- Il vous reste une heure.
On venait de me balancer cette phrase. Il ne me restait qu'un heure, une heure pour donner une raison à ma vie. Et plus je réfléchissais à quoi faire, plus les secondes défilaient. Il fallait sortir d'ici, voir l'extérieur. Qu'est-ce qu'une adolescente de 17 ans aurait fait ? Voir ses amis, sa copine, son copain ? Profiter de sa famille ? Réaliser ses rêves ? Mais quand on a vécu 7 ans dans un hôpital, ces envies paraissent sans goût. On veut juste profiter de soi. Passer 7 ans de sa vie enfermée dans cette chambre blanche pour finalement ne jamais guérir. Je n'ai jamais souhaité savoir ce qui me tuer. À quoi bon connaître son meurtrier ? J'ai passé ma vie à écrire, inventer des histoires. Sûrement pour avoir cette impression de vivre. Pour une fois, je suis libre de ce qui me plaît, de vivre enfin mais mon esprit s'est éteint au fil des années. Il ne sait plus quoi privilégier. Je suis au bord de l'eau, à écouter couler la vie, attendre une brise du vent. Puis la mer m'appelle, les doux rayons du soleil contre ma peau si pâle. Mais le temps n'a pas décidé de me faire un cadeau. Et la pluie s'abat violemment. Mais quelle joie de la sentir. Il y a tant de chose à faire pour se sentir vivant. Être dans ce restaurant, ou dans celui-ci, sentir les aliments fondre, les savourer comme on savoure la vie. Sourire aux gens que l'on croise, les regarder, leur donner un peu d'amour. Donner de l'amour aux personnes qui en manque. Je répète qu'il ne faut pas regretter : « Ne pas regretter ». Non je ne regrette rien. Du moins j'essaye de m'en convaincre. Se convaincre que c'est putain de 7 ans n'ont pas servi à rien. Et que cette heure qui passe sera la plus belle. Que sentir la pluie, entendre le bruit de l'eau, regarder les gens créent un bonheur intense et imperceptible. Mais aujourd'hui je voulais marquer mon empreinte dans ce monde. Crier que j'ai vécu, aimé, appris comme vous tous. Montrer que je n'étais pas éphémère. Mais quand il ne reste qu'une heure, rien ne peut être achevé. Je pourrais organiser le plus grand meurtre, emporter avec moi tous ces gens, injustement choisir leur vie pour écrire la gloire. Mais sûrement ne suis-je pas assez désespérée. Alors il faut trouver autre chose, mais quand on est pas allée au lycée apprendre les fondamentaux, bien sûr j'ai eu un prof particulier, ce n'est pas la même. Alors je me dis qu'il faut être moins prétentieux. Achille est mort pour la gloire. Moi, je veux la gloire comme mort. Mais les gens ne restent jamais éternellement. Sauf eux mes héros. Ils ont résonné durant les siècles qui ont passés.
Et voilà. Une heure passée, une heure à penser, une heure devant cette porte ouverte sur ma liberté .
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Juste une heure à vivre
Short StoryQue feriez vous s'il ne vous restait qu'une heure à vivre ?
