Chapitre 1

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Sage s'était juré de ne plus jamais accorder sa confiance à aucun homme.
Et cela, à cause de la façon dont Trace l'avait traitée. Il lui avait fait des promesses d'amour et de bonheur éternels...
Et le jour où elle lui avait appris sa grossesse, ses promesses s'étaient évaporées, et lui avec.
Benji, leur fils de trois ans, ne connaissait donc pas son père. L'absence de figure masculine dans la vie du petit garçon avait inquiété Sage, et elle s'était efforcée de combler elle-même ce manque. Lla seule idée d'accrocher un ver au bout d'un hameçon lui donnait la nausée.
Et puis Ron était arrivé. Entré dans sa vie quelques mois plus tôt, il l'avait très vite conquise par sa gentillesse, son intelligence et une attitude quasi paternelle envers Benji.
Le regard de la jeune femme s'arrêta sur le sapin de Noël miniature posé sur le comptoir qui séparait la cuisine de la salle à manger. Elle l'avait décoré la veille avec son fils et, une fois ce dernier couché, elle avait empaqueté son cadeau. Il serait aux anges, le matin de Noël, en découvrant la balle et le gant qu'il avait demandés.
Sage sortit du four les petits pains à la cannelle qu'elle avait confectionnés pour les clients de sa maison d'hôtes, les mit à refroidir sur une grille, puis elle monta dans la chambre de Benji.
D'habitude, à cette heure, il était déjà dans la cuisine : en pyjama et pieds nus, il babillait pendant qu'elle préparait le petit déjeuner, il lui posait mille questions, chipait une ou deux tranches de bacon dès qu'elle les avait retirées de la poêle...
Mais aujourd'hui, il n'était pas encore descendu et quand Sage entra dans sa chambre elle trouva le lit vide.
Où pouvait‑il bien être ?
Les figurines éparpillées sur le sol lui apprirent seulement qu'il s'était relevé pour jouer, la veille au soir.
Pensant qu'il s'amusait à se cacher, elle alla dans la salle de bains, mais il n'y était pas non plus. De retour dans la chambre, elle regarda sous le lit, dans le placard...
Personne.
— Benji ? Où es-tu, mon chéri ?
Pas de réponse.
Les battements de son cœur se précipitèrent, mais elle se raisonna. La maison était grande : outre les pièces communes et la partie à usage privé, elle comptait huit chambres d'hôtes
— presque toutes inoccupées en ce moment. Les fêtes de fin d'année approchant, la plupart des gens restaient chez eux, rendaient visite à leur famille ou partaient en vacances dans des endroits plus excitants qu'une petite ville texane comme Cobra Creek.
Soudain, Sage remarqua que le tiroir de la commode était ouvert et que les vêtements qu'il contenait étaient en désordre. Benji avait dû vouloir s'habiller tout seul.
A trois ans, il commençait à revendiquer son indépendance, et c'était très bien. Il lui fallait juste apprendre à assortir les couleurs.
Sage remarqua ensuite que le sac à dos de son fils avait disparu, et là son pouls s'emballa.
Pour ne rien arranger, une inspection plus attentive de la chambre lui révéla d'autres absences : celles de l'ours en peluche avec lequel Benji dormait normalement, d'un sifflet qu'il adorait, et de sa casquette de base-ball rouge           
— sa préférée.
Et le fait que son doudou soit là augmenta encore l'inquiétude de Sage, car Benji ne se séparait jamais de cette couverture bleue.
Iil devait juste être entrain de jouer à faire du camping, se dit‑elle pour se rassurer.
Ron et lui avaient parlé d'effectuer une randonnée, trois ou quatre jours plus tôt. Ron avait même demandé au petit garçon quels objets il emporterait alors.
L'ours en peluche, le sifflet et la casquette de base-ball rouge étaient du nombre.
S'efforçant de chasser de son esprit d'autres scénarios que celui d'un simple jeu, Sage ressortit dans le couloir et fouilla toutes les chambres vides à la recherche de son fils.
En vain.
L'idée d'importuner les rares clients de la maison d'hôtes l'ennuyait, mais une terrible appréhension lui nouait à présent l'estomac. Elle commença par aller frapper à la porte des Ellis, couple âgé venu fêter au Texas son quarante-cinquième anniversaire de mariage.
