1- Le manoir Xavier

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Le manoir Xavier était immense. Trop immense pour seulement deux personnes.
Perché au milieu des collines verdoyantes du comté de Westchester, il semblait presque irréel, avec ses grandes fenêtres, ses colonnes blanches et ses jardins qui s'étendaient à perte de vue. Lorsque j'étais petite, les couloirs résonnaient des rires de ma famille. Aujourd'hui, seuls Charles et moi occupions cette gigantesque demeure.
Enfin... presque.
— Lisa ! cria mon frère depuis le rez-de-chaussée.
Je levai les yeux au ciel en refermant mon livre avant de quitter ma chambre. Les escaliers en bois craquèrent sous mes pas tandis que je descendais jusqu'au salon.
Charles était installé sur le canapé, un journal entre les mains et une tasse de café posée sur la table basse. Ses cheveux bruns étaient encore en bataille, preuve qu'il s'était levé depuis peu.
— Tu sais qu'il existe des moyens beaucoup plus civilisés de prévenir quelqu'un qu'on a besoin de lui ? demandai-je en m'asseyant à côté de lui.
Un sourire amusé apparut sur son visage.
— Je pourrais entrer directement dans ton esprit, mais j'essaie de respecter ton intimité.
Je laissai échapper un rire.
— Quelle gentillesse.
Il posa son journal et tourna la tête vers moi.
— Roman et Aurèle arrivent dans une heure.
— Vraiment ?
— Ils ont insisté pour venir déjeuner.
Je souris instantanément. Roman et Aurèle étaient les seules personnes capables de faire oublier à Charles et moi la solitude qui régnait parfois dans le manoir. Depuis toujours, ils faisaient partie de notre vie et nous acceptaient tels que nous étions, sans jamais nous juger.
Je me levai brusquement.
— Dans ce cas, je vais préparer quelque chose.
— Lisa...
Je me retournai vers mon frère.
— Tu sais très bien que les domestiques peuvent s'en occuper.
— Peut-être, mais j'aime cuisiner.
Charles leva les mains en signe de reddition.
— Très bien, je n'ai rien dit.
Quelques heures plus tard, le silence du manoir fut remplacé par les éclats de rire familiers de Roman et Aurèle.
À peine la porte ouverte, Roman me prit dans ses bras.
— Tu nous as manqué !
— Vous m'avez manqué aussi.
Aurèle arriva juste derrière lui et déposa un baiser sur ma joue.
— Charles est toujours aussi insupportable ?
Mon frère, qui venait d'apparaître dans l'entrée, croisa les bras.
— Je suis juste derrière toi, je te signale.
— Ah bon ? Je n'avais pas remarqué.
Je ne pus m'empêcher d'éclater de rire tandis que Charles soupirait dramatiquement.
Pendant le déjeuner, les conversations s'enchaînèrent naturellement. Roman racontait ses dernières aventures, Aurèle se moquait gentiment de Charles, et pendant quelques heures, le manoir retrouva la chaleur d'un véritable foyer.
Pourtant, au fond de moi, quelque chose semblait étrange.
Une sensation que je ne connaissais pas.
Comme un murmure lointain.
Je fronçai les sourcils et portai ma main à ma tempe.
— Lisa ? demanda Charles.
Je relevai la tête.
— Tu entends ça ?
Roman et Aurèle échangèrent un regard incompréhensif.
— Entendre quoi ? demanda Aurèle.
Le murmure devenait de plus en plus fort.
Puis, soudainement, une voix traversa mon esprit.
Tu n'es pas seule.
Je me levai brusquement, faisant tomber mon verre sur la table.
— Lisa !
Le monde autour de moi sembla ralentir. Des images défilaient devant mes yeux : des souvenirs qui n'étaient pas les miens, des pensées étrangères, des émotions inconnues.
La peur.
La tristesse.
La colère.
Je reculais de plusieurs pas, complètement paniquée.
— Charles, qu'est-ce qui m'arrive ?
Mon frère se leva immédiatement et posa ses mains sur mes épaules.
— Regarde-moi.
J'essayai de reprendre mon souffle.
— Je crois que... j'entends des voix.
Pendant une seconde, Charles resta silencieux.
Puis, un sourire presque émerveillé apparut sur son visage.
— Lisa... tu es en train de découvrir tes pouvoirs.
Je le regardai, incapable de comprendre.
— Mes pouvoirs ?
Charles acquiesça doucement.
— Tu es comme moi.
Le silence s'installa dans la pièce.
Roman et Aurèle observaient la scène avec inquiétude, tandis que je sentais encore des dizaines de pensées frôler mon esprit.
— J'ai peur, soufflai-je.
Charles me prit dans ses bras.
— Ne t'inquiète pas.
Sa voix était calme, rassurante.
— Je serai toujours là pour toi.
Je fermai les yeux, essayant d'ignorer le chaos qui régnait dans ma tête.
À cet instant, je ne savais pas encore que ce n'était que le début.
Je ne savais pas encore que nos vies allaient changer à jamais.
Et je ne savais surtout pas qu'à des milliers de kilomètres de là, un homme nommé Erik Lensherr était déjà en train de bouleverser notre destin.

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