Il faisait froid. Elle marchait, pieds nus devant moi. Les feuilles mortes crissaient sous chacun de ses pas. Elle avait décidé de mettre sa petite robe bleue, celle que j'aimais énormément. Sans manche, toute fine, toute simple.
Elle n'était pas quelqu'un qui portait des choses ostentatoires.
Elle était devant moi, et me tenait la main. On s'enfonçait en direction de la forêt. A cette heure avancée de la nuit, les arbres formaient une masse sombre et sinistre.
On pouvait observer le ciel étoilé au-dessus de nos têtes. Un grand ciel noir d'encre parsemé de petites touches blanches, qui donnaient un côté rassurant à toute cette noirceur.
Planté au milieu du ciel, telle une reine entourée de ses sujets, la lune était là, veillant sur nous. Elle guidait nos pas, plus brillante que jamais, indiquant le chemin à suivre.
La forêt se rapprochait petit à petit. Je pouvais sentir une douce brise caresser nos joues. La fille devant moi frissonna, mais je ne m'en formalisais pas. Il aurait fallu qu'elle prenne son petit gilet en laine. Celui qu'elle avait laissé sur le dossier d'une des chaises de la cuisine. Celui dont elle n'aurait pas besoin d'après elle.
Elle devait le regretter, son gilet gris maintenant.
Le bois n'était plus qu'à quelques mètres désormais. On distinguait les bruits de la nuit. Un crissement, au loin. Un hibou qui chantait. Le bruissement des feuilles sous la carresse du vent.
On aurait pu penser que c'était sinistre, mais moi, ça m'apaisait.
Lorsque l'on pénétrait dans la forêt, elle m'entraîna hors du chemin. Nous savions tous les deux que notre objectif n'était pas près des sentiers battus.
Tout ce que nous voulions, c'était un endroit calme, sans personne. Un endroit connu de nous seul.
Cet endroit, il avait été choisi il y a bien longtemps. C'était là que sa mère venait se reposer. C'est dans ce lieux que la plupart de ses œuvres avaient vu le jour. Notamment "l'arbre".
Ce petit arbre sculpté dans la pierre avait été notre point de rendez-vous depuis que nous nous connaissions.
Il avait été sculpté par sa mère, et nous l'adorions. C'était un symbole de vie. Un petit arbre sculpté à même un rocher, comme s'accrochant aux abords d'une falaise.
Cette sculpture représentait la devise de sa mère. "Raccroche toi à la vie quoi qu'il arrive". Les derniers mots prononcé avant sa mort également.
Le petit bout de roche, montrant ce grand chêne qui tentait de s'accrocher comme il pouvait au sol, était d'une valeur inestimable pour elle.
Le jour où sa mère nous à quitté, je me souviens encore avoir porté son corps mourant et vidé de force dans mes bras. Elle tentait de rester éveillée tandis que je me hâtais de revenir dans cet endroit merveilleux.
Pendant tout le trajet, elle avait observé sa fille la pleurer, qui ne savait pas quoi dire à sa mère mourante.
La mère avait eu un regard bienveillant pour sa fille. Ensuite, elle s'était tourné vers moi et m'avais fait promettre de veiller sur sa tendre enfant. J'avais promis. Sa fille était alors devenu ma protégée.
La mère était décédée quelques heures plus tard, allongée au milieux des hautes herbes et des sculptures. L'odeur des pins qui nous entourrait restera gravé à jamais dans ma mémoire. Elle n'avait jamais été aussi présente qu'à ce moment là, comme s'imposant pour masquer toute la tristesse environnante qui nous emplissait, elle et moi, face au cadavre encore chaud qui gisait devant nous. C'était comme si la nature restait à côté de nous, et nous soutenais par cette odeur, face à la perte de cet être cher à nos yeux.
YOU ARE READING
Balade Nocturne
Mystery / Thriller[ONE SHOT] Les bois étaient proches. Tout se passait comme prévu. (Commencé en Novembre 2017)
