Chapitre 1

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Une. C'est le nombre exact de places que je devais choper sur Ticketmaster quand mon Wi-Fi a sauté... Alors que mes cinq copines étaient plongées dans une transe d'hystérie collective et moi dans un gouffre de solitude absolue.

Résultat des courses ? Les filles préparent sagement leur week-end VIP à Paris pour dans deux semaines. Et moi ? Je me retrouve en solo à Amsterdam, mon sac à dos vissé aux épaules et un reflex pendu au cou, à prier pour que le concert de demain vaille chaque centime de cette humiliation logistique.

- Smile! lâchai-je à haute voix en cadrant un canal bordé de maisons en briques rouges.

Je pressai le déclencheur. L'image s'afficha sur mon petit écran LCD. Sublime. Un vélo vintage, des fleurs colorées, une lumière dorée de fin d'après-midi... et un mec qui venait de s'incruster magistralement au milieu du cadre avec sa boisson glacée.
Je baissai doucement mon appareil, haussai un sourcil et fixai l'intrus. Il portait une casquette enfoncée jusqu'aux sourcils, un masque noir sous le menton et un trench-coat trop grand pour la saison.

- Dis donc, l'artiste, fis-je en français avant de me reprendre en anglais. Excuse-moi, mais tu viens de pourrir le chef-d'œuvre de ma vie.

Le mec cligna des yeux, apparemment surpris qu'on lui adresse la parole si cash. Il retira complètement son masque, dévoilant un sourire en coin furieusement familier. Mon cœur fit un bond de trois mètres.

Kim Seungmin.

Le chanteur de Stray Kids était debout en face de moi, à Amsterdam, en train de siroter un matcha latte. Mon cerveau passa instantanément en mode alerte rouge, déclenchant le protocole « urgence vitale : ne fais pas l'hystérique ».

- Oh, désolé, répondit-il en anglais avec une voix fluide et une pointe de malice. Je pensais que tu me prenais en photo.

- Toi ? répétai-je avec une fausse indignation parfaite. Je prenais ce magnifique vélo vert. Tu étais juste un obstacle sur mon chemin.

Seungmin posa une main sur sa poitrine, feignant d'être blessé.

- Un obstacle ? C'est violent. D'habitude, les gens sont plutôt contents de m'avoir sur leurs photos.

- Tu dois être un mannequin très occupé alors, répliquai-je en ajustant mon objectif, le cœur battant la chamade. Mais désolée, je ne fais pas dans le portrait d'inconnus trop confiants.

Il étouffa un rire, visiblement amusé de ne pas s'être fait sauter dessus. Il jeta un coup d'œil autour de nous. Il était seul, ce qui relevait du miracle absolu.

- Tu visites la ville seule ? me demanda-t-il en faisant un pas vers moi.

- Malheureusement oui. Mes amies m'ont lâchement abandonnée pour un événement... disons... plus commercial. Et toi ? Tu te perds souvent tout seul dans les rues ?

- Je m'échappe dès que je peux, dit-il, son regard devenant un instant plus doux, presque nostalgique. Tu m'accordes une chance de me rattraper pour la photo gâchée ? Je connais un endroit pas loin d'ici où le café est bien meilleur que ce truc.

- Hmm. Un inconnu en trench-coat qui m'emmène dans une ruelle sombre ? Ça ressemble au début d'un documentaire criminel sur Netflix, mais j'ai trop faim pour refuser.

Nous avons passé le reste de l'après-midi à déambuler. Il m'a payé une gaufre ultra-calorique, j'ai fait semblant de ne pas savoir ce qu'était la K-pop quand il m'a demandé ce que j'écoutais (j'ai cité des groupes de rock des années 90 pour sauver les meubles), et il m'a prise en photo sous tous les angles avec mon propre appareil. Derrière son humour pince-sans-rire et son sarcasme très aiguisé, j'ai découvert un gars d'une gentillesse désarmante, attentif à la moindre marche glissante au bord des canaux.

Vers dix-neuf heures, le devoir l'a rappelé. Son téléphone n'arrêtait pas de vibrer.

- Je dois y aller, fit-il avec une moue déçue alors qu'on arrivait devant mon hôtel. Ma "famille" me cherche.

- Va rejoindre ta tribu, l'inconnu. Merci pour la gaufre, c'était presque décent.

Il sourit, sortit son téléphone de sa poche et me le tendit.
- Donnes-moi ton numéro. Si tu es encore vivante demain après ton documentaire criminel, on pourrait se revoir.

J'hésitai une seconde, puis je tapai mes chiffres.

- Ne m'appelle pas à trois heures du matin, je dors.

- Promis. À plus tard, la photographe.

Deux heures plus tard, j'étais étalée en étoile sur le lit king-size de ma chambre d'hôtel, un masque d'argile vert en train de sécher sur mon visage, les yeux rivés sur mon téléphone.

​Sur mon écran de verrouillage ? Une photo de Bang Chan.
​Parce que oui, Seungmin était adorable, hilarant, et incroyablement séduisant en vrai... mais mon âme appartenait corps et bien au leader du groupe.

C'était le secret le mieux gardé de ma vie, et je félicitai intérieurement mon sang-froid d'acier : pas une seule fois je n'avais laissé transparaître que je connaissais son visage, son groupe ou son existence.

​Mon téléphone vibra soudainement, me faisant faire un bond de dix centimètres. Un numéro inconnu.

​« On m'a dit que les meilleures photos d'Amsterdam se prenaient la nuit. Tu es occupée ou tu as peur d'un nouvel obstacle sur tes clichés ? 😉 - S. »

​Je laissai échapper un rire étouffé, mon masque vert se craquelant désagréablement sur mes joues. Je tapai ma réponse du bout des doigts, le sourire aux lèvres :

​« Tentant, l'obstacle. Mais je garde mes forces pour demain, j'ai une journée marathon très importante qui m'attend. Essaie de ne pas trop hanter les canaux sans moi. »

​La réponse ne tarda pas, presque immédiate :

​« Une journée marathon ? Ça m'intrigue. J'espère que tu trouveras au moins un sujet intéressant à photographier demain. Repose-toi bien, la photographe. »

​Je plaçai le téléphone contre ma poitrine, le plafond de la chambre tournoyant un peu dans ma tête. Demain soir, il serait sur scène devant des milliers de personnes, et moi dans la foule. Mais ce soir, il n'était que le mec du canal... et la journée de demain s'annonçait déjà totalement incontrôlable.

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