Chapitre 1~ Blanc.

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"Je suis une grenouille, je m'appelle Globi. Cela fait 5 ans que je suis parti de chez mes parents, en campagne, pour vivre en ville. Je suis expert-comptable."

Tout en tapant ses lettres sur son ordinateur, Globi souffla longuement. Il avait cette étrange habitude d'ajouter des détails stupides à ses profils. Là, il tentait veinement de s'inscrire sur un site de rencontre, sous les merveilleux conseils de ses amis. Il ne voulait pas trouver une copine.

Il avait décidé de faire ça directement après s'être levé, pour être sûr de ne pas oublier ensuite. Et il n'avait pas fini, voyant son réveil, posé à côté de son ordinateur portable. Tic tac. Le temps passait lentement; il avait encore le temps. Il décida quand même de quitter sa chaise et il ouvrit la fenêtre, créant un courant d'air très agréable. Une expiration, et, c'était comme si il s'envolait, ses yeux se réallumant comme le symbole d'un vieil ordinateur. Il passa ses mains à travers la fenêtre, comme pour attraper l'air.

Et il se rappela. De ses voyages, ses envies de découvrir le monde, de rencontrer des fées, des animaux incroyables. Il regarda ses costards, leur bleu marine répétitif se transforma en une fanfare de couleurs dans l'imaginaire de Globi. Chaque petit détail et erreur de fabrication prenaient sens et faisaient briller un peu plus ce costard manufacturé. Il rêvait de pouvoir habiller les plus beaux princes. Il regarda son lit, aux draps blancs, oreillers blancs, couette blanche, qui semblait briller au milieu de la pièce et baigner cette dernière dans la lumière. Il rêvait de pouvoir éclaircir les plus obscurs palaces.
Il observa son armoire, bloc brun qui semblait dominer la pièce de sa conception française, ah, qu'il rêvait de visiter la France, toute le France.
Il regarda le miroir, se voyant; il ne se concentra pas sur l'image qu'il voyait mais bien la place que son reflet pourrait remplir sur ce miroir. Il rêvait d'être grand et fort.
Il regarda son ordinateur, brillant et bourdonnant. Bourdonnant ? C'était une alarme qui sonnait. Il enfila en vitesse son costard, le sourire toujours aussi important, et, descendant le petit escalier qui le séparait du sol, il disait bonjour à la vie.

Une fois dans sa voiture, il démarra rapidement. La radio ne marchait plus depuis un moment, mais Globi restait optimiste: ce serait l'occasion d'apprendre à la réparer !

Il regardait dehors, partageant son sourire qui rétrecissait plus il remarquait que les gens ne souriaient pas dehors. Pourquoi ne souriaient-ils pas ?

Globi comprit rapidement, comme chaque matin; les rêves ça n'existe pas.
Il ne serait jamais costumier pour personne, il ne sait être qu'expert comptable.
Il ne serait une lumière pour personne, il ne sait être qu'expert comptable.
Il ne sera jamais un grand voyageur, il ne sait être qu'expert comptable.
Il ne sera jamais beau et grand, il ne sait être qu'expert comptable.
Mais Globi souriait encore très fort. Pourquoi ? "Au moins je suis expert comptable !" Se disait-il, insouciant, atteignant finalement son lieu de travail. Il craqua les os de son cou, de ses mains, et s'étira un moment; il était temps d'être le meilleur expert comptable de tous les temps.

Ennui.

"Pourquoi je fais ça, moi encore ?" Il brouillait lui même ses pensées.

"J'ai oublié mon sens." Il ne savait plus pourquoi il travaillait. Vivre ? Mais il ne vivait plus depuis un moment.

Autour de lui ne se trouvaient que des briseurs de rêves, des vauteurs, des rats grattant les restes. Il était une proie dans un grand nid de prédateurs et tous voulaient réduire son prestige, son efficacité. Car il était le meilleur expert comptable.

Il sortit de son bureau, la lumière dans ses yeux se rallumant peu à peu. Il regarda ses mains. Fragiles.. il regarda son reflet dans la vitre arrière. Ridicule. Il souffla un instant, qu'avait-il ? Il se dénigrait sans raison valable. Cela arrivait de plus en plus souvent.

Puis il n'était pas si ridicule, en comparaison à ces rats à l'intérieur du bâtiment.

Il rentra dans sa voiture, une belle voiture, qu'il demarra dans l'hâte et partit dans les petits chemins. Cela arrivait rarement mais ça lui permettait de regagner un peu de joie de vivre.

Sur le chemin, une biche sauta façe à lui. Il freina au dernier moment, faisant brûler ses pneus contre le bitume.

Cette biche était un vrai animal. C'était rare, différent; ils n'existaient que dans les fermes dans lesquels on les élevait pour la consommation.
Piqué par la curiosité et sa voiture étant dans un état pitoyable, il osa sortir. La biche était partie, mais il pouvait encore voir son ombre dans la forêt à sa droite. Premier pas. Il ne comprenait pas, il était attiré par ce mysterieux animal. Second pas. Il le trouvait majestueux. Troisième pas; il était rentré dans la forêt. L'ombre l'entourait désormais.

Douce ombre.

Lux umbra Dei.Stories to obsess over. Discover now