3ème étage, Porte de droite.

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Je me retournais, et poussais d'un coup d'épaule la porte ébène laissant s'échapper les effluves de poussière neuve jusqu'à nos têtes, dans les nuages. Je chantonnais gaiement, Louise trépignait, ses cheveux d'or faisant des vagues sur ses épaules recouvertes d'une chemise bleue. Elle me sauta au coup, et manqua je me faire perdre l'équilibre, tandis que je me penchais pour attraper une bouteille de champagne posée sur le buffet de l'entrée. Toujours sur le pailler, le "pop" de la bouteille verte résonna dans le couloir bordeaux de l'immeuble dans lequel nous venions tout juste d'emménager. Les travaux étaient fin finis, les meubles installés. C'était notre première journée en tant que vraies colocataires, sislocs. Il était 11h, Louise avait eu cours le matin, contrairement à moi qui avait planché pendant deux bonnes heures sur mes travaux d'arts. Encore en terminale, je savais qu'il ne me restait qu'une poignée d'heures avant le début de mes cours de l'après midi.

En évitant majestueusement une fuite de champagne sur le sol de marbre blanc du couloir, je versais le liquide dans deux flûtes en verre. Louise fit un geste de la main, et s'écria :

" Bonjour ! Nous sommes les nouvelles voisines ! Vous habitez en face ?"

Je n'avais pas réalisé qu'elle s'adressait à quelqu'un derrière moi, et ria, croyant qu'elle jouait une rencontre. Je ne me retourna donc pas.

" Oui, je suis votre voisin donc. Enchanté ! "

Mon sang se glaça alors, je sentis une dose d'adrénaline se libérer dans mes veines. Le regard bas, je tournais la tête, lentement. Il y avait ces chaussures bleues, foncées comme la nuit, semi couvertes par ce jean gris, attaché par cette ceinture noir. Plus mon regard s'élevait, plus mon cœur battait. Je reconnaissais sa chemise foncée, recouverte d'un pull blanc-cassé, sous son blouson noir. Il faisait jouer un jeu de clefs dans sa main gauche, sortis de son sac pendu en bandoulière a son épaule. Je reconnu sa fossette au menton, des yeux bleus aciers. Ma gorge s'assécha instantanément, livide, je le fixais.

" -B... Bonjour... balbutiais-je.

-Enchantée ! s'écria alors Louise qui ne voyait pas le malaise progressant.

-Rose ? Que... Vous emménagez ? "

J'acquiesçais, un rictus gêné, mi sourire, mi grimace sur mon visage cramoisi. Je savais que lui retourner la question était inutile, il n'était pas ici sans raison. Je voyais son trousseau de clef s'agiter nerveusement dans sa main, je reconnus la clef des salles du lycée. Louise commençait a comprendre qu'il y avait anguille sous roche, et ouvrit alors la bouche pour essayer de comprendre. Elle fut cependant coupée par l'arrivée d'une petite vieille dame, piétinant vaguement le sol de son déambulateur.

" -Ah mon petit Damien ! Vous avez fait connaissance avec ces deux adorables jeunes filles ! Rose et Louison.

-Louise tout court, madame, rougit Louise.

-Appelez-moi Mamie Jeanne, reprit la petite vieille, secouant ses cheveux neige frénétiquement. Rose m'a gentiment aidée à porter mes courses, vous avez de la chance d'avoir ces deux charmantes jeunes filles comme voisines, mon petit Damien. "

Cela ne rajoutait que de la gêne à la scène, si improbable, qu'elle en devenait comique. Mamie Jeanne s'était rapprochée de nous et nous regardait au travers de ses lunettes rondes, tout en continuant de déblatter des éloges sur nous, comme quoi nous étions belles comme des cœurs et que, grand non, nous n'étions pas bizarre comme ces autres "couples de jeunes filles avec les cheveux teints et percées de partout". Je l'arrêtais là et prenais la conversation en main.

" -Haha, non, nous sommes justes colocataires, avec un petit plus en amitié."

Je parlais étrangement facilement, mais ne bernais pas Louise, qui comprit mon ultime appel d'aide par mon pied vibra tapotant le sol. Et enchaîna alors la conversation, essayant de détendre l'ambiance. Je restais là, pantoise, fixant machinalement mon verre dans la main. Je saisissais alors une coupe en verre, sortie du carton sur le sol et la tendit à Mamie Jeanne.

"-Vous en voulez ? C'est sans alcool. La miss est encore mineure, et je ne veux pas que son père me la retire, dis-je en faisant un clin d'œil à Louise.

-Et sérieuse en plus ! Avec plaisir, ma belle."

Je lui servis alors le breuvage et questionna notre voisin du regard. Il me fit un sourire et prit la flûte à moitié pleine. Louise parlait avec la petite vieille du quartier, tandis que Mr. Ferré et moi restions silencieux, surement inapte a réaliser ce qu'il se passait. Le silence se réaffirma, et je décidais alors de couper court cette petite réunion improvisée dans le couloir du 3eme étage.

"-Bon... Ce n'est pas tout, mais j'ai bientôt cours, je jetais un regard à notre voisin, qui savait de quoi je parlais.

-Et puis, il faut qu'on finisse un peu de ranger, c'est ça l'indépendance ! renchérit Louise. "

Je riais, gênée. Mamie Jeanne, me serra fortement la main, et fit de même avec Louise, qui lança un "A bientôt" entrainant à notre voisin, avant de finalement franchir le seuil de notre porte. Je jetais alors un regard à Mr. Ferré, et contre mon gré, lui sorti :

"-Bon... Bah... A tout à l'heure.

-A tout à l'heure, me répondit-il souriant faiblement."

Je sautais littéralement derrière la porte ébène, et m'adossait contre le mur. Louise m'attentait :

" -C'était quoi ça ?

- Ca, ça c'était Damien fucking Ferré.

-LE Damien ?"

J'acquiesçais alors, pantelante.

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Coucou mes brownies ! Première écriture depuis Cartographies, j'ai le trac. Nouveau genre, pas une fanfiction, mais ça reste de la fiction. Bref j'espère que ça vous plaira !

Keur sur vous mes patates <3

A.

EquationsWhere stories live. Discover now