Les mains crispées sur le lavabo elle regardait son reflet pour la énième fois, ses yeux noirs, ses cheveux sombres, sa peau momifiée et poussiéreuse. Elle admirait ses défauts, ceux qui c'étaient conçus aux fils des ans, ceux qui retraçaient son histoire, qui marquaient ses dix-neuf ans.
Elle poussa un soupir, ressemblant d'avantage à une plainte, et passa sa brosse dans ses cheveux, commençant à les démêler. Ils étaient abîmés par sa souffrance, par le feu qu'elle avait rencontré et par ces ciseaux aux lames si tranchantes. Elle les attacha en tresse retombant mollement contre son dos. Ils ressemblaient terriblement à ce qu'elle ressentait en ce moment même. La paresse, celle de ne vouloir partir, celle de rencontrer son destin.
Elle regarda ses lèvres contre le miroir et commença à se répéter des encouragements comme elle en avait l'habitude depuis plusieurs années. Sa bouche, un peu pâteuse, était en difficulté. Il en allait de même pour ses lèvres marqués par le temps, coupées par les dents et morsures des dernières soirées.
Elle sortit de la petite pièce que l'on aurait pu comparer à une salle de bain et, les pieds nus, se mit à faire les quatre cents pas dans sa chambre légèrement inquiète pour le déroulement de sa journée.
Elle jeta un coup d'œil par derrière la fenêtre et remarqua l'étrange pluie présente à ce moment de l'année. Elle tapa dans sa robe blanche salie et vieillie par le temps et, reprenant courage en elle, émit un faible sourire. Depuis sa plus tendre enfance, comme sa mère et ses ancêtres avant elle, elle avait toujours appris la médecine à travers les plantes et autres remèdes particuliers. Elle n'avait rien à se reprocher et pourtant elle était ici, dans cette pièce aux murs gris, sol gelé et barreaux.
En se lamentant sur son sort, elle entendit plusieurs coup assez bruyants contre sa porte de cellules et vue le regard lumineux de son gardien qu'elle ne connaissait que trop bien. Il rentra dans la pièce et la prit brutalement par les cheveux en la tirant par le bras.
-Ils sont là. Tous. Ils t'attendent, cracha-t-il.
Et la jeune fille à l'air perdu, essayant éperdument de se débattre, laissa ses jambes traîner contre le sol en pierre encombré par la paille. Elle sentait la main autour de son poignet se resserrer, et comme à chaque fois des marques rougeâtres apparurent. Le soldat aimait se sentiment, celui de ses ongles s'enfonçant follement dans la chair de cette femme. Il voulait continuer à avoir ce sang se calant sous ses ongles, car aujourd'hui était la dernière, la dernière fois où il verrait cette courtisane.
Ils traversèrent les couloirs, entourés de plusieurs gardes et lances sous le cou de la demoiselle. Et elle, comme toujours, faisait de son mieux pour se libérer, mordant l'homme, griffant son bras et crachant sur lui. Elle criait à la mort, encore. Mais cette fois-ci serait la dernière fois où sa voix traverserait les murs du cachots aux airs si lugubres, où des cadavres jonchaient encore les murs, attachés à des chaines. Où des objets de tortures s'étalaient sur plusieurs mettre et dont elle connaissait que trop bien le fonctionnement. Elle savait le nom de chacune de ces choses, de leurs utilités ou véritables aptitudes. Et en regardant ces salles, en voyant les autres hommes et autres femmes criant eux aussi de désespoir, commandant leur décès et frappant désespérément à leurs barreaux, elle ne put que feindre un sourire. Elle aussi avait attendu ce jour, le jour de sa libération, où elle paraît retrouver ce brin d'humanité qu'elle avait perdu au fils des ans.
Elle et les gardes arrivèrent enfin devant cette grande porte où il y a encore peu de temps elle en faisait des cauchemars. Mais aujourd'hui, cette peur avait disparu, car désormais elle voulait traversé cette ouverture, celle qui réaliserai son dernier rêve.
Ils traversèrent la porte et, sous les cris du peuple, avancèrent tirant toujours la jeune fille. Des insultes, plaintes et pierres se lançaient sur elle.
Elle les avait aidé.
Ils se vengeaient.
Elle gardait la tête haute.
Elle ne comprenait pas pourquoi tant d'hommes et de femmes la haïssait, mais elle savait qu'il fallait rester fière et ne rien regretter.
Elle fut placé contre un rondin de bois, les bras et jambes attachés, et le corps hurlant déjà à l'agonie.
Elle ne comprenait pas. Elle avait soigné des gens, fait appelle aux anges et avait prié inlassablement. Elle avait fait des recherches, offert son savoir. Elle avait eu certes, quelques rapports avec des inconnus, profitant de leurs baisées, corps et chair, savourant chacune de leur parties, offrant son âme et une partie de sa virginité à chacun. Mais tout cela allait de mèche avec sa profession.
Elle prit une grande inspiration et vu la torche se rapprocher dangereusement de ses pieds et de la paille. Le feu se condensa peu à peu et prit en importance. Les flammes se répartirent sur le bois et l'herbe séchée. Des cendres commençaient déjà à s'envoler autour d'elle et les cris et rires des habitants résonnaient autour d'elle.
-Brûlons là ! Brûlons là !
Oui, c'est cela. Brûlons la femme au nom de sorcière.
Le feu commença alors à grimper sur elle, dévorant chaque passerelle de son corps, succombant à sa chair. Sa voix commençait à se répandre dans tout le village et ses larmes à sécher. Le crépitement des flammes résonnait lui aussi, aussi bruyamment que la femme. Puis, aux fils de la soirée, le corps se mit à disparaitre, ne laissant plus aucune trace dans le cœur et conscience des habitants. Mais, au fond de la ville, une jeune fille âgée de six ans, aux cheveux noirs attachés en tresses, aux yeux sombres, à la peau momifiée et tenant entre ses mains des plantes, ne pouvait s'empêcher de continuer à admirer le feu qui ne s'arrêtait de gémir.
La tragédie se reproduirait.
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Nouvelles et Péripétie
Historia CortaCe recueil est terminé. Ou plutôt, je n'ai ni l'envie ni l'intérêt de le continuer. C'était des petits textes qui m'avaient traversé la tête à une période de ma vie. ----- Différentes personnes. Différents mondes. Différentes histoires. Chacun vit à...
