Ils ont compris...

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- Personne ne veut te voir. Personne ne peut te voir. Tu es horrible, tu es laide.

Elle ne voulait plus rester. Elle voulait s'envoler.

- Il faudrait peut être se mettre au sport un de ces jours ! Mais bon, ça doit être compliqué de bouger ton gros cul.

Stop. Elle voulait qu'ils arrêtent.

- Tu sers à rien ! Même un pot de fleur est plus utile que toi. Tu prends beaucoup de place pour rien.

Elle avait envie de crier sa rage.

- T'aurais pas pu rester en pantalon ? Ils devraient mettre dans le règlement que les shorts, c'est interdit aux grosses.

Qu'est-ce qu'elle avait fait ? Pourquoi ? Qu'est-ce qui lui avait pris de mettre un short ?

- Quand tu sue, ça sent pareil que la friture. Il faut te poser des questions !

Il faisait chaud. Elle pensait qu'ils étaient assez mature. Visiblement non.

- Elle me fait de la peine les gars. Incapable de se défendre.

La cour l'observait. Tout le monde la voyait. Acculée au mur, incapable de bouger.

- Oh regardez, elle s'énerve ! Bah alors bouboule ? On est pas contente ?

- Vos gueules ! Putain, je voulais pas moi.

- Oh, bouboule sait parler ? Vas-y, dis nous tout.

- Vous croyez que c'est drôle pour moi ? Vous croyez que j'apprécie ce que vous me faites ?

Elle avait crié.

- Vous croyez réellement que mon monde est composé de malbouffe ? Regardez putain ! C'est pas parce que je suis obèse que j'ai pas de cœur ! Vous comprenez que vous me tuez lentement ? C'est à cause de vous, tout...

Elle désignait son corps. Des larmes coulaient à présent de ses yeux.

- Tout ça.

- À cause de nous ?

C'était une fille, à peine plus haute que la terre, qui avait parlé.

- Oui, à cause de vous. J'ai honte de sortir, j'ai honte de me montrer en public. Chaque sortie est un supplice. Tout le monde me regarde. Je voulais juste passer inaperçu, je voulais être comme tout le monde. Alors je reste chez moi. Je ne bouge plus.

- Bah et alors ? Pourquoi tu t'en fous pas ?

C'était une fille de sa classe qui avait parlé, cette fois.

- D'après vous, c'est simple ? C'est simple de passer et de voir les gens se retourner sur votre passage ? C'est simple d'entendre les insultes chuchotées derrière le dos ? Non. C'est compliqué. Impossible. Quand je vais m'acheter des habits, les vendeuses me regardent comme une bête de foire. Parce que ne suis pas parfaite. Parce que je ne suis pas siliconée, parce que je suis grosse.

- C'est ça, que tu vis au quotidien ?

Un garçon. Elle ne le connaissait pas, elle savait juste qu'il la méprisait. Pour une raison inconnue.

- C'est ça que vous me faites vivre au quotidien.

Il lui a tendu la main. Celui qui la coinçait contre le mur.

- On fait une trêve ? Je suis... Désolé, oui. Je savais pas que ça se passait comme ça.

- Maintenant, vous savez. Tous.

Oui, elle aussi savait.

Ils ont compris.

Ils ont compris...Stories to obsess over. Discover now