contraire, elle était de plus en forte, de plus en plus sourde. Je l'entendais m'appeler, me crier ce mot. Plus fort, je l'entendais toujours plus fort crier. Elle m'implorait de venir la chercher mais je ne pouvais pas. J'avais beau courir aussi vite que je pouvais, hurler son nom rien n'y faisait. je la voyait s'éloigner de moi. Plus loin, je la voyais toujours plus loin s'effacer. Et puis sa voix faiblit et peu à peu elle disparut complètement ne restant qu'un souvenir dans mon esprit. Une ombre venue pour me hanter. Je sentis sur mes joues couler quelques gouttes d'eau salée. Je sortis ma main de ma poche et essuyai du revers de ma manche mes yeux mouillés. Il n'y avait rien à pleurer. Comme il le disait tous ce n'était plus que du passé, un évènement fini qui ne pourrait plus jamais changer qu'importe les actes que je ferai plus tard. Je me levai, remis mes mains froides dans mes poches chaudes et regarda une dernière fois le lac presque gelé, sans vie, devant moi. Enfin, je me remis en marche dans les allées de graviers, entre les carrés d'herbes en mauvais point et les arbres sans feuilles. Je passai le grand portail. M'arrêtai. Fermai les yeux. Et une dernière fois respirai l'air du petit parc. La douce voix dans ma tête cessa pour de bon. Mon esprit était vide tout comme la ville en bas. Tout était calme. Je soufflai puis mes pieds se remirent à avancer. Je descendais dans les rues grises de la ville, entre les boutiques fermées et les petits restaurants allumés dans lesquels les gens riaient au chaud. Dans les terrasses il n'y avait pas foule mais on pouvait percevoir les discussions endiablées dans les bars. Quelques fois, au coin d'une rue, au pied d'un immeuble ou attendant le bus, il y avait une personne, seule, enfermée entre les grandes constructions de bétons. J'aimais m'imaginer la vie de ces gens. Étaient-ils triste ou heureux ? Quittaient-ils ou rejoignaient-ils leurs familles ou leurs amis ? Quelle musique sortait de leurs écouteurs ? Du jazz, du rap, du rock, de la pop peut-être. Et cette femme, que pouvait bien contenir le sac à dos qui était posé à ses pieds ? Des affaires de sport ou encore de cours. Le cadeau pour l'ami qui fêtait son anniversaire. Peut-être qu'elle avait juste décider, il y a à peine une heure de tout quitter et de partir en voyage, seule ou avec des amis, à travers le monde. Et puis l'homme mûr sous cette tonnelle, pourquoi portait-il une cigarette à sa bouche ? Pourquoi avait-il commencé à fumer ? Peut-être est-ce pour faire comme ses camarades lorsqu'il était encore au lycée. Ou bien parce qu'il lui était arrivé quelque chose de grave dans sa vie ? Un choc, un accident, la perte d'un être cher, qui sait ? J'aimais inventer des vies à tout c'est gens vêtus de noir dans une ville grise. J'aimais rajouter de la couleur dans les lieux que je trouvais trop ternes. J'aimais me dire qu'un jour un rayon de soleil toucherait les habitants de cette ville et ferait apparaître un grand sourire sur le visage comme se fût le cas avec....
Assez ! me criais-je intérieurement.
Néanmoins, tout était toujours aussi calme.
Sans m'en rendre compte, j'étais déjà arrivé au pied de mon immeuble. Mon regard grimpa le long de la paroi grise et s'arrêta au septième étage. La deuxième fenêtre était éteinte. La troisième de même. A quoi m'attendais-je bon sang ? Bien sur que tout serait éteint. Je composai le code puis pris l'ascenseur. Je la voyais dans le miroir faire toute sorte de grimaces pour me faire rire. Et je l'entendais rire de son doux rire. Arrivée au septième étage je tournai la clé dans la serrure de la porte de l'appartement A24. Les lumières étaient toujours éteintes. Je les allumai puis me débarrassai des différentes épaisseurs de vêtements qui auparavant me tenaient chaud dans le froid mais qui, arrivé à l'intérieur étaient de trop. Je marchai doucement vers une porte blanche sur laquelle était accroché un petit écriteau jaune avec inscrit «SOLEIL» en lettre capitale. Je poussai lentement la porte. La pièce était plongée dans le noir mais les étoiles collées au plafond, malgré le temps qui était passé, brillaient toujours. Je restai dans l'encadrement de la porte. Mon corps aurait voulu se balader entre le petit lit et les peluches. En prendre une, un lapin peut-être, la caresser, lui sourire, la reposer. Mes doigts auraient voulu glisser sur la tranche des livres pour enfants, entre contes et histoires du soir. Mes pieds auraient voulu sur perdre dans le tapis à pois et douillet posé entre l'armoire et le lit. Tout mon corps aurait voulu s'allonger sur le petit lit et blottir la douce petite fille à qui il appartenait pour la sentir contre le lui. Mon corps aurait voulu dire, crier, hurler à quel point il aimait cette petite pièce et plus en particulier son hôte. A quel point il aurait voulu la revoir, cette douce petite fille qui lui apportait tant de bonheur. Il aurait voulu tant de chose mon corps mais mon esprit lui interdisait. Même si mon corps ne voulait pas l'admettre, mon esprit l'avait fait.
Tout était calme.
Je refermai la porte et plus jamais ne la rouvris.
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On shot - Souvenir Gelé
Short StoryIl fait froid aujourd'hui. Une jeune femme décide tout de même de sortir. Elle traverse la ville jusqu'à un parc. Arrivée là-bas, elle se rappelle un souvenir, un souvenir figé dans le temps. Si l'histoire t'a plu et que tu aimes faire des couvertur...
