Je m'appelle Lydia Parks.
J'ai vingt-quatre ans et, aux yeux du monde, j'ai tout réussi trop vite.
Avocate reconnue à l'échelle nationale, spécialisée en droit familial et pénal, installée depuis quelques mois à Lisbonne dans un quartier où les façades blanches éclatent sous le soleil et où les balcons dominent l'Atlantique. Mon appartement offre une vue imprenable sur l'océan. Certains matins, lorsque la lumière traverse les baies vitrées et vient se déposer sur le parquet clair, on pourrait croire que ma vie est paisible.
Elle ne l'est pas.
Je suis blonde, mes cheveux tombent en ondulations légères sur mes épaules lorsque je les laisse libres. La plupart du temps, ils sont attachés en un chignon strict, comme une armure. Mes yeux bleus — trop clairs, m'a-t-on souvent dit — donnent l'impression que rien ne m'atteint.
C'est faux.
À seize ans, j'ai perdu mes parents dans un accident de voiture.
Le véhicule a quitté la route de nuit, fait plusieurs tonneaux avant de s'immobiliser dans un ravin. Les photos ont circulé partout. Les chaînes d'information en continu ont répété en boucle la même phrase : tragique perte de contrôle. Les experts ont évoqué la possibilité d'un animal surgissant sur la chaussée.
Mensonge.
Quelques mois plus tard, un rapport complémentaire a révélé l'existence de deux traces de pneus distinctes sur l'asphalte humide. Deux trajectoires. Deux véhicules. Quelqu'un les avait percutés.
Quelqu'un avait fui.
Le scandale avait été immense. Ma mère n'était pas n'importe qui. Lauren Parks, mannequin internationale, visage iconique de couvertures prestigieuses, muse des plus grandes maisons de couture. Son décès avait fait la une des journaux. On parlait de la perte d'une icône. On oubliait qu'elle était aussi une mère.
Moi, je n'ai rien oublié. Je cherche encore.
Peut-être est-ce pour cela que je suis devenue avocate. Pour comprendre les failles. Pour traquer les mensonges. Pour avoir, un jour, le pouvoir de faire plier quelqu'un.
Après l'accident, j'ai été recueillie par la famille de ma meilleure amie, Jessica. Elle me connaît depuis la maternelle. Elle est tout ce que je ne suis pas : solaire, spontanée, vibrante. Brune aux yeux verts, toujours en mouvement, elle travaille aujourd'hui comme hôtesse de l'air et partage sa vie entre Paris et le reste du monde.
Elle est la sœur que je n'ai jamais eue.
La seule à connaître mes cicatrices.
Parce que la mort de mes parents n'a pas été la dernière tragédie de mon adolescence.
Il y a eu autre chose.
Quelque chose que je ne prononce jamais à voix haute.
Lundi 10 février — 7h45
Je me réveille en sursaut.
Mon souffle est court. Ma peau moite. Mes draps emmêlés autour de mes jambes comme des liens invisibles.
Toujours le même rêve.
Toujours ce mur. Cette pression. Cette sensation d'étouffer.
Je ferme les yeux quelques secondes, tente de ramener mon esprit au présent. Je suis dans mon appartement. Seule. En sécurité.
Ce n'était qu'un souvenir déguisé en cauchemar.
Après la mort de mes parents, j'habitais chez Jessica. Enfin... chez son père et sa mère. Je l'appelais « mon oncle » par affection. Il représentait une figure stable dans le chaos de mon deuil.
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A Cause D'Elle
Short StoryLui, un riche footballeur, marié, père de famille, qualifié d'égoïste, méprisant. Elle, une jeune fille banale, célibataire, essayant d'oublier une partie de son passer, qualifié de fille coincée, renfermée. Elle s'est construit une carapace jusqu'a...
