PDV GERSI
Je franchis les portes de l'aéroport international de Makoua et un frisson me parcourt immédiatement. Pas de peur, non, de froid. La chaleur humide de Brazzaville que j'ai quittée il y a quelques heures n'est plus qu'un lointain souvenir. Ici, même l'air extérieur semble climatisé. Je serre la lanière de mon vieux sac à m'en faire blanchir les jointures.
Je lève la tête et je reste la bouche grande ouverte.
Devant moi, des immenses tours de verre étincelantes transpercent le ciel, criant au monde entier la richesse de ce pays. Je cligne des yeux, persuadé d'être dans un rêve.
Arrivé devant le complexe résidentiel de l'État, ma main tremble au moment de passer la carte magnétique. La porte de mon appartement s'ouvre. Je fais un pas à l'intérieur et mon sac m'échappe des mains.
Boum.
Je frotte mes yeux avec mes paumes. NON MAIS JE RÊVE ! L'endroit est immense, d'un luxe tapageur. Les murs sont tapissés d'ouvrages de stratégie militaire, d'économie et de politique. Je m'effondre sur le canapé en cuir. Mon cœur bat la chamade. La puissance financière de cet État est terrifiante. Le poids de la responsabilité s'abat sur moi d'un coup. Je n'ai pas le droit à l'erreur. C'est une cage. Une magnifique cage dorée, et je ressens déjà toute la pression de ses barreaux.
PDV YANNICK
Je marche dans ce couloir qui brille tellement que je vois mon reflet sur le sol, et j'ai juste envie de fuir. Venu du Cameroun avec absolument rien dans les poches, ce luxe ostentatoire me met profondément mal à l'aise.
Je cherche mes clés avec frénésie. J'ai l'estomac noué. Je prie pour que mon talent brut suffise à me maintenir à flot ici, parce que je n'ai pas les codes de ce monde. Ma main tremble tellement que je n'arrive pas à insérer la carte.
____ Merde...
Je me tourne, le souffle court.
PDV GERSI
Cet appartement m'étouffe, j'ai besoin d'air. J'ouvre ma porte pour sortir dans le couloir et je tombe nez à nez avec un garçon grand et fin, l'air complètement paniqué.
Nos regards s'accrochent. Il porte des vêtements simples, comme moi. Je vois dans ses yeux exactement la même terreur que celle qui me ronge : la peur de l'échec. Un simple regard suffit, la connexion est immédiate. Nous portons le même fardeau de boursiers qui n'ont pas droit à l'erreur.
____ Salut... je m'appelle Gersi.
Il se redresse, relâchant un souffle tremblant.
YANNICK : Moi, c'est Yannick...
PDV JEAN-MICHEL
Moi, c'est Jean-Michel. L'Ivoirien le plus ambitieux que vous croiserez. Quand j'ai découvert mon appartement, je n'ai pas tremblé. J'ai souri. Pour moi, ce confort n'est que la première étape vers mon futur grand cabinet d'avocats. Je mérite d'être ici.
J'ajuste ma cravate devant le miroir, très confiant. Je sors de ma chambre, le torse bombé, et j'aperçois deux gars qui discutent dans le couloir. Ils ont l'air perdus. Allez, je vais les aborder.
____ Messieurs ! Salut ! Je suis Jean-Michel.
Ils sursautent et me regardent. Je les invite immédiatement dans mon appartement pour un repas de bienvenue. L'ambiance se détend autour de la table, on rigole, on apprend à se connaître.
Mais soudain, je trouve une enveloppe officielle sur la table. Je l'ouvre et je commence à lire le programme de la semaine. Je m'arrête net.
YANNICK : Qu'est-ce qu'il y a ?
____ Les gars... il y a une ligne sur nous. "Les étudiants boursiers devront prononcer un discours d'intégration demain matin..."
GERSI : (la voix tremblante) Devant qui ?
____ "... devant toute l'élite du pays."
Le silence s'abat sur la pièce. La tension monte en flèche d'un seul coup. On se regarde tous les trois, la bouche grande ouverte. Le cauchemar commence demain.
À SUIVRE...........
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LE CODE DU SANG
ActionMakoua est la nation la plus riche et la plus puissante d'Afrique. Son académie d'élite est un sanctuaire impénétrable, strictement réservé aux héritiers de la haute société, aux politiciens et aux futurs dirigeants. Pour Gersi Malonga, jeune Congol...
