Quête 1 : quitter le village natal, partie 1

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Lieu : Utophia, royaume Aiu-dola

Date : 6-7, Lositka (an 1998, période Elloth)

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Dans la pénombre de cette fin d'après-midi, au cœur de l'une des plus grandes forêts d'Aiu-dola, avançait une jeune fée, dont la détermination et la fatigue assombrissaient les traits. Elle portait un lourd sac sur son épaule, respirait fort et cette silhouette frêle semblait éprouvée par la longue montée qu'elle venait d'effectuer. Les chênes et bouleaux bordaient le chemin mais les ronces lui griffaient les jambes et rendaient l'ascension difficile. Enfin, elle passa la grande arche en bois peint de rouge, qui avait miraculeusement traversé les siècles et arriva au point culminant de la montagne. Des lucioles virevoltaient de droite à gauche, les feuilles frémissaient et les chants discrets de la nature étaient murmurés d'arbre en arbre, de branche en branche, tout bas, afin de ne pas perturber cet instant à nul autre pareil. En avançant, elle dut encore écarter les hautes herbes qui effleuraient ses mains mais ses mouvements étaient de plus en plus tremblants, à cause de son cœur au rythme saccadé.

Et là, elle le vit, illuminé par la pâle lumière astrale qui tendait à disparaître à l'horizon. Une structure archaïque d'une beauté à couper le souffle : un temple de marbre, l'une des demeures oubliées des dieux déchus. Autour, chaque parcelle de vie retenait son souffle et même la brise venait de tomber.

Le monument était soutenu par d'imposantes colonnes, dressées au milieu des herbes folles et enrubannées de lierre. La visiteuse s'attarda autour de la première d'entre elles. Son cœur battait fort, et de plus en plus, à mesure que ses doigts frêles parcouraient la surface rugueuse de la pierre vieillie. Toute la surface blanchie était constellée d'éclats de joyaux et on pouvait encore y sentir les emplacements ténus d'anciens récits mythologiques. Par le passé, ici, on avait prié, on avait dansé à la gloire des êtres et remercié pour tous les présents de l'existence.

A pas menus, la demoiselle sylvestre en fit le tour, attentive à chaque détail, n'hésitant pas à lever la torche qu'elle venait d'allumer pour imprégner ces souvenirs d'une lueur nouvelle, les révélant à nouveau au grand jour. Avant elle, ni sa mère, ni sa grand-mère, ni même son arrière-grand-mère n'avaient pu en faire autant. Cette colonne avait connu, jusqu'à ce jour, bien trop de siècles d'anonymat et d'oubli. Cette soirée serait à tout jamais marquée par les retrouvailles des êtres et des esprits, une union qui s'était vue brisée plusieurs millénaires auparavant dans la destruction suivant chaque grande guerre.


La jeune fée délaissa la colonne sacrée et pénétra à l'intérieur du temple en ruines. Juste un instant, elle masqua la lumière de la torche avec sa main afin de laisser ses yeux s'habituer à l'obscurité soudaine. Le bruit de ses pas résonnait sur les murs obscurs et, lorsqu'elle s'arrêtait, on n'entendait plus que le crépitement léger du flambeau. Il s'avéra que cet endroit du monument avait également souffert des ravages du temps, mais on parvenait encore à distinguer, par endroit, des taches de couleur où un jour une fresque avait pu trouver sa place. Avec beaucoup d'imagination, on percevait un peuple à genoux, suppliant, priant près des flammes et, au centre, un être de magie, une déesse du Bien, protégeant les villageois. Celle-ci devait être la représentante de la vie, probablement. En effet, la divinité protectrice du royaume d'Aiu-dola étant un homme, la silhouette pâle ne pouvait être, en ces lieux, que la déesse universelle, Angeless, celle qui offrit la magie à l'ensemble des mortels.

L'aventurière s'assit en tailleur au centre de cette seule salle, ouvrit son sac et en sortit un calepin ainsi qu'un crayon. Son menton se releva doucement et son regard se posa sur l'élément central du lieu : une pierre massive, large et épaisse, circulaire, dont le centre était décoré de symboles et lettres d'une autre langue. Le tout reposait sur un socle fissuré par endroits, traduisant son grand âge. Elle se mit à recopier l'intégralité des informations sur sa feuille avec une grande précision, pour ne commettre aucune erreur lorsqu'elle serait amenée à traduire ces mots que seule une poignée de vivants comprenait encore.

Utophia Arc 1 | La Tour d'ArgentDes histoires addictives. Découvre maintenant