— Oui ? demanda l'homme encore en robe de chambre qui lui ouvrit.
— Excusez-moi de vous déranger, monsieur Ellis, mais vous n'auriez pas vu mon fils, par hasard ?
— Non. On se réveille à l'instant, ma femme et moi.
— Vous voulez bien vous assurer qu'il ne s'est pas caché dans votre chambre pendant que vous dormiez ? Il n'a que trois ans, et il aime bien faire des farces.
Le vieil homme se gratta la tête, achevant ainsi d'ébouriffer ses cheveux gris.
— D'accord...
Il laissa la porte ouverte, ce qui permit à Sage de le voir regarder sous le lit, dans la penderie, dans la salle de bains attenante... et de le croire sur parole lorsqu'il revint lui annoncer :
— Non, madame Freeport, votre fils n'est pas là.
— Merci, monsieur Ellis, et excusez-moi encore !
Sage gravit ensuite l'escalier qui menait à la chambre mansardée du deuxième étage. C'était là qu'avait demandé à loger une femme prénommée Elvira. Ayant récemment perdu un enfant, elle avait déclaré avoir besoin de calme et de solitude.
Comme Elvira ne répondait pas, Sage poussa la porte. Il y avait, posé bien en évidence sur la table, un mot de sa cliente lui disant qu'elle avait décidé de partir très tôt et n'avait pas voulu la réveiller.
Benji aimait cette pièce parce que sa fenêtre offrait une vue dégagée sur le ruisseau qui coulait à l'arrière de la maison.
Mais il n'y était pas.
Les nerfs à vif, Sage redescendit et fouilla une nouvelle fois chaque chambre, en appelant son fils. Elle se précipita ensuite dehors, explora la cour, le jardin, la cabane dans laquelle le petit garçon avait l'habitude de se réfugier, les dépendances...
Benji demeura introuvable.
C'était de la terreur que Sage éprouvait maintenant. Il fallait prévenir la police, organiser des recherches... Elle regagna la maison en courant pour appeler le shérif, mais quand elle entra dans la cuisine, le téléphone sonnait. Elle décrocha, décidée à se débarrasser le plus vite possible de son correspondant...
— Mademoiselle Freeport ? Shérif Gandt, à l'appareil !
— Ah ! j'allais justement vous appeler ! Mon fils a disparu.
— C'est bien ce que je craignais.
Le cœur de la jeune femme s'arrêta de battre.
— P... pourquoi ? bredouilla-t‑elle.
— Le mieux serait que vous veniez me rejoindre.
— Où ?
— A la sortie ouest de Cobra Creek, sur la route qui longe le ruisseau.
— Que se passe-t‑il ?
— Je vousl'expliquerai quand vous serez là.
Sur ces mots, le shérif coupa la communication. Sage sentit ses genoux fléchir, et elle dut se raccrocher au bord du plan de travail pour ne pas tomber.
Non, surtout ne pas paniquer... Il n'était rien arrivé à Benji...
Elle attrapa ses clés et se rua dehors. Au bout de trois essais infructueux, son monospace finit par démarrer, et elle prit pied au plancher la direction du lieu de rendez-vous.
A peine sortie de Cobra Creek, elle vit des flammes s'élever dans le ciel, accompagnées d'une épaisse fumée noire. C'était un véhicule qui brûlait.
Le cœur battant, elle écrasa la pédale de frein, se gara sur le bas-côté et sauta à terre. Le shérif Gandt l'attendait près de quatre pompiers qui s'efforçaient d'éteindre l'incendie. Elle se mit à courir et ne tarda pas à se rendre compte que la voiture en feu était une Jeep noire.
Ron avait une Jeep noire.
— Vous reconnaissez ce véhicule ? lui demanda le policier lorsqu'elle se fut arrêtée à sa hauteur.
Un violent frisson la secoua.
— C'est celui de Ron Lewis, mon fiancé.
Sage remarqua vaguement que la lumière crue du matin accentuait la dureté des traits du shérif.
Puis elle vit ce qu'il tenait à la main, et son sang se figea dans ses veines.
Un ours en peluche et une casquette de base-ball rouge.
Mon Dieu ! Benji était dans la voiture de Ron, au moment de l'accident qui avait provoqué cet incendie !

La rivière et les disparus Historias para obsesionarse. Descúbrelo ahora