Glacial

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Lorsqu'il se meut, lorsqu'il s'émeut, mon cœur redevient poussière. La toux s'accommode de mon inconfort et mes silences gênés l'amusent. Il rit, et son sourire devient celui des marguerites. Il danse et ses gestes deviennent ceux de mon souffle. Nous sommes seul·e·s et pourtant, il s'efforce de ne pas me considérer. Sa gestuelle est aérienne, et chacun de ses mouvements semble être calculé pour que je ne puisse qu'en voir une bribe, rester sur ma soif. Ma soif de lui. Ses joues rougissent.
Les miennes aussi.
Je ne sens plus mon corps, ni mon cœur, ni mes peurs. Alors vient l'engourdissement, la tendre étreinte attendrie de cette chaleur primordiale. De cette flamme glacée qui vient empourprer mon ventre, qui vient éroder ma conscience. Qui vient souffler à mes oreilles des murmures profanes. Qui vient danser sous ma ligne d'horizon, entre mes tempes et mes yeux, se balançant sous mes pupilles comme de joyeuses danses païennes. En mon sein je sens mon être s'agrandir, mon corps n'est plus assez large pour me supporter et je me sens m'échapper, et lui, il s'approche. Il s'appuie sur ce rocher qui ne m'abrite plus entièrement et je me sens entrer en ses yeux dans son esprit. 
Je n'existe plus dans mon monde, mais dans le sien. Toute son attention m'est accordée et mes yeux se teintent d'une humidité mêlant excitation à la peur. Peur qu'il ne me trouve pas à sa hauteur, peur qu'il ne se trouve pas à ma hauteur. Que nos contacts se cherchent sans jamais se trouver et finissent par se perdre, quelque part en l'autre.

Il me murmure quelque chose que je ne comprends pas. Trop occupée à masquer mon inquiétude et le soleil levant. Mes forces s'évanouissent et mes bras tombent le long de mon corps. Il sourit. Satisfait. Abandonnée à ses lèvres, à ses mots, il s'approche doucement de moi et vient s'asseoir sur mes genoux. Écrasée contre lui, je me sens faillir. Ses jambes dansent autour des miennes et il agrippe ma gorge avec la plus infinie des douceurs. Ses doigts s'enfoncent dans ma chair comme l'on tâterait une étoffe précieuse, et je sens chacune de ses pulsations sur ma carotide. Sa bouche se perds, sans que je ne la remarque, à errer au fil de mon cou, puis à l'orée de ma mâchoire. Son souffle m'émiette. 
Son souffle m'émèche. Ivre, je me risque à poser mes mains dans le creux de ses reins. Et rapidement, tout se polarise. Comme si le contact venait d'enfin s'effectuer. Comme si les aimants s'étaient retournés. Comme si les amant·e·s s'étaient retrouvé·e·s. Sa respiration devient humide, je le sens couler sur ma nuque un filet de lave tiède. Ses yeux perdent la lumière, embrumés, et les miens viennent à la retrouver à mesure que je m'accroche, comme si ma vie en dépendait, à lui. Il grimace légèrement lorsque dans un sourire faiblard, je commence à glisser mes mains sous sa jupe. Et il me mords lorsque mes doigts à la circulation mauvaise viennent se glisser sous ses cuisses enflammées. Ma bouche s'étire d'un sourire incontrôlable et je le console d'un geste amoureux lorsque ma main gauche s'enfonce loin dans sa chevelure zébrée de douceur. 

Une éternité s'écoule. Je sens quelques gouttes de nos transpirations ruisseler doucement dans le sablier alors que ses crocs se fatiguent sur ma nuque. Son silence ensommeillé me conforte et doucement, insidieusement, s'installe ce sentiment de foyer. Alors que je sens sa poitrine se coller à la mienne, nos cœurs se mettent à battre une mélodie chaotique, dissonante, mais pourtant si agréable. Chacun de nos battements laisse place à l'individualité de l'autre pour se développer, sans s'accorder sur le même ton pour ne former qu'une seule mélodie barbante. Il s'agit plutôt de combler les silences en catastrophe. Mes doigts infiltrés en sous-marin viennent à se rapprocher de son fessier. Une envie sourde me prends. Celle de combler tous les écarts entre nos corps. Il se réveille et m'embrasse tout en s'enfonçant avec mes avancées. Sa voix, enraillée de soie de chanson, soupire, valse. Elle danse, danse, danse jusqu'à se perdre, se casser, puis elle danse pour retrouver chacun des morceaux de son identité. Il me regarde, avec ses yeux maquillés de pourpre sans que je n'ai l'impression qu'il se soit décollé de moi et nous restons la, collé·e·s l'un·e contre l'autre, enfermé·e·s dans ce torrent de braise qui ne veut plus s'éteindre.
La tension s'accélère, les électrons se chevauchent dans une danse sauvage, et bientôt, je me retrouve à onduler du bassin contre ses hanches. Ses yeux regardent dans le vide et ses joues s'enflamment lorsqu'il glisse une de ses mains dans mes boucles onyxiennes. Je m'ancre à son fessier et mes mains galopent entre sa culotte et sa peau.. A l'orée de son plaisir, je sens d'un seul coup toute la confiance qu'il m'accorde lorsque dans ses yeux son regard devient suppliant. Ses pupilles se mouillent et il mords le bas de ses lèvres. Les déesses nous regardent et se mettent à chanter lorsque mes doigts s'engouffrent en lui. Il se cambre brutalement, me forçant à suivre le mouvement pour éviter de lui faire mal. Mon impression de fondre se précise, d'abord de la pointe de mon index jusqu'à l'intégralité de mon bras droit.

