Festival d'étoiles

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Je sortis de l'appartement, furieux. Je devais me défouler. Alors, je marchais. Je marchais dans la rue, je marchais entre les couples, je marchais en ce soir d'été. Je marchais à droite des magasins, je marchais à gauche de la route. Je marchais lentement, je marchais inconscient du temps. Je marchais plus loin que mes jambes pouvaient me porter, je marchais sans que ma raison me dirige. Je marchais dans le vent, je marchais dans la nuit, je marchais dans le bruit.

Je marchais.

Mes jambes me conduisirent finalement sur la plage, j'enlevai mes chaussures et enfouis mes pieds dans le sable. Je me délectais de cette sensation de douceur. Je relevai les yeux et regardais la mer. Elle était calme, très calme même. Je m'approchai du bord. J'attendais. Je ne sais pas pourquoi, mais j'attendais.

Je regardais les cieux s'obscurcir au fil des minutes, virant du bleu clair au violet, puis du violet au bleu nuit. Les étoiles commençaient à se dessiner tandis que le ciel prit une teinte noire. La lune était éclatante, grande. Elle semblait me supplier. Mais je ne pouvais pas la satisfaire. Je devais le faire, je n'avais pas d'autre choix. Une étoile filante passa, et j'hésitai. Une deuxième plus vive courut à travers le ciel, et je me décidai. Je mis ma tête en arrière, et hurlais à plein poumons:

"- Désolé, tu ne peux pas me retenir. Il n'y a pas de solution, tu as beau être lumineuse comme le soleil, tu ne peux pas me convaincre, criai-je, Regarde-moi, il a raison, ils ont tous raison, et tu as tort!"

Mon visage se noyait dans mes  larmes, tandis que j'avançais, un pas devant l'autre, le regard rivé sur l'horizon. L'eau était à ma poitrine, je la sentais me chatouiller à travers mon tee-shirt. Je plongeai la tête sous l'eau, cependant j'eus le temps d'entendre un cri aigu me transpercer les oreilles.

***

Je pouvais enfin sortir, l'été était vraiment long, je préférait de loin l'hiver, le soleil se couchait plus tôt, je pouvais profiter des petites boutiques. Mais bon. C'était déjà ça. Je marchais dans la rue, savourant l'espace, la proximité que j'ai avec des inconnus. J'aimais l'air salé, le respirais à plein poumons. C'était vraiment le meilleur moment de la journée.

Une fois un peu éloignée du centre-ville, je me mettais à trottiner, profitant du contact brut de mes sandales sur le goudron, et essayais de m'essouffler au maximum. Je tournais enfin au croisement habituel et atteins la plage. Je m'asseyais sur le sable fin et regardais mon amie. Elle était belle ce soir, toute Blanche. Elle ne s'était pas maquillée derrière ses nuages, on voyait toutes ses imperfections, tous ses cratères. Elle était venue avec quelques constellations aujourd'hui. Je la contemplais, et elle me comprenait. Elle était meilleure que son amant. Le soleil, lui, était méchant. Il brûlait les yeux, provoquait la sécheresse et la famine. Je ne comprenais pas pourquoi il était tant admiré. Les gens l'aimaient, c'est une des premières choses que l'on apprenait à dessiner aux enfants. Je ne comprenais pas pourquoi. Je ne comprenais pas la société. Je ne comprenais rien. Mais je n'ai pas été élevée comme une personne lambda, je n'ai pas vécu comme elle alors je ne comprenais pas.

Alors que je racontais ma journée à mon amie, j'entendis un grand bruit. Je fronçai les sourcils et me levai. Plus loin sur la plage, il y avait un homme, qui criait des choses à ma confidente. Il avançait alors vers la mer, et je voulais lui crier de ralentir, mais je n'osais pas, alors je me contentais de le suivre. Quand il s'arrêterait, j'irais lui parler, il a quand même presque insulté ma seule amie, il fallait que je la défende! Moi qui pensais qu'il allait nager, il enfonça sa tête progressivement dans l'eau, ne cherchant même pas à respirer. Je pris peur. Il voulait se noyer! Je criais alors, mais c'était trop tard, il s'était fait aspirer par la mer.

***

Je me réveillai en sursaut, recrachant l'eau de mes poumons. Je pensais avoir réussi mon coup, pourtant! J'ouvris les yeux lentement, et vis une silhouette fluette à quelques mètres de moi.

- C'était bête ce que tu as fait.

- Personne ne m'aime de toute façon, je n'aurai manqué à personne.

- Je ne te parle pas que de ça. Pourquoi t'en es-tu pris à la lune?

J'étais étonné. Pourquoi me parlait elle de ça?

- Elle ne pouvait rien faire pour moi.

- Elle peut aider tout le monde, c'est mon amie, tu devrais lui faire confiance.

Cette fille m'intriguait.

- C'est ton amie?

- Bien sûr.

Elle me regardait comme si c'était évident.

- Comment t'appelles-tu?

- Yué. Et toi?

- Yué? C'est de quelle origine?

- C'est un prénom qui vient du ciel. Et toi, comment tu t'appelles?

- Moi c'est Alban.

- Et hum, pourquoi as-tu ces tâches, sur la peau?

- Je suis vitiligo.

J'étais habitué à ce que l'on me pose cette question.

- Pourquoi tu as dit à la Lune, qu'ils avaient raison et qu'elle a tort.

- Elle me dit que je suis quelqu'un de bien, mais elle se trompe, Dis-je sur un ton dénué d'expression, Ce sont eux qui ont raison, je ne suis qu'un monstre, je ne mérite pas de vivre, pas avec cette peau.

Je voyais bien qu'elle trouvait que je ne disais pas la vérité, mais elle se retint de dire une remarque, et me posa une seule question.

- Qui sont "eux"?

- Mes démons.

***

Nous passâmes toute la nuit à parler, je ne disais pas grand-chose, c'était surtout lui qui parlait, il me racontait son histoire, des discriminations, les moqueries dont il était victime. Il me racontait qu'il n'était pas intégré dans sa classe. Que personne ne lui adressait la parole. Que son propre père le rabaissait. Lorsque le ciel se fit plus clair, je sus qu'il était temps que je rentre, m'excusais, puis je pris le chemin du retour, en courant, puisque je m'étais mise en retard et que le soleil n'allait vraiment pas tarder à arriver.

Je franchis la porte de mon appartement alors que les premiers rayons chauffaient le trottoir. J'ai eu chaud, pensai-je, quelques minutes de plus et j'aurais été mal. Me voici coincée ici jusqu'à ce soir.

C'est cela d'être Enfant de la Lune.

******** Voici ma première histoire pour #Freeyourbody, j'espère que vous l'aimerez! 

N'hésitez surtout pas à me donner votre avis, je débute et toutes les critiques sont les bienvenues (Les meilleures sont celle argumentées, bien entendu!).

-Marion.

Festival D'Étoiles.Historias para obsesionarse. Descúbrelo ahora