Point de vue de Riley
Une serviette enroulée autour de mon corps encore humide, je quitte la buée protectrice de la salle de bain pour rejoindre la fraîcheur de ma chambre. C’est un samedi ordinaire. Je reste un instant immobile devant mon armoire ouverte, les yeux errant sur les cintres. J'hésite. Un jean ? Trop rigide. Une robe ? Oui, une robe. Plus simple à enfiler, plus légère. Je choisis une pièce fluide, fleurie, le genre de vêtement qui donne l'illusion d'une légèreté.
Je m'assois devant mon miroir, le seul confident de mes doutes. Je contemple mon reflet avec une curiosité presque étrangère. Un mois plus tôt, j'ai pris une décision radicale : j'ai abandonné ma longue chevelure, celle que ma mère aimait tant brosser, au profit d'un carré court, un carré wavy parsemé de subtiles mèches blondes. Cette coupe encadre mes traits, arrondit mon visage et, d'une certaine manière, me donne l'impression d'être une autre personne. Une Riley plus mature, plus moderne. Je décide de les laisser libres, ces boucles rebelles qui viennent caresser mes tempes.
Je commence mon rituel. Les gestes sont précis, presque mécaniques. Je rehausse mon teint avec un soupçon de blush rosé pour masquer ma pâleur habituelle. J'agrandis mon regard en appliquant une touche de fard irisé sur les paupières et je dessine, d'une main que je veux stable, un trait d'eye-liner au ras de mes cils. Sur mes lèvres, je dépose un rouge cerise aux reflets corail, légèrement nacré. Je souris à mon reflet. Les leçons de maquillage de Gabie, ma seule amie, ont porté leurs fruits. Je ressemble à une jeune fille de mon âge.
Satisfaite, je me lève pour attraper ma robe posée sur le lit mais je suis interrompue par trois coups qui retentissent à la porte. Secs. Impatients. Je me fige, la main suspendue au-dessus du tissu. Avant que je n'aie le temps de répondre, la série de coups reprend, plus forte.
— Une minute ! je m'écrie en resserrant machinalement le nœud de ma serviette au-dessus de ma poitrine.
Je marche vers la porte et l'entrouvre. Harry est là. Mon beau-père. Il affiche un large sourire, un de ces sourires qu'il réserve aux voisins ou aux photos de famille. Ses cheveux, où le gris gagne du terrain sur le brun, trahissent sa quarantaine avancée, mais il porte son tee-shirt vif et son jean avec une assurance de jeune homme. Harry est un bel homme, séduisant, charismatique. Je me rappelle encore l'éclat dans les yeux de ma mère quand il est entré dans nos vies il y a deux ans. Elle pensait avoir trouvé un sauveur.
— Enfin ! lance-t-il d'un ton qui se veut léger.
— Oui ? je l'interroge, le corps encore tendu par l'interruption de mon intimité.
— Désolé de te déranger Riley, mais je ne trouve plus mon agrafeuse. Tu n'en aurais pas une à me prêter pour mes dossiers ?
— Bien sûr.
Je me détourne pour me diriger vers mon bureau, là où s'entassent mes manuels scolaires. Je ne fais pas trois pas qu'un bruit sec, définitif, me force à me retourner. Le déclic de la serrure. Harry vient de fermer la porte. Il est resté contre le bois, le corps barrant l'unique issue. Son sourire a changé. Les commissures de ses lèvres s'étirent en un masque de méchanceté pure. Ses yeux, d'ordinaire si clairs, sont rivés sur moi avec la fixité féroce d'un prédateur.
— Tu sais que je ne supporte plus ton ingratitude, Riley ? sa voix est basse, comme un grondement sourd. Déjà deux ans que je joue le bon samaritain pour toi et ta mère. Que je paie les factures, que je répare les fuites, que je vous offre un toit. Et toi, que fais-tu pour me remercier ? Rien. Tu m'ignores. Tu me regardes de haut.
YOU ARE READING
Dérive En Apnée [TERMINÉE]
RomanceChaque déménagement, chaque secret, chaque silence a façonné Riley. À 16 ans, victime d'un abus qu'elle garde pour elle, elle trouve refuge dans un bar... et rencontre Spencer, un garçon au passé trouble et au charisme dangereux. Quand le hasard les...
![Dérive En Apnée [TERMINÉE]](https://img.wattpad.com/cover/106530645-64-k803572.jpg)