⚠️ Avertissement : Cette histoire contient des thèmes sensibles : violence psychologique et physique, expérimentation médicale non consentie, torture, thèmes liés au deuil et à la santé mentale. Âmes sensibles, lisez avec précaution. 🩸
Le Protocole Lazarus est un thriller psychologique. Bonne lecture.
Londres, le 14 novembre 1979. Le brouillard n'était pas une métaphore, c'était une créature jaune et grasse qui s'agrippait aux poumons. Le Dr Alistair Finch remonta le col de son pardessus en laine, sentant l'humidité s'infiltrer jusque dans ses os. À cinquante-deux ans, il marchait avec la raideur de ceux qui portent le poids des secrets des autres.
En franchissant le seuil de son appartement de Marylebone, il fut frappé par un silence anormal. Un psychiatre expert ne se fie pas à son intuition, il se fie aux stimuli. Stimulus A : la porte n'avait résisté qu'à un tour de clé au lieu de deux. Stimulus B : l'air de l'entrée était saturé d'une odeur chimique, une réminiscence de couloirs d'hôpitaux et de souffrances sédatées. L'éther.
Il ne rangea pas son parapluie. Il resta immobile dans le vestibule, le cœur battant à une fréquence qu'il aurait diagnostiquée comme une tachycardie sinusale liée à une réponse de combat ou de fuite.
— Il y a quelqu'un ? lança-t-il, sa voix trahissant une fêlure qu'il détesta instantanément.
Le craquement du vieux parquet à l'étage fut sa seule réponse. Un craquement délibéré. Rythmé. Finch se dirigea vers son bureau, là où il gardait ses dossiers les plus sensibles. La porte était entrouverte. La lumière de la rue, filtrée par la brume, jetait des ombres squelettiques sur les murs tapissés de livres de médecine.
Sur son bureau en acajou, l'ordre maniaque qu'il imposait à sa vie avait été violé. Au centre de la surface de cuir vert, un dossier cartonné jauni par le temps l'attendait. Il reconnut l'écriture immédiatement. Sa propre écriture, nerveuse, datée de sept ans plus tôt.
DOSSIER MÉDICAL : HALLOWAY, JULIAN. SUJET 402. PROTOCOLE LAZARUS.
À côté du dossier, une tasse de thé en porcelaine de Chine fumait encore. Alistair s'approcha, ses doigts effleurant le bord de la tasse. Elle était brûlante. Il regarda le liquide sombre. À la surface flottait un petit morceau de coton imbibé de sang.
— Vous avez toujours aimé le Earl Grey, Alistair. Un peu trop amer à mon goût, mais tellement... civilisé.
La voix venait du coin le plus sombre de la pièce, là où se trouvait le fauteuil en cuir de son père. Une voix douce, presque mélodieuse, mais portant en elle le grincement d'un métal que l'on torture. Un froid remonta le long du dos de Finch, comme si quelqu'un venait d'ouvrir une fenêtre sur la morgue de Saint-Jude. Il savait que s'il allumait la lampe, le monstre qu'il avait lui-même engendré serait là, assis dans l'ombre, l'attendant pour le diagnostic final.
Finch ne bougea pas vers l'interrupteur. Son esprit, entraîné à compartimenter l'horreur, se mit à fonctionner par réflexe professionnel. État du sujet : Présence intrusive. Intention : Domination psychologique par la mise en scène. Mais ses mains, elles, refusaient d'obéir à cette froideur. Elles tremblaient violemment dans les poches de son manteau.
— Julian, murmura-t-il.
— "Docteur" Halloway pour vous, Alistair. N'est-ce pas ce que vous répétiez en 1972 ? Que nous étions partenaires dans cette quête de la psyché humaine ?
