Tu me tournes le dos.
Le lit est grand, le drap imprimé de grosses fleurs colorées. Nous nous sommes endormis et maintenant nous sommes dos à dos. Je ne dors plus. Nos corps se touchent à peine, je te sens contre moi. J'ai envie de me coller à toi, te prendre à nouveau dans mes bras mais j'ai peur de te réveiller, que ton envie soit différente. Nous sommes dos à dos.
C'était notre première nuit et déjà le jour se lève. Un filet de lumière entre par la fenêtre, je vois les couleurs sur le drap. Je compte les couleurs, nombreuses et harmonieuses à la fois, par le dessin qu'elles forment ensemble.
Je veux me tourner. Je veux te voir dormir. Je veux te regarder.
Ton visage.
Je l'ai vu pensif, sans expression et il était beau. Je l'ai vu sourire et il était lumineux. Je suis à chaque fois surpris, émerveillé. Au fur et à mesure de nos rencontres, tu me parlais de toi et je voulais en savoir encore plus. Ton monde me paraît si vaste, si profond. Un univers entier dans tes yeux. Tu me parlais, tu t'animais, tu parlais avec les mains, avec les yeux. J'écoutais jusqu'au moment où j'étais frappé par ce qui arrivait. J'aime ce visage, j'aime cette voix. Je veux prendre ton visage dans mes mains, te regarder, détailler les couleurs de tes yeux, t'embrasser, découvrir, t'explorer. J'ai cinq sens et je veux te goûter avec chacun d'eux. Les yeux ouverts, fermés, mes mains, ma bouche. Debout, au plus proche de ta peau, à genoux, te sentir.
J'aime ta manière de te tenir, comment tu bouges, comment tu marches, comment tu parles, le débit de tes paroles, les histoires que tu me racontes. Les vêtements que tu portes, comment ils exposent tes formes sans aguicher vraiment. Je pourrais me contenter d'une caresse, d'une main posée sur toi, mais je veux ta personne toute entière. Ton corps appelle le mien, il était temps que cette nuit arrive.
Comment un événement aussi ordinaire peut-il devenir extraordinaire ? Le frisson est venu de toi, parce que c'était toi. L'envie de te satisfaire, d'être tout simplement à la hauteur. Il ne s'est rien passé qu'on n'ait déjà vécu, toi et moi, avant de se rencontrer. Mais parce que c'était nous, tout était nouveau et hors du commun. Plus tard, avant que l'on s'endorme, alors qu'on était encore enlacés en silence, je restais surpris de cette rencontre, de ce qui venait de se passer, de la qualité de nos rapports, si simples et naturels. A aucun moment il n'y a eu de précipitation, d'impatience. Je t'avais près de moi, les contacts étaient furtifs, discrets ; les mains qui touchaient sans retenir, les genoux qui se cherchaient, face à face au restaurant, cela suffisait à me satisfaire. Quand enfin nous avons quitté les lieux publics pour nous retrouver seuls, la suite s'est faite dans un sourire, parce que sans jamais l'avoir dit, le désir était là.
Le sexe n'est pas tout. L'esprit s'exprime à travers le corps. Ma vie de maintenant, celle d'après notre rencontre, n'est plus la même. Je ne savais pas ce que je cherchais, je ne savais pas que je te cherchais. Jusqu'à ce que je te trouve. J'entre dans un monde parfait. Je ne suis pas plus serein, j'ai peur de te perdre. J'ai peur parce que soudain je me réveille et je sens que nous sommes dos à dos alors que je nous croyais enlacés pour toujours. Ce que tu es, le monde dans lequel tu vis, tel que tu le décris, tout me fascine. Je ne sais quelle place je peux avoir près de toi, mais mon désir d'entrer dans ton monde est si grand, chaque minute passée près de toi, avec toi, me comble, alors je n'ai pas vraiment peur. Je suis excité, troublé. Je veux changer s'il le faut, je veux être meilleur s'il en est besoin, je veux savoir ce qui te manque pour te combler à mon tour. Mon sang prend les armes pour te garder. Tourne toi. Je veux te regarder. Quand je te regarde, je veux te toucher. Si je te touche, je pourrais avoir envie de te caresser. Et si je te caresse, je voudrai te posséder. S'il était possible pour nous de n'être qu'une seule personne et en même temps garder conscience l'un de l'autre pour en retirer de la joie, ce bonheur d'être unis et ensemble serait notre paradis.
C'est le printemps et notre aventure commence. Ce drap fleuri, je le remplacerai par un lit de fleurs. J'attendrai le mois de mai, quand les prés seront au plus beau. Je t'y emmènerai et on parlera, on dormira, au milieu des hautes herbes et des bestioles qui y vivent. Et tant pis si l'on se réveille dos à dos comme aujourd'hui. Je me fiche que l'on se réveille dos à dos si alors tu te retournes comme je viens de le faire et si dans ton regard je vois le même amour qu'il y a dans le mien. Retourne toi.
Regarde moi.
Regarde moi.
Regarde moi.
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Printemps
Short StoryJean-Christophe voulait que j'écrive des textes d'après ses tableaux. Un challenge difficile mais qui m'a plu. D'ailleurs, tant qu'il y aura de nouveaux tableaux, il y aura la promesse d'un nouveau texte. Bonne lecture. le texte est de moi, l'illus...
