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Les murmures de la forêt

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Point de vue:Azaë Astoriane

La pluie tombait depuis trois jours.

Pas une pluie violente, non. Une pluie lente, presque mélancolique, qui semblait avoir oublié comment s'arrêter. Elle enveloppait la forêt d'un voile gris, faisait ployer les hautes fougères et transformait les sentiers en rubans de terre sombre où les empreintes disparaissaient aussitôt.

J'aimais cette pluie.

Elle étouffait le monde.

Depuis la fenêtre de ma chambre, je contemplais les immenses sapins qui entouraient le domaine. Ils étaient si hauts que leurs cimes disparaissaient dans la brume, comme si le ciel refusait de les regarder. À cette heure de la matinée, seules quelques silhouettes se distinguaient encore entre les troncs noirs : un cerf blanc avançait lentement près du lac, suivi de deux faons, tandis qu'un renard au pelage roux disparaissait sous les racines d'un vieux chêne.

Plus loin, j'aperçus un corbeau se poser sur la statue brisée d'un ange.

Il était toujours là.

Chaque matin.

À la même heure.

Je n'avais jamais cherché à comprendre pourquoi.

Dans cette forêt, certaines choses existaient sans avoir besoin d'explication.

Je laissai mon regard glisser sur mon reflet dans la vitre.

Les longues mèches blanches de mes cheveux tombaient jusqu'au creux de mes reins, légèrement ondulées par l'humidité de la pièce. Mon unique œil bleu clair semblait presque translucide sous la lumière grise du matin, tandis que l'autre demeurait caché derrière la cicatrice qui traversait ma paupière. Je n'avais jamais pris la peine de la dissimuler.

Les gens avaient toujours davantage peur de ce qu'ils voyaient que de ce qu'ils imaginaient.

Je portais une robe noire aux manches longues, serrée à la taille par un corset de cuir souple. Les broderies argentées qui couraient le long des manches représentaient des branches d'aubépine et un fin croissant de lune. L'ourlet effleurait le sol de pierre froide, cachant les bottes que je portais toujours lorsque je sortais.

Les robes n'étaient pas faites pour courir dans les bois.

Pourtant, je n'avais jamais porté autre chose.

J'aimais leur façon de suivre chacun de mes mouvements.

J'aimais le silence du tissu lorsqu'il effleurait le parquet.

J'aimais surtout qu'elles donnent l'impression que je n'avais jamais besoin de me battre.

C'était une erreur que beaucoup commettaient.

Un léger grincement me tira de mes pensées.

La vieille porte en chêne s'ouvrit lentement.

— Tu vas finir par traverser cette fenêtre à force de la regarder.

Je ne me retournai pas immédiatement.

Je connaissais cette voix depuis aussi longtemps que mes souvenirs existaient.

— Bonjour, Maelis.

Elle entra sans attendre mon invitation.

Maelis était une femme dont personne n'aurait su deviner l'âge. Ses longs cheveux gris étaient tressés avec une précision presque militaire, et son visage, marqué par le temps, conservait une étrange douceur. Ses yeux, d'un vert profond, semblaient capables de lire une personne avant même qu'elle n'ouvre la bouche.

Elle portait toujours la même robe de laine sombre recouverte d'un tablier aux nombreuses poches. Certaines contenaient des herbes séchées, d'autres de petits flacons de verre ou des morceaux de craie blanche dont elle se servait pour tracer d'étranges symboles sur les portes du manoir.

Je ne lui avais jamais demandé ce qu'ils signifiaient.

Je savais seulement qu'elle les renouvelait chaque pleine lune.

Et qu'aucun étranger n'avait franchi les limites du domaine depuis des années.

— Tu n'as presque rien mangé hier, reprit-elle en posant un plateau sur une petite table ronde.

Du pain encore chaud.

Du miel.

Des pommes.

Une infusion dont l'odeur rappelait la lavande et le romarin.

Je m'approchai sans un mot.

Maelis savait parfaitement que je mangeais peu lorsque je réfléchissais trop.

Elle soupira.

— Tu as encore passé la nuit dans la bibliothèque.

Ce n'était pas une question.

Je hochai simplement la tête.

La bibliothèque était devenue mon refuge bien avant que je sois assez grande pour atteindre les étagères les plus hautes. Des milliers de livres y dormaient, certains si anciens que leurs pages semblaient prêtes à tomber en poussière au moindre souffle.

L'histoire des royaumes.

Les constellations.

Les dragons.

Les plantes.

Les langues oubliées.

Les légendes.

Les dieux.

Surtout les dieux.

J'avais lu presque tous les ouvrages qui remplissaient cette pièce.

Et pourtant...

J'avais l'impression qu'il manquait toujours les pages les plus importantes.

Comme si quelqu'un les avait volontairement arrachées.

Je pris une pomme sur le plateau.

— Tu comptes encore sortir aujourd'hui, n'est-ce pas ?

Je mordis dans le fruit avant de répondre.

— Oui.

— Il pleut.

— Je sais.

— Les chemins sont impraticables.

— Je sais.

— Les loups descendent plus près du manoir quand il pleut.

Je souris légèrement.

— Ils me connaissent.

— Les loups, oui. Les hommes, beaucoup moins.

Le silence retomba.

Il était fréquent entre nous.

Jamais gênant.

Depuis mon enfance, Maelis m'avait appris une chose : le silence révélait souvent davantage que les paroles.

Je posai la pomme sur la table.

— Tu n'es pas venue pour parler de la pluie.

Ses lèvres s'étirèrent en un sourire discret.

— Non.

Elle glissa la main dans la poche de son tablier et en sortit une enveloppe de cire noire.

Le sceau n'était pas brisé.

Au centre brillait un symbole que je n'avais jamais vu auparavant.

Une couronne.

Traversée par un croissant de lune.

Mon cœur se serra imperceptiblement.

Pour la première fois depuis longtemps...

Quelqu'un semblait savoir que nous existions.

Et, sans que je puisse l'expliquer, je sentis que, dès l'instant où cette lettre serait ouverte, plus rien ne serait jamais comme avant.

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