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J'nique la solitude, tant qu'mes poches sont bien accompagnées

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J'nique la solitude, tant que mes poches sont bien accompagnés...

Le réveil sonne. J'ouvre un oeil.
J'grogne. Pourquoi j'dois m'réveiller si tôt ? 10h00 que m'dit le réveil. Bon. Je me plaint, j'me plaint, mais des fois, j'me réveille plus tôt et c'est pas une bonne nouvelle. Ouais, quand t'entend les keufs toquer "gentiment" chez toi.
J'parle, j'parle mais j'suis toujours pas sorti du matelas. Comment tu veux appeler ça un lit ? C'est juste une couche épaisse de tissu qui sépare mon dos du sol.
J'essaye de bouger, j'essaye. Mais j'suis faya. Comment vous l'dire autrement t'façon ?

Il fait froid dans cette baraque, mon tout petit appart. Et j'insiste sur le petit. Y'as juste la place pour manger, dormir et chier. C'est déjà pas mal. Mais même seul, j'me sens écrasé dans une petite boîte. Pas de place pour s'étirer dans ce trou.
J'me lève et j'fais un tour au toilette.
J'oublie pas d'tirer la chasse. Quoi de neuf dans l'frigo ? Pas grand chose. Va falloir que j'aille acheter d'quoi bouffer bientôt. J'ai largement de quoi payer. J'prend du lait + céréales et je m'habille. Ça prend pas trois heures. J'remet ce que j'ai mit hier, y'a juste le t-shirt qui change. Petite veste noire, jogging blanc et paire de nike. Et j'oublie pas ma casquette Gucci.

Puis j'hésite.

La porte est devant moi. J'ai pas l'choix. J'entre-ouvre la porte. Un air glacial entre dans la maison. J'y pense tout le temps. J'pourrais ne plus jamais revenir ici pendant un moment si quelque chose m'arrivait. A n'importe quel moment. La porte s'ouvre grand toute seule.

J'la ferme derrière moi.

La lumière du couloir veux plus s'allumer. J'descend et putain je prend mon temps. Aucune envie de voir la gueule du hall et celles des teneurs de murs qui se branlent en bas.

Eux : Wesh, Maoulida !

Je tchèke ceux qui me calculent puis j'me pose devant le hall avec Enzo. Un asiat' du quartier. On se salue puis on attend.

Je parle quasiment jamais, et dans l'quartier c'est vrai qu'on se méfie de moi

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Je parle quasiment jamais, et dans l'quartier c'est vrai qu'on se méfie de moi. J'sais pas peut être que je suis trop renfermé et discret. Mais niquez vos races, j'suis pas venu pour faire ami ami avec tout l'bat ! Comme j'ai toujours bien fait mon taff' et que je suis pas une sombre pute ils ont bien fini par s'y faire.
Au loin, j'vois deux silhouettes arriver. Ça doit être des ien-cli. Nan, c'est Abdé et Nasser. Deux frères inséparables. Les deux plus grands gars du quartier. Ils ramènent à boire.

Enzo : Ah, gars.

Nasser : Servez-vous les gars.

Je vois qu'il me guette aussi. J'sourie despi et j'en ouvre une. Bien fraîche, ouais. Mais ça aide pas à supporter le froid. Ils rentrent servir le reste dans le hall puis ils nous rejoignent.

Enzo : Zack' je le vois plus ces temps-ci.

Abdé : Moi non plus. Il s'est pas fait coffré ?

Nasser : Mdr, qu'est-ce tu racontes. On le saurais, toi. Il a du s'casser avec sa mra une semaine ou deux.

Enzo : Ouais et il nous dit rien ce pd.

Nasser : On est pas ses parents non plus. Mdr tu le kiffes ou quoi ?

Enzo : Nique ta race toi !

Nasser : Mdr tu parles à qui comme ça. Sale noi-chi !

Ça me fait doucement rigoler. Ouais jamais tu m'verra rire comme un taré ou alors faut vraiment le vouloir, Mdr. J'jette la canette.

Nasser : Guette.

Je regarde, une peufra qui arrive en talon, sac LongChamps. Ouais, la tête de michtonneuse de première Mdr. Brune, avec de jolies formes. J'ai qu'une seule envie c'est d'la voir sous mes draps. J'la vois souvent, elle habite dans l'quartier. Mais elle a pas une très bonne réputation si tu vois ce que je veux dire.

Moi : C'quoi son nom déjà ?

Elle passe à notre hauteur et ouvre la porte du hall avec son badge.

Enzo : Mélissa. Une grosse salope.

J'l'entends tshiper. Mdr.

Enzo : Tu tshipe qui comme ça ? Assume nan ?

Abdé : Ahah. Elle est montée sur presque tout le monde ici.

Nasser : Pas Idriss ni Maou.

Tout le monde me regarde.

Moi : Mdr, j'me tape que des meufs biens. Vous avez cru j'suis un bâtard comme vous ou quoi ?

Eux : Mdrr.

Nasser : Ah ouais ça veux faire le hlel et tout...

Abdé : T'es même pas muslim, Mdr.

Ouais, j'suis comorien algerien mais la religion tout ça... Ça m'a jamais convaincu. On a souvent essayé de me repentir ou un truc du genre mais j'suis pas fait pour ça. J'ai jamais eu la foi, je l'aurais jamais.

Moi : Tranquille. Qui a du feu ?

Je sors un paquet de clope. Nasser me guette en mode "ouais passe en un stp". Mdr ça me rappelle le temps où j'étais un gamin avec un paquet d'Haribo. T'as tous les michtonneurs qui te promettent quelque chose que t'aura jamais en échange d'un malabar.
Azi, j'ai compris, prend la ta clope.

Nasser : T'es un bon.

Je sais pas pourquoi j'ai l'impression que ça sonne faux. Je baisse la visière de ma casquette. En général ils comprennent que j'veux plus parler. J'm'allume ma cigarette et j'regarde le temps passer.
Les clients passent. Des nouveaux, des fidèles...

Putain. Qu'est-ce que je fout là encore ? A faire le clochard et à bicrave. Pourquoi je chercherai pas du taff ? Tu parles, tu veux faire quoi sans le Bac ? Avec un brevet de collégien. Qui voudrais bien me prendre ? Je me suis trop habitué à cet argent facile. J'en ai marre de tenir les murs de mon bâtiment pour à peine pouvoir survivre. J'veux la villa à Sosa, la belle vie. Si un jour, j'pouvais... j'pouvais sortir de ce monde. Vivre une vie normal.

Je sais que ça ne se passera jamais ainsi. J'ai beau esperer. J'sais que la vie c'est assez terre à terre. On acquiert rien en faisant rien.

Mais est-ce que c'est en restant ici assis à porter le poids de notre bâtiment sur nos épaules que notre vie changera ?

Putain.

Moi : Melvin organise toujours des casses ?

Abdé : Au dernières nouvelles ouais. Nan, tu comptes mettre le pied dans ce bordel la ?

Moi : ...

Abdé : Maou ?

Moi : Nan j'voulais juste savoir. T'inquiète.

Et t'façon qu'est-ce que ça peux te foutre. On se connais même ?

J'enfonce encore plus ma casquette Gucci jusqu'à ne quasiment plus rien voir.
Des fois j'me dis que j'dois me bouger le cul pour sortir de ce merdier. Toutes les solutions sont permises même les plus radicales.

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C'étais le premier chapitre, merci d'avoir lu mes chicos chicas !

Sortir du Tunnel ou Mourir dans la Tess ?Stories to obsess over. Discover now