1. Wattpad, Bad Boy et Ami Imaginaire

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Je m'ennuie.

C'est pas facile la vie d'une personne bloquée dans la tête de quelqu'un d'autre.

Je vois la vie telle qu'elle est. J'accompagne mon amie réelle partout.

Elle est cool. Et je dis pas ça parce qu'elle m'a créée. Je l'aime bien.
La journée, quand elle est en cours, je vagabonde souvent dans les bâtiments du lycée. Je suis un peu comme un fantôme sauf que moi, je n'ai jamais existé ailleurs que dans sa tête. Tantôt je suis un garçon tantôt je suis une fille, selon ses goûts et son humeur. Mais mon caractère reste fondamentalement le même depuis ma création, bien que j'évolue. Je n'ai pas besoin ni l'envie de me définir un genre puisque que je n'appartiens à aucune société. Ce n'est pas non plus une paire de loches ou un zizi qui pendouille qui me change.

Bref, quand Marine, ma créatrice, est dans un cours particulièrement ennuyant et qu'elle doit le suivre assidûment, je pars et ma balade. Parfois je lis à la bibliothèque ou je lis sur son téléphone-mobile-portatif les fictions qu'elle a sur son portable via l'appli Wattpad.

On s'occupe quoi.

D'ailleurs, je n'aime clairement pas les histoires de bad boy. Sur une échelle de battage de boobs, l'histoire de Kevin le Thug de la cité fragile dedans son petit cœur est vraiment très haut placée. Genre vraiment, juste à côté du cours d'histoire géo. Je ne comprends pas toute la hype autour. Se méfier des apparences oui, c'est bien, mais concrètement est ce que ça justifie qu'on lise quarante douze fois la même histoire écrite par des gens différents ? Je ne pense pas. Quitte à faire une histoire de bad boy, j'sais pas, changez d'époque. Genre dans le passé, ou dans le futur. Ça serait amusant que le schéma classique des histoires wattpadiennes change de décor.

«-Marie Adelinne je ne peux vous aimer, je suis l'assassin de votre pè...

-Taisez vous Godeffroy. Sortez.» (Tu sais le moment où l'héroïne fait la gueule)

Ou encore :

«Elle rangea son pistolet modificateur de structure moléculaire. Elle avait très envie de tirer sur cet imbécile. Le voir transformé en crapaud géant assortirait son comportement à son image. Mais se retint. Elle se contentera d'observer l'extraterrestre transformé en poulet frit. Elle aimait cet idiot même s'il ne la méritait pas. Mais qu'attendre d'un chasseur de prime vogant au travers de l'espace?

«-Écoute Megara j'suis désolée de...

-La ferme, j'suis encore armée. Contente toi de me dire merci et tout ira bien.

-Euh... Merci ? Begaya le jeune homme. Je te sens sur les nerfs...

-Peut être que si je ne t'avais pas retrouvée dans les bras de ma sœur ça irait mieux. »

Elle avait vraiment très très très envie d'appuyer sur la gâchette.

Manquerait plus que le plot twist «Mais en fait c'est pas moi c'est mon frère jumeau!».

«Mais c'est pas moi c'était mon frère jumeau Mark34 !»

Pitié.

Qu'on fasse taire cet idiot.

Sauf qu'à ce moment ci, une copie conforme de l'autre imbécile chasseur de prime entra dans la navette spatiale, un pot de moutarde dans une main et une barquette de frites dans l'autre.»

Ce genre d'histoire random, toi même tu sais, où il y a un minimum d'invention quand même de la part de l'Auteur. Ou alors du changement, l'un des héros est trans et vient de finir sa transition, c'est son plus gros secret et à peur qu'on le rejette. C'est d'actualité, comme ça l'héroïne qui se sent mal dans sa peau apprend à l'accepter et à lui faire accepter son corps, ils vivent épanouis et tout et tout. Happy end.

Ou que en fait le bad boy soit en fait travesti et que finalement ce soit une fille. Plot twist, ça tourne au Yuri !

««-Gaëlle.. Je... t'aime... murmura-t-il avant que son cœur ne cesse de battre.

-Moi aussi mon corazoncito, dit elle en pleurant sur le corps à inconscient de son petit ami en priant que de l'aide lui tombe du ciel au lieu d'appeler le 15, comme toute personne normale.»

Les secours arrivèrent. Découpèrent le t-shirt du bad boy inconscient pour le réanimer via un massage cardiaque. Quelle ne furent pas leur surprise de voir des bandes blanches aplatissant la poitrine du jeune thug. Ou de la jeune thug, on ne savait pas trop s'il fallait dire «il» ou «elle» du coup. »

Et faire un effort sur les prénoms ! Bordel de nouille, quitte à prendre un mot anglais random pour leur donner un prénom, pourquoi les appeler Heaven, Sky ou autres niaiseries du genre quand tu peux l'appeler Chocolate? J'sais pas mais sur une échelle de crédibilité, ça reste mieux. Nan ? Ou donner des vrais prénoms, sinon, c'est bien aussi.

J'ai failli m'appeler Dylan, imaginez ma frustration. Heureusement elle s'est ressaisie et m'a appelée Noah. Parce que c'est mixte, donc c'est plus facile pour m'utiliser comme maquette pour des histoires. Oui, nous ne communiquons pas de vive voix. Ou alors rarement, quand elle est dans sa chambre. Ce serait trop bizarre pour elle sinon, ce que je comprends tout à fait.

Je suis le personnage principal de toutes les histoires qu'elle écrit. Elle me fait vivre des centaines des vies différentes, c'est amusant. Un peu comme si j'étais l'ami et l'acteur. Je n'hésite pas à lui proposer des modifications pour ses histoires parfois.

Mais tu sais, des fois, j'aimerais bien exister pour de vrai.

Je relève la tête de mes pensées. La pause du matin devrait commencer dans une ou deux minutes. Le couloir ne va pas tarder à se remplir. Je n'aime pas qu'on me marche dessus, bien que je n'existe pas à proprement parlé. Je me lève. Mes genoux craquent comme si j'étais déjà âgé. Je savoure la sensation d'étirement de mes bras, me craque le dos, puis me voilà prêt à attendre à la porte la fin du cours de Marinouille (elle n'aime pas qu'on l'appelle comme ça).

Personne ne me voit.

Alors imaginez un peu a surprise quand un inconnu m'attrape le bras.

Les Chroniques d'un ami imaginaireHistorias para obsesionarse. Descúbrelo ahora