-Zachariah-
Le ballon arriva dans ma direction au moment où je coupais le moteur de ma moto, et je n'ai eu qu'à tendre une main pour l'intercepter avant qu'il ne termine sa course contre mon casque.
Raphaël protesta aussitôt depuis les marches du bâtiment principal, tandis que Gabriel riait de le voir manquer une nouvelle tentative pour me prendre au dépourvu.
— Sérieusement, comment il fait pour jamais se faire surprendre ?
— Ce n'est pas lui qui est impossible à surprendre, c'est toi qui es beaucoup trop prévisible, répliqua Gabriel.
Ezéchiel, adossé à l'une des colonnes, leva brièvement les yeux de son téléphone, comme souvent il ne prend pas la peine de commenter. Gabriel et Raphaël occupaient les marches avec leur ballon, tandis qu'Ezéchiel supportait leur agitation avec la résignation d'un homme qui les connaissait depuis trop longtemps pour espérer les voir changer.
Je retirai mon casque, descendis de la moto et lançai le ballon à Gabriel. Il le rattrapa contre sa poitrine, reculant d'un pas sous la force de la passe.
— Tu es en retard, lança-t-il.
— Vous êtes arrivés trop tôt.
Raphaël descendit une marche et tendit la main. Gabriel lui envoya le ballon.
— On essayait justement de voir comment on allait gérer cette année, expliqua Raphaël.
— Cette saison, corrigea Ezéchiel sans lever les yeux de son téléphone.
Raphaël récupéra la passe et esquissa un sourire.
— Je ne parlais pas de football.
— Moi non plus, répondit Ezéchiel.
Nous nous connaissions depuis assez longtemps pour ne plus avoir besoin de demander ce que les autres avaient fait pendant l'été. Pour certains, les semaines s'étaient partagées entre villas sur la côte, soirées privées et filles de passage. Pour d'autres, entre réunions interminables, stages imposés et premiers pas dans les entreprises familiales. Dans notre monde, même les vacances servaient à préparer l'avenir.
À chaque rentrée, notre fraternité reprenait là où nous l'avions laissée, avec les mêmes règles tacites et de nouveaux visages à mettre à l'épreuve.
Ezéchiel appartenait à notre groupe, mais pas