L'homme dans l'ombre se leva lentement. Sa silhouette était d'une maigreur effrayante, accentuée par un costume trop large, sans doute volé, qui flottait sur ses membres comme un linceul. Quand il fit un pas dans le rai de lumière grise, Finch dut réprimer un haut-le-cœur. Le visage de Julian était un champ de bataille de cicatrices blanchâtres, souvenirs des électrodes et des sangles de cuir de Saint-Jude. Ses yeux, d'un bleu délavé, presque transparents, ne cillaient pas.
— Vous avez vieilli, Alistair. Le remords fatigue, n'est-ce pas ? Ou est-ce la peur de voir la vérité s'étaler dans les journaux ?
Julian s'approcha du bureau et posa un doigt long et osseux sur le dossier "Lazarus". Son ongle était noirci, abîmé.
— Sept ans de silence, reprit Julian. Sept ans à revivre chaque seconde de votre "protocole" dans ma cellule. Vous savez ce qui m'a tenu en vie ? L'idée que vous pensiez m'avoir brisé. Mais vous ne m'avez pas brisé, Docteur. Vous m'avez juste... épuré. Vous avez enlevé tout ce qui était humain pour ne laisser que ce que vous cherchiez : la bête pure.
Finch recula d'un pas, heurtant une étagère. Des livres de psychiatrie tombèrent au sol dans un bruit sourd, comme des corps.
— Julian, je peux vous aider. Vous êtes en crise de décompensation. Si nous appelons les secours...
Un rire sec, semblable à un craquement de branche morte, coupa Finch. Julian brandit soudain un objet qui brillait faiblement dans la pénombre. Un scalpel. Un modèle ancien, celui que Finch utilisait pour ses dissections neurologiques clandestines.
— L'aide, c'est fini. On va passer à l'expertise. Mais cette fois, c'est moi qui pose les questions. Et croyez-moi, ma méthode est beaucoup plus... directe que la vôtre.
Soudain, une sirène de police retentit au loin dans les rues de Londres, étouffée par le brouillard. Julian inclina la tête, un sourire carnassier étirant ses cicatrices.
— Ne vous inquiétez pas pour eux, Alistair. Avec la grève des transports et ce temps, personne ne viendra à Marylebone ce soir. Nous avons toute la nuit pour discuter de votre fille. Elowen est charmante, vous savez ? Elle a votre regard... mais j'espère qu'elle n'a pas votre cœur.
Le sang de Finch se glaça. L'attaque n'était pas physique, elle était totale. Julian ne voulait pas le tuer ici. Il voulait le vider de sa substance, le réduire à néant avant de porter le coup de grâce.
— Ne la touche pas, hoqueta Finch, perdant enfin son masque professionnel.
— Oh, je ne l'ai pas touchée. Pas encore. Elle m'a même indiqué le chemin de votre appartement. Elle pense que je suis l'un de vos anciens collègues. Un homme charmant, m'a-t-elle dit.
Julian rangea le scalpel avec une lenteur cérémonieuse, se tourna vers la fenêtre et observa le brouillard londonien.
— Je reviendrai demain, Alistair. Lisez le dossier. Relisez chaque note, chaque cri que vous avez consigné. Rappelez-vous ce que vous m'avez fait. Parce que demain, nous allons commencer l'expérience Lazarus... Phase 2.
Avant que Finch ne puisse réagir, l'homme se fondit dans l'obscurité du couloir. Le psychiatre se précipita vers la porte, mais il n'y avait plus personne. Seul le courant d'air froid de l'escalier et cette odeur d'éther qui refusait de s'en aller.
Finch retourna à son bureau, les jambes soudain incapables de le porter. Il ouvrit le dossier. À l'intérieur, il n'y avait pas seulement ses notes. Il y avait une mèche de cheveux blonds. Les cheveux d'Elowen.
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Le Protocole Lazarus
ActionLondres, novembre 1979. La ville est paralysée par les grèves, le brouillard, l'hiver du mécontentement. Le Dr Alistair Finch rentre chez lui et trouve, posé sur son bureau, un dossier qu'il pensait avoir détruit : PROTOCOLE LAZARUS. SUJET 402. Sept...
