La valise

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          Je boucle ma valise.

Pendule mouvante, l'heure tourne. C'est mon souffle qui pousse la trotteuse, devenant galopeuse. 60 secondes que ma valise est bouclée, je sors. Pendule tremblante, l'heure tourne. L'impatience monte, je descends les rues, je survole les villages, j'atterris sur les trottoirs, je me trace une route en effaçant mes pas, je grimpe sur le temps, l'agrippe, le tire, et le devance. Je me retourne, le temps est derrière moi, il me suit. Impuissant, le temps. Impuissant, il hurle, et un temps qui hurle ne meurt jamais. Je ralenti, le son grandit, l'aiguille me menace. Impuissante, l'aiguille. Je la fais chanter. L'aiguille chante, la trotteuse chante, ses bruits deviennent sons, s'harmonisant eux-mêmes. Puissant, le son. Surpuissant, il explose.

Pendule brisée, l'heure s'arrête.

Coupez les jambes d'un coureur, il continuera son chemin. Ainsi, le temps poursuit son sprint, et me suit pour ne pas disparaître. Si le temps n'est plus, je disparais avec lui. Pourtant, je le devance, à mon allure je le distance. Est-il encore possible de distancer le temps ! Dissocier distance et temps serait mauvais présage pour leur relation. Indissociable, le Point. Le Point qui associe distance et temps, pour que je sois là maintenant, et là-bas plus tard.

Le temps me rattrape, je suis impuissant, à mon tour. Il est dangereux de s'exercer à le semer. Le temps, que nul n'efface, ne prend guère de retard, et dompte toute avance. Je suis désormais à la portée de son lasso. J'accélère. Rien à faire. C'est moi qui le provoque, et lui qui me retient.

Pourtant, il demeure difficile d'échapper à ce désir, vouloir toujours prendre une longueur d'avance sur le temps. Disons même qu'il est impossible de nier cette tendance devenue instinctive, par les temps qui courent... Eh bien ils courent vite les temps.

Sans vouloir notre mal ou notre bien, il nous enferme, nous protège et nous éveille. Je connais bien ça, mieux: j'en parle. Je le répète, le temps hurle quand on le distance. Cette distance n'a point de mesure, elle n'est que démesure, brisant son segment, créant une droite que nous grimpons, étonnant d'ailleurs, pour une droite sans échelle. Cette distance est nulle, au bout d'un moment, car une fois rattrapée par la course infinie du temps, elle ne vaut plus rien.

Ce temps qui hurle, c'est ce que les gens appellent souvenir.


          Je vais vous raconter mon périple, ou plutôt mon voyage. J'ai toujours avec moi une valise, que je garde précieusement...


Aventure, qui s'est déroulée en un certain point de l'Univers:

          Après une minute passée à faire ma valise, je sors (je me répète à nouveau puisque j'en parle plus haut). Je parcours villes et villages, et j'arrive à la gare. En entrant dans cette dernière, je me précipite pour aller chercher un billet. Là, j'aperçois un monsieur derrière un bureau, lui même situé derrière une vitre. Je l'interpelle:

"Bonjour Monsieur, lui dis-je...

Il me répond:

- Pour voyager je suppose..."

Il supposait bien ce monsieur. Je lui demande:

"Pourrais-je avoir un billet je vous prie ?

- Et..."

Je savais très bien où je voulais aller, ça tombait bien. J'ajoute:

"Ailleurs !

- Je vous demande pardon ?

- Vous avez bien entendu: Ailleurs.

- Comment ça ?

- Je souhaiterais me rendre Ailleurs.

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⏰ Last updated: Mar 02, 2018 ⏰

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