Chapitre 1 : La Déchéance des Malefoy, partie 1

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La lumière déclinante derrière les bois du domaine Malefoy carminait le ciel de teintes incandescentes. Comme chaque soir, Lucius contemplait le soleil s'abîmer dans l'horizon embrasé avec l'impression qu'un peu de sa personne se diluait avec le jour.

Depuis la Grande Bataille de Poudlard, dans la nuit du 1er au 2 mai 1998, il restait confiné chez lui, contraint et forcé par les Aurors exécuteurs du jugement provisoire du Magenmagot l'assignant à résidence avec femme et enfant. Soit deux mois sans voir la lumière du jour autrement qu'à travers une fenêtre. Comme une plante oubliée dans l'obscurité, Lucius Malefoy dépérissait à vue d'œil. Le visage émacié, les joues creusées par des jours et des nuits d'angoisse, le regard terne, l'orgueilleux aristocrate n'était plus que l'ombre de lui-même, et chaque nouveau crépuscule le trouvait l'air encore plus funèbre.

En contrebas de sa position, des Aurors patrouillaient dans les allées du parc, au milieu des paons albinos qui paradaient sur les pelouses. D'autres Aurors gardaient chaque entrée du domaine et certains avaient même investi le manoir. Ces mesures de sécurité visaient davantage à protéger les Malefoy du courroux de la population, qui aurait pu être tentée de se rendre justice elle-même en venant exécuter le seul Mangemort détenu en dehors d'Azkaban, qu'à empêcher une évasion. Le Seigneur des Ténèbres était bel et bien fini cette fois, Lucius en avait la certitude absolue, et il n'y avait rien à espérer non plus de ses anciens camarades. Bella était morte. Son imbécile d'époux et son pervers de frère avaient été arrêtés et on disait qu'ils recevraient bientôt le baiser du détraqueur, comme Macnair, Rookwood, Dolohov et tous les autres. Les Malefoy ne devaient leur sursis qu'à leur prompte désertion durant la bataille, et à l'affirmation d'Harry Potter assurant que Narcissa l'avait laissé vivre quand elle aurait pu signer sa perte. Ainsi, on avait autorisé les trois membres de la famille à rester unis dans l'attente de leurs procès respectifs et ils s'en réjouissaient secrètement. Dans l'infamie et le désespoir, on leur faisait grâce de faire front ensemble. Restait à savoir ce qu'il adviendrait d'eux.

Lucius ne s'inquiétait pas trop pour Drago. Leur avocat plaiderait la jeunesse, il en rajouterait au chapitre de la terreur et de l'impression qu'un sorcier comme Lord Voldemort pouvait inspirer à un gamin qui n'avait même pas encore terminé ses études, et Drago serait reconnu irresponsable de ses actes. Les juges verraient en lui une victime du pouvoir du Seigneur des Ténèbres et de l'idéologie familiale.

Narcissa pouvait espérer s'en tirer à bon compte elle aussi. Elle n'avait jamais joué qu'un rôle de second plan dans les desseins du Seigneur des Ténèbres, et n'avait bien souvent agi que dans l'intérêt de Drago. Lucius voyait mal toutes les mères du Magenmagot, des sorcières d'un certain âge, condamner une femme dont chaque acte n'avait été dicté que par le souci de préserver son unique enfant.

Lui, en revanche... Bien sûr, nombre de ses décisions avaient aussi été prises en considération de Drago, mais les intérêts de son fils n'étaient qu'un motif parmi d'autres, et il ne s'attendait pas à ce que des impies défenseurs des Moldus et des Sang-de-Bourbe comme ses juges y entendent la moindre chose à l'honneur familial et au respect des traditions. Lucius ne se faisait donc guère d'illusion sur son sort. On lui faisait grâce d'attendre son jugement auprès de sa famille plutôt que dans une geôle d'Azkaban, mais cela ne garantissait rien quant à son avenir. Par ailleurs, bénéficier d'un traitement de faveur pour avoir déserté le meurtrissait de honte. Il songeait, moitié avec amertume moitié avec frayeur, qu'il pouvait se réjouir que ses anciens camarades soient promis à une mort prochaine. Qu'un Lestrange ou qu'un Dolohov lui tombe dessus et il ne donnait pas cher de sa peau.

Certes Drago, Narcissa et lui ressortaient vivants de la guerre, mais le resterait-il, lui, et à quel prix ? Il était un traître. Quelle image donnait-il à son fils ? Et à ses aïeux ? Lucius avait suffisamment joué avec la magie noire pour savoir que les morts veillaient quelque part, sur un autre plan de conscience. Il ignorait cependant si c'était à ses affinités avec l'Obscur ou à sa fatigue nerveuse qu'il devait de voir le spectre d'Abraxas Malefoy, son propre père, venir l'invectiver chaque fois qu'il s'assoupissait. Le fantôme enragé l'accablait de toutes les insultes qu'il connaissait en lui reprochant tous les malheurs qui frappaient la famille.

Le Procès MalefoyWhere stories live. Discover now