Ma peau est tendue, trop tendue. Discrètement, je glisse ma main sous mon T-shirt. Me doigts caressent doucement mon ventre rebondi, se soulèvent au grès de ma respiration retenue, puis se crispent soudainement : ma mère vient de faire son apparition avec le dessert. Du tiramisu... c'est dommage, c'est mon plat préféré... si on peut encore dire que j'ai un plat préféré car aucun ne fait long feu avec moi.
Elle dépose le plat sur la table et me sourit.
- Ana ?
- Miam, dis-je joyeusement en lui tendant mon assiette.
Bienveillante, elle me sert une grande part appétissante.
Mes glandes salivaires carburent, s'humidifient. Le temps que ma mère se serve, elle et mon père dure une éternité... je fixe la pâtisserie aguicheuse sous mes yeux. La cuillère en métal froid est broyée au creux de ma paume brûlante.
- Bon appétit ! lance soudain mon père comme une délivrance .
Soulagée, mon arme d'inox s'abat sur la crème telle un aigle sur sa proie. Bientôt la salive dans ma bouche est remplacée par l'ambroisie du glucose et du cacao fondant sur ma langue dans un trépas calorique. Je n'y pense pas, pas pour l'instant. Mon esprit est comme détenu par l'envie lancinante de terminer le plat entier. Sa compter l'après...après... je pense déjà au pot de Nutella que j'ai dissimulé dans un des tiroir de mon armoire, derrière mes chaussettes d'hiver en laine, celle que je ne mets jamais. Je pense aussi à la cuillère qui, elle, est cachée derrière la plinthe en dessous du radiateur, au même endroit que les emballages des trois paquets de petits beurre que j'ai avalé avant hier. Lui aussi n'attend qu'à être engloutis.
Je me sers une seconde fois de tiramisu, profitant de la distraction de mes parents. Si ma mère m'avait vue, jamais elle ne m'aurait laissée quitter la table.
Je finis enfin mon dessert. Mon assiette portée à la cuisine, je décide de monter.
Limitant le bruit de mes déplacements sur les escaliers en bois, j'arrive dans ma chambre. Prestement, je referme la porte derrière moi et me jette sur mon tiroir à chaussettes. Le bocal de la torture est toujours là. Je me munis tout aussi vite de ma cuillère et plonge celle-ci avec une force désespérée dans le pot de verre. Dégoulinante de chocolat, le manche entièrement recouvert de la pâte brune brillante, la cuillère n'a jamais été si appétissante. Inutile de me faire souffrir plus longtemps, ma mâchoire s'ouvre et se referme aussi vite sur cette mixture divine. Le plaisir est de courte durée, mais déjà je replonge mon ustensile de gourmandise dans le bocal.
Mon estomac, déjà plein, me secoue soudain d'un tremblement. Je ne suis pas surprise, je connais cette sensation.
Calmement, je me lève. Ma peau se tend une énième fois. Je fais quelques pas jusqu'à la porte de ma chambre. Des pas lourds et pataux. Je vérifie rapidement que toutes les preuves de mon crimes soient cachées en dessous de mon armoire. Ok c'est bon... je sors de ma chambre. Direction : le purgatoire.
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Jusqu'à la Faim (en pause)
Non-Fiction"- Tu as faim ?", question idiote pour moi. Je n'ai pas faim. Je n'ai jamais faim. Cette sensation m'a totalement quittée. Au même moment où le mot "trop" a perdu de son sens. Ou l'excès est devenu mon meilleur ami et mon reflet dans le miroir, mon...
