Bas-quartiers de Canterlot, Octobre 2015
Les rues se vident. Les dernières maisons s'éteignent en silence. La ville s'endort, tout est calme. Une jeune jument se balade encore. Sous la pluie battante, elle se promène. Il commence à faire de plus en plus sombre, et la demoiselle cherche un endroit où s'abriter. A cette heure-ci, tout le monde est endormi. Cependant, une dernière lueur scintille au loin. La pouliche s'y précipite. Il s'agit en réalité d'un bar. Notre jeune dame s'attendait à mieux, mais à une heure pareille, elle ne peut rien espérer de moins désagréable. Elle franchit donc le seuil. Tandis qu'elle s'ébroue sur le pas de la porte, le barman la dévisage. Une longue robe beige clair, partiellement cachée par un long imperméable, une splendide crinière ondulée couleur acajou, des yeux noisettes et surtout...
- « On sert pas les sorcières, ici ! »
La demoiselle se relève, surprise par les paroles du tenancier.
- « Je vous demande pardon ? », répondit-elle avec une douce voix.
- « Vot' corne, mam'zelle. Ici c'est pas un endroit pour les hauts-rangs comme vous ! »
- « Les hauts-rangs ? », elle le regarda avec un air étonné.
- « Z'êtes pt'être pas au courant, mais vous et vot' soi-disant magie, vous la foutez mal à ceux qu'en ont pas ! Ouaip ma p'tite dame, ici on a pas la chance de voler ou d'lancer des sorts. On vit not'vie comme des simples poneys... », lui répondit l'étalon.
- « Loin de moi l'idée de vous faire de l'ombre, à vous et vos amis... »
- « Boaf, c'est dur pour tout l'monde... Ma salle est pas très pleine c'soir. J'suppose que z'allez prendre un truc pour vot' gosier, non ? »
- « Ma foi, je veux bien une eau minérale avec... », dit-elle.
- « C'est bon si j'ai qu'celle du robinet ? »
- « Vous n'en avez pas en bouteille ? », demanda-t-elle avec un léger dégoût.
- « Si, pt'être bien, mais faut juste savoir de quand elle est, la bouteille ! Harf, harf, harf ! »
Le barman partit alors dans un fou-rire et servit, bien malgré elle, un verre d'eau du robinet à notre chère jument. Elle ne put retenir une grimace quand elle remercia le serveur, qui repartit de plus belle dans un rire incontrôlable. En cherchant une table, notre amie se rendit vite compte que le tenancier avait raison sur au moins un point : son bar était désert. Il n'y avait pour ainsi dire qu'une seule table occupée. Assez éloignée dans la salle et à moitié dans l'ombre, elle était fort isolée du reste de la taverne. Notre jument ne put décrire l'étalon qui y était tant ce coin était sombre. La première chose qu'elle put définir chez lui fut sa voix.
- « Ce n'est pas une heure pour rester dehors, mademoiselle... »
Notre demoiselle, toujours perturbée par son accueil, ne répondit pas immédiatement. Elle se contenta d'observer son interlocuteur. Sa voix était chaude, réconfortante, comme celle d'un poney dans la fleur de l'âge, mais elle semblait également usée, rauque, comme si ce poney avait vécu maintes aventures. A côté de la chaise du jeune étalon se trouvait un grand étui, probablement celui d'un instrument assez volumineux.
- « Il est magnifique, n'est-ce pas ? », dit-il.
Toujours pas de réponse de notre jeune jument.
- « Bah, vous ne devez pas avoir envie de parler à un artiste inconnu... C'est bien dommage », lâcha l'étalon.
Il semblait assez mélancolique quand il prononça le mot artiste. Notre demoiselle finit par lui répondre :
- « Pourquoi tant de tristesse dans votre voix ? »
Surpris d'enfin obtenir une réponse, le poney répondit :
- « Cet étui... c'est tout ce qu'il me reste d'elle... »
- « Qui donc ? », demanda la licorne.
- « Tavi... ma douce... », lâcha-t-il tout en étouffant un sanglot.
- « Tavi ? Comme Octavia ? Octavia Melody ? »
La jument ayant eu l'occasion de se rendre de nombreuses fois à Ponyville, elle savait évidemment qui était Mademoiselle Melody, la célèbre violoncelliste.
L'étalon se leva de sa chaise et approcha. Une fois dans la lumière, notre amie put enfin voir comment était son interlocuteur, qui s'avéra être un pégase. Quelle ne fut pas sa surprise ! Une robe beige, assez sombre et salie par le mauvais temps, une crinière brune avec des reflets dorés, dans un état indescriptible, des yeux d'un bleu azur tel qu'on en voit rarement, des ailes à moitié déchirées et surtout, sa patte avant droite, qui était en fait une patte artificielle, couleur laiton, dont les engrenages crissaient lorsqu'il la déplaçait. Mais le plus étrange était son accoutrement : de très hautes bottines cloutées de la semelle à la cheville, un long blazer bleu marine, déchiré sur le bas et très délavé ainsi qu'un étrange haut-de-forme noir, sur lequel était fixé quelques partitions ainsi qu'une élégante plume de faisan. Sur sa patte encore valide, il portait un gant de cuir assez robuste et un brassard visiblement en fer ancien et couvert de rouille.
- « Seigneur, que vous est-il arrivé ? »
- « J'ai voyagé... bien plus loin que vous ne pourrez jamais l'imaginer... Prenez donc une chaise et installez-vous à ma table, s'il vous plaît, je vais vous expliquer. »
- « Attendez, je connais Octavia, vous parlez d'elle comme si elle n'était plus... », l'interrogea la demoiselle tandis qu'elle s'installait face à monsieur.
- « En effet, mais la Tavi d'ici n'est pas celle que j'ai connue, celle dont je suis tombé amoureux... celle que j'ai perdue... », répondit le pégase.
- « Je ne vous suis pas, il n'y a qu'une seule Octavia... Expliquez-vous. »
- « Certes, ici il y en a eu une... mais ailleurs... Laissez-moi vous expliquer en détail ce qu'il s'est passé... »
VOCÊ ESTÁ LENDO
Mute Musicians
FanficUne fanfiction (francophone) qui raconte l'histoire d'Octave Flynn, en un lieu nommé Horsean, en 1872...
