1- Rubis

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Cher journal,

J'ai passé une année extraordinaire, j'ai besoin de la conter ; c'est pour cela que je t'ai acheté, Journal. Laisse-moi emplir tes pages de mon incroyable histoire...

Je m'appelle Rubis. J'ai vécu toute mon enfance à Oliville, à Johto, tu connais ? Je suis bête, tu es un journal, tu ne me répondras pas, mais j'aime te considérer comme une personne entière, avide de connaître mon histoire. Mais je m'égare. Oliville est une municipalité portuaire de la région de Johto, servant de pont entre la terre et la mer. C'est une ville que j'ai toujours aimé, ne serais-ce que parce que de mon balcon, je pouvais voir, fier et resplendissant, le Phare d'Oliville. La légende raconte que c'est un Pokémon seul qui produit toute la lumière émise par le Phare, guidant les marins de son faisceau traversant la nuit, le brouillard et la tempête. Seulement, à la tombée de la nuit, des dresseurs louches viennent pour envahir la tour, et Papa m'a toujours interdit de m'y rendre le soir. Mes parents... mes parents sont formidables. Maman n'a jamais travaillé, elle a toujours été là pour moi. Papa ne travaillait pas vraiment, nous vivions difficilement. Il arrivait qu'il parte pour chercher du travail, et il s'absentait une voire deux semaines consécutives, mais n'avait jamais voulu m'en dire plus. Je ne pense pas que Maman savait non plus où il se rendait.

Je suis né avec une bien étrange particularité : j'ai les deux yeux rouges. Mes parents m'ont raconté que lorsque je suis né, ils ont cru que mes yeux étaient englués de sang. Les médecins n'avaient jamais vu cela. Mes yeux sont profonds et brillants, comme une pierre précieuse, comme un rubis. Ce n'est pas un handicap que j'ai sur le visage, mais seulement une particularité physique. Je me souviens d'une année, en cours de bio, où la professeure m'avait pris en exemple pour expliquer la diversité génétique, et j'avais eu le droit à des murmures de fascination.

Mes yeux impressionnaient les filles : beaucoup me tournaient autour, mais je ne prêtais aucune attention à la plupart d'entre elles. Mes amis me disaient blasé, ne profitant pas de la chance que la vie m'a donné.

Par ailleurs, je me suis toujours représenté moi-même comme un artiste : j'ai des talents naturels pour le dessin, le chant et la musique en général. Je suis une de ces personnes, vous savez, dont on dit qu'ils ont de l'or dans les mains : je suis capable de faire de l'art avec tout. Surtout le dessin... rien, rien ne m'emplit plus de joie que l'art, si ce n'est d'en faire.

Ma vie à Oliville me plaisait : j'aimais sortir avec mes amis, visiter le ranch au nord de la ville, le port, marcher sous les guirlandes pendues entre les lampadaires, donnant l'illusion que la ville est constamment en fête, colorée. Je me rendais à la plage, au sud-est. Regarder la mer, et se sentir ridicule face à sa taille, sa couleur, sa puissance phénoménale. Ici j'ai vécu mes premières histoires d'amour, fait mes premières découvertes, rencontré de nouvelles personnes, dessiné, chanté, je me suis assoupi, reposé, j'ai rêvé. Cette plage a été un facteur important de ma vie, faisant de moi l'adolescent que je suis aujourd'hui. C'est ici que je me rendais le soir, en quête de solitude, ou juste à la recherche de la mer, quand je ne pouvais plus me rendre au Phare mais que le besoin de sortir était trop fort, puissant, obsédant, pénétrant. Je regardais le coucher de soleil, éclairant vaguement Irisia, la ville qui fait face, de l'autre côté de la mer, seul instant où ce paysage était visible.

Avec mes amis, nous avons tenté à de maintes reprises de nous mesurer à Jasmine, la championne de la ville, empruntant les Pokémon de nos parents. Jamais nous n'avons triomphé, ses Pokémon de type Acier ayant si facilement raison de nos Evoli, Pikachu et autres Pokémon de compagnie.

Oliville m'a toujours plu, avec ses qualités comme ses défauts, ses imperfections, ses mauvais côtés.

Même si cela peut te sembler simple, j'ai du mal à parler de mon passé, de ma vie avant qu'elle ne change définitivement. Je n'ai jamais parlé à personne de tout ce que j'écris aujourd'hui. Je ne suis plus Rubis d'Oliville, je ne suis plus le jeune garçon aux yeux rouges qui s'allongeait sur la plage à la tombée de la nuit.

La belle HoennStories to obsess over. Discover now