Chapitre 1 - Le cas de Lukas

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Alexia prend le dossier qui lui est tendu. Lukas Kairrain, trente-deux ans, peintre et photographe en difficulté, atteint de migraines avec aura. Les examens indiquent une anomalie cérébrale supposée, une IRM est demandée. Il est gardé hospitalisé depuis quelques jours. Aucun autre problème noté, si ce n'est que ses plaquettes trop peu nombreuses, en remontant le dossier, ce problème a été traité.

Ce n'est pas la première fois que Lukas vient à l'hôpital. Alexia et lui s'aiment, il demande souvent des examens, des bilans sanguins, en rapport avec son problème. Alexia s'occupe de lui sans hésiter. A ses yeux, laisser un homme comme lui vivre seul et devoir se débrouiller est délicat, elle aurait du mal à rester à ses côtés avec son travail, alors que ce soit lui qui vienne est plus simple. Même s'il faut parfois mentir sur le dossier. Dans sa chambre, elle lui laisse du nécessaire pour peindre, ça ne vaut pas son matériel de grande qualité, mais il s'en contente. Il aime lui montrer ses productions et lui vole parfois un portrait.
Ses courts cheveux bruns, ses yeux vert foncé, son petit nez sur lequel sont posées des lunettes et sa façon de s'habiller toujours de chemisiers colorés rehaussés d'un foulard porté en cravate et de pantalons amples, la blouse au parfait repassage sur ses épaules, ses mocassins toujours cirés, tout d'elle devient un chef-d'oeuvre sous les pinceaux de Lukas.

Pendant le temps de midi, Alexia mange avec ses collègues. Un oncologue, un médecin généraliste et une chirurgienne. "Alors Alexou, des nouvelles de ton beau brun ?
- Il est châtain, presque roux. Je lui ai fais passé l'IRM, le suivi est maintenu.
- Tu te débrouilles bien pour le garder le plus longtemps avec toi.
- Son père serait furax. Il lui en veut déjà de faire un "métier aussi misérable", rajoute l'oncologue.
- Je trouve que c'est classe comme métier. Et puis c'est dur ! Il a toute ma reconnaissance pour ça, renchérit la chirurgienne.
Alexia se sent un peu gênée, elle se contente de sourire et répond.
- Son problème peut venir aussi de son matériel. Vous savez, il n'est pas rare qu'une peinture provoque une petite intoxication qui finit sur une maladie grave. C'est bien qu'il soit là, ça me permet de regarder ce qu'il utilise.
- Ohoh ! La petite 'lexou se fait tirer le portrait ! Tu en as un à montrer ?
- Dans mon bureau, je les range dans un classeur.
- Quand est-ce que tu le revois ?
- Je suppose qu'il reviendra d'ici deux semaines. Tout au plus.
- Tu ne lui rend jamais visite chez lui ?
- C'est que son père est un peu difficile. Il vit sous son toit, et je ne vais certainement pas lui causer de souci. Il y a déjà assez avec ses visites régulières ici."

Comme elle l'avait prédit, Lukas revient presque deux semaines plus tard. Cette fois, il se plaint d'une fatigue considérable, même lorsqu'il fait de longues nuits de dix heures. De nouveau, Alexia lui fait faire une batterie d'examens et ils se voient dans sa chambre. Elle le veille lorsqu'elle reste la nuit. Elle rit lorsqu'il fait remarquer qu'il s'agit là d'une histoire d'amour incongrue où leur relation est essentiellement liée par la médecine. "Tu es mon petit chaton tout cassé." le taquine-t-elle en lui passant une main délicate dans ses cheveux.

Elle reconnaît qu'il s'agit là d'une relation singulière. Mais elle est heureuse.
Un jour qu'elle relit les mises à jour des dossiers de ses patients, elle est bipée. Elle jette un bref regard sur la demande, coupe la sonnerie et se précipite dans la chambre de Lukas. Alors qu'il peignait tranquillement, il a soudainement lâché son pinceau et a perdu connaissance brutalement.
Le résultat tombe en fin de journée: Lukas a une anomalie lui provoquant des lésions dans le cerveau. Ce problème doit être traité d'urgence s'ils veulent lui éviter plus de complications voire la mort.

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