Chapitre 1 - Un nouveau départ
Le ciel était gris.
Pas ce gris qui annonce une simple pluie d'été. Non. Un gris lourd, étouffant, comme si le ciel lui-même refusait de laisser passer la lumière.
J'avais posé mon front contre la vitre du train depuis plus d'une heure. Les gouttes de pluie glissaient lentement devant mes yeux, brouillant le paysage qui défilait. Plus les kilomètres passaient, plus je m'éloignais de la France... et de tout ce que j'avais connu.
- Nous y sommes presque, me dit ma mère en posant doucement sa main sur la mienne.
Je hochai simplement la tête.
Je n'avais presque pas parlé depuis notre départ.
Qu'est-ce que j'aurais pu dire, de toute façon ?
Que je n'avais pas envie de partir ?
Que j'avais peur ?
Ou que j'avais l'impression d'abandonner une partie de moi derrière moi ?
Je passai machinalement mes doigts sur le collier que je portais autour du cou. C'était le seul objet auquel je tenais réellement. Le seul souvenir que je m'étais promis de ne jamais quitter.
Le train ralentit progressivement avant de s'arrêter dans un long grincement métallique.
À travers la vitre, je lus le nom de la gare.
ASHFORD.
C'était donc ici que ma nouvelle vie allait commencer.
Ou peut-être se terminer.
---
À peine descendue du train, une pluie glaciale s'abattit sur nous. Je remontai la fermeture de ma veste jusqu'au menton tandis que le vent faisait voler mes cheveux dans tous les sens.
- Bienvenue en Angleterre..., soufflai-je avec un sourire ironique.
Ma mère laissa échapper un petit rire.
- Tu verras, on finira par s'y habituer.
J'espérais qu'elle avait raison.
Après avoir récupéré nos valises, nous montâmes dans un taxi noir. Le chauffeur nous salua avec un grand sourire.
- Première fois à Ashford ?
- Oui, répondit ma mère.
- Vous allez voir, c'est une ville particulière. Les gens sont gentils... mais certains endroits cachent beaucoup d'histoires.
Je regardais défiler les rues sans vraiment écouter la conversation.
Les maisons en briques rouges semblaient sortir d'un vieux film anglais.
Des étudiants riaient en traversant les rues malgré la pluie.
Les cafés étaient remplis.
Tout semblait vivant.
Et pourtant...
Je me sentais complètement étrangère à cet endroit.
---
Le taxi finit par s'arrêter devant une petite maison en briques rouges.
Elle était plus jolie que ce que j'avais imaginé.
Un petit jardin entourait la maison et, derrière celle-ci, un immense chêne dominait le paysage.
- Elle te plaît ? demanda ma mère.
Je levai les yeux vers la maison.
- Oui... elle est belle.
C'était vrai.
Pour la première fois depuis longtemps, quelque chose me donnait envie d'y croire.
Peut-être qu'ici, tout serait différent.
Peut-être que je réussirais enfin à tourner la page.
Nous passâmes le reste de l'après-midi à déballer les cartons.
Quand j'entrai dans ma nouvelle chambre, je restai quelques instants immobile.
Les murs étaient blancs.
La pièce était lumineuse.
La fenêtre donnait directement sur la rue.
Je posai mon carton sur le sol avant d'ouvrir la fenêtre.
L'air frais me fouetta le visage.
Je respirai profondément.
J'avais l'impression de respirer pour la première fois depuis des mois.
Mon téléphone vibra soudain dans la poche de mon jean.
Numéro inconnu.
Mon cœur se serra.
J'ouvris le message.
"Parfois, changer de ville ne suffit pas pour échapper à son passé."
Je sentis mon souffle se bloquer.
Non...
Ce n'était pas possible.
Personne ne savait que j'étais ici.
Personne.
Je relus le message plusieurs fois, espérant que les mots changeraient.
Mais ils étaient toujours là.
Je composai immédiatement le numéro.
Quelques secondes plus tard, une voix automatique retentit.
- Le numéro que vous demandez n'est plus attribué.
Je restai figée.
Mes mains tremblaient.
Une boule se forma dans ma gorge.
Je me précipitai vers la fenêtre et écartai légèrement le rideau.
De l'autre côté de la rue, une berline noire était garée.
Les vitres étaient si teintées qu'il était impossible de distinguer le conducteur.
Je restai à l'observer.
Puis, comme si quelqu'un avait senti mon regard, les phares s'allumèrent.
La voiture démarra lentement avant de disparaître au coin de la rue.
Je refermai aussitôt le rideau.
Mon cœur battait si fort que j'avais l'impression qu'il allait sortir de ma poitrine.
J'étais arrivée à Ashford depuis moins de deux heures...
Et pourtant...
J'avais déjà la terrible impression que mon passé m'avait retrouvée.
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A Travers Les Ombres
Non-FictionÀ travers les ombres Résumé À Ashford, une ville anglaise où les secrets circulent plus vite que les rumeurs, Léna Moreau, 18 ans, tente de recommencer sa vie. Après un événement qui a bouleversé son existence, elle quitte la France avec sa mère pou...
