Je sens encore ses mains, une qui me caressait la peau et l'autre qui tenait mes poignets au-dessus de ma tête. Son regard, d'habitude si chaleureux, était dur et froid comme l'hiver. Ses yeux noisettes brillaient d'un désir fougueux, omnibulés par l'envie et le manque. Il n'était plus lui-même. Il était comme un toxico à la recherche de sa drogue. Et j'étais son héroïne.
Je me souviens de sa bouche, avide de goûter l'élixir de mes lèvres comme un vampire assoiffé de sang, qui tentait de forçer la maigre barrière entre ma bouche et ma langue. Je secouais la tête, en essayant vainement de l'empêcher de gagner cette bataille. J'étais forte, mais l'amour m'avait affaiblie. C'était peut-être rien. Juste un baiser. Un baiser un peu plus approfondi, mais l'inconnu peut parfois s'avérer effrayant. Il était mon premier amour et je n'étais pas encore prête. Je me souviens d'avoir senti son coeur battre à une allure vertigineuse et de mettre demander pourquoi il battait si vite. Avait-il peur? Avait-il éprouvé une once de regret pour ce qu'il faisait?
Il y avait aussi son corps, au-dessus du mien, m'écrasant de tout son poids, qui me paralysait les bras. Je ne pouvais plus bouger. Le vide et la tristesse m'avait envahi et m'avait emporté loin, très loin, aussi loin que les étoiles.
"Allez, fais-le, c'est bon, c'est rien."
"Tu sortiras pas d'ici tant que tu l'auras fait."
Je voulais résister, le repousser mais il était plus fort que moi. Je voulais crier, appeler à l'aide mais il n'y avait personne. J'étais seule, si seule.
La peur tétanisait mes membres et je n'arrivais plus à penser. Mais soudain, une lueur d'espoir.
Mon téléphone s'était mis à sonner et il avait lâché sa prise sur moi pendant quelques secondes, quelques secondes de répit offertes par la vie et me permettant de m'extraire à temps de son emprise. J'avais pris le téléphone, et avais décroché : c'était mon père qui souhaitait savoir pourquoi je n'étais toujours pas rentrée, une pointe de colère dans sa voix. Je ne pouvais pas lui en vouloir, comment pouvait-il savoir qu'à ce moment-là, mon monde s'était brisé à tout jamais ainsi que mon coeur? Je lui avais donc dis, d'une voix tremblante, que j'arriverais dans 5 minutes et avais raccroché. Pendant un instant, j'avais espéré que ce n'était qu'un mauvais rêve mais sa main sur mon bras avait suffi à me ramener doucement à la réalité. Son contact m'avait brûlé mais malgré tout, je m'étais retournée pour le regarder mais il n'avait rien dit et son regard se révélait indéchiffrable. Je n'avais plus qu'une envie : partir loin de lui, vite, très vite. Dans le silence, j'avais remis mes chaussures, fais mes lacets et enfilé ma veste. Je crois lui avoir fait un rapide baiser sur la bouche, mais je n'avais plus les idées claires. Je ne ressentais plus rien. Je n'étais ni triste, ni en colère. J'avais voulu dire quelque chose pour briser ce silence assourdissant mais les mots n'arrivaient pas à sortir de ma bouche, comme si elle ne m'appartenait plus. Comme si mon moi n'était plus moi. Mon corps, plus mon corps. Mes pensées, plus miennes.
Mes jambes ne me portaient plus et j'avais l'impression de tomber. Tomber dans cette abîme où la mort était la bienvenue pour oublier ce qu'il venait de se passer. J'avais néanmoins réussi à marcher jusqu'à la porte, à lui rendre faiblement le sourire qu'il m'offrit et à m'en aller de cet endroit de malheur. Dès que la porte s'était refermée, j'avais couru, le plus vite possible. Comme pour échapper à moi-même. Ou pour lui échapper. Courir était parfois le seul moyen pour fuir la douleur qui menaçait de me submerger. Courir me rendait vivante et j'avais besoin de savoir si j'étais toujours là et si c'était bien réel ou simplement le fruit de mon imagination.
Sans le savoir, mon père m'avait sauvé. Sauvé des griffes du démon qui avait pris possesion de l'être que j'aimais le plus en ce monde. Enfin, presque.
Car vous savez ce qui est encore plus terrible que le fait de s'être fait agresser? C'est de rester avec votre agresseur même après l'agression.
Il m'avait retourné le cerveau. Il me disait qu'il était désolé, qu'il n'essayerait plus et qu'il saurait attendre. Et, naïvement, je l'ai cru.
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Poetryjuste quelques pensées aussi noires que la nuit qui m'empêchent de dormir. chacune de nos pensées méritent d'être écrites quelque part, pour qu'elles cessent de tourmenter nos âmes, noircies par les temps de souffrance. lire les pensées d'autrui, c'...
