UNE FAMILLE HEUREUSE

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Au petit matin, les premiers rayons du soleil traversaient les cloisons en papier de la demeure Honda, dessinant de pâles bandes de lumière sur les tatamis encore plongés dans la fraîcheur de la nuit. Dans les couloirs silencieux, les pas légers des servantes accompagnaient le bruissement des étoffes tandis que Yoyoshi, à peine réveillée, parcourait la maison à toute vitesse, ses petits pieds frappant le sol au fil de sa recherche désespérée de ses parents. Ses cheveux encore ébouriffés encadraient son visage enfantin et son kimono, mal ajusté par précipitation, glissait légèrement sur ses épaules.

Derrière elle, les servantes se lancèrent à sa poursuite, essayant tant bien que mal de contenir l'agitation qu'elle provoquait dans la demeure.

— Ne faites pas tant de bruit... Attention ! Vous allez tomber dans l'étang !

Mais la petite fille de six ans n'écouta rien et poursuivit sa course effrénée, traversant les couloirs avant de déboucher dans le jardin où l'air frais du matin faisait frémir les feuillages. Elle cherchait sa mère avec cette impatience propre aux enfants qui ne pensent qu'à retrouver les bras rassurants qu'ils aiment, sans prêter attention aux appels inquiets derrière elle. Son espièglerie ne prit fin que lorsqu'elle déboucha brusquement devant son père.

Elle s'arrêta net.

Honda Tomochi la regardait, immobile, un sourcil légèrement relevé devant cette apparition aussi matinale qu'agitée.

— Bonjour, Honda-dono*, formula la gouvernante en s'inclinant profondément. Nous essayons de lui faire comprendre les dangers auxquels elle s'expose ainsi que le dérangement qu'elle occasionne, mais sans succès. Veuillez nous pardonner.

Dono : seigneur.

Honda Tomochi baissa les yeux vers sa fille. Il resta un instant silencieux, observant la petite silhouette encore essoufflée, les mèches rebelles encadrant son visage et son kimono légèrement froissé par sa course. Sous le regard attentif de son père, Yoyoshi perdit aussitôt son assurance et fixa le sol, ses petits doigts venant timidement jouer avec le tissu de sa manche.

— Ce n'est rien. Vous pouvez disposer.

Soulagées, les servantes s'inclinèrent une dernière fois avant de quitter les lieux, leurs pas discrets s'éloignant dans les couloirs tandis que la demeure retrouvait peu à peu son calme matinal.

Honda Tomochi était un samouraï respecté pour sa droiture et son sens de la justice. Sa haute stature et sa carrure imposante pouvaient intimider ceux qui le rencontraient pour la première fois, renforcées par la présence du sabre traditionnel porté à sa taille. Pourtant, son visage aux traits fins et délicats, souligné par des sourcils légèrement arqués, adoucissait la sévérité de son allure. Son regard sombre demeurait généralement calme, même lorsque les circonstances exigeaient de lui une autorité sans faille.

Cette maîtrise de lui-même lui venait en grande partie de l'enseignement bouddhiste qu'il avait reçu auprès de son maître et ami, le shogun Takahashi*. Au fil des années, cette philosophie lui avait appris à contenir la colère, à observer avant de juger et à considérer la force comme une responsabilité plutôt qu'un privilège.

Shogun : général.

— Viens avec moi. Nous allons nous asseoir près de l'étang, proposa-t-il en posant une main sur l'épaule de Yoyoshi.

La petite fille lui adressa aussitôt un sourire, les yeux brillants de joie, avant de glisser sa petite main dans celle de son père. Ils traversèrent ensemble le jardin encore baigné par la fraîcheur du matin, tandis qu'une légère brise faisait bruisser les feuillages au-dessus de leurs têtes. Quelques pétales détachés des arbres flottaient à la surface du bassin, poussés doucement par le vent.

L'OMBRE ASSASSINEStories to obsess over. Discover now