Il me murmure des insanités. Je souris malgré mon inconfort, peu à l'aise avec ce genre de langage plus grossier que je ne le souhaiterais. Néanmoins je m'engouffre de nouveau en lui pour un petit tango délicat. Mon métronome interne me souffle d'aller moins vite. Ses yeux m'intiment d'accélérer. Je finis par faire les deux, par vagues fluides, par mouvements tout juste réactifs, par assentiment musculaire, je commence tout doucement un vas et vient et je lui mords la nuque. D'autres insanités me parviennent à l'oreille et mon mouvement s'emballe. Un millier d'angoisses viennent toquer à mon esprit, mais c'est le moment qu'il choisit pour m'embrasser. Presque avec force. J'aime ça. Il s'abandonne tout à fait à mon contrôle tout en m'intimant avec conviction l'ordre de coller mon être contre le sien. Nos lèvres fusionnent, ses autres lèvres bouillonnent sur mon index dont il semble être le seul acteur du mouvement désormais. Je ressens un étrange sentiment de contrôle à le voir se pénétrer seul, sans mon aide, à le voir bouger à rythme régulier sur moi.
Il me suffit de quelques instants pour ne plus réussir à contenir ma propre envie. Il n'aide pas. Ses mains se posent sur la bosse qui orne désormais mon entrejambe et mes vêtements tendus. Il appuie de toutes ses forces et je pousse avec mon bassin. Je sens de nouveau les courants d'air sur mon doigt et je le vois relâcher la pression, puis prendre un instant pour respirer. Il gémit lorsque je me colle de nouveau à lui, tout en glissant une de mes mains contre l'un de ses seins. Il tente une fessée, mais me rate, je sens la brûlure de ses mains dans mon dos. Il s'excuse, mais je n'en ai que faire. Je le veux, plus près de moi. Et même collé·e·s je veux qu'on soit encore plus proche. 

Il se place alors au dessus de moi, à mon sommet. C'est un alpiniste et il me regarde, prêt à me conquérir. Son corps est de feu, de celui qui brûle même les neiges éternelles. Ses mains cherchent la bosse qui orne mon premier pic, le camp de base de tout•e bon•ne grimpeur•euse. Et lorsqu'enfin mon sexe échappe à la prison de mes vêtements, il l'attrape avec vigueur comme s'il allait s'évanouir avec la chaleur.. Comme s'il allait s'évaporer si l'air libre le laissait respirer. Ses mains m'enveloppent alors et je ne me rends pas de suite compte que son corps suit. J'entre alors en lui. Plus doucement que toute chose en ce monde. Mon corps épouse le sien, mes mains se figent à mesure que la sensation de lui se referme sur le moi. Ses soupirs me font fondre, bien plus que la chaleur de son vagin ne pourrait le faire. Il m'observe tendrement avant de commencer à bouger sur moi. Sa danse est cyclique et son pouls bat la mesure, son coeur explose à chaque battement et son sourire me rends euphorique. De la valeur s'inscrit en moi. Celle de pouvoir le satisfaire. J'agrippe un de ses seins avant de le sucer goulument.. tout en commençant tout doucement à bouger moi même. Petit à petit, la sève monte. Je le regarde comme toujours dans ces moments là. Il se mords l'index et vibre intensément.. Il se resserre. Encore et encore. J'ai l'impression de fusionner avec sa peau jusqu'à ce que la pression devienne insoutenable. D'un échange bref de regards embrasés, il me fait comprendre qu'il me veut en lui. Toute entière.

Je jouis. Encore et encore. La montée est digne de celle d'un escalier en colimaçon. Je me sens prise de tournis, mon coeur devient plus faible, mes rétines se dilatent et je vois deux tambours qui brûlent en face de moi. Alors que je me déverse en lui, sa poitrine se soulève à rythme irréguliers, son sexe brûle au contact du mien. Il me prends l'envie furieuse de lui dévorer la vulve mais je ne peux me résoudre à quitter notre étreinte.. Mon seul souhait serait de rester ainsi uni•e•s jusqu'à la fin des temps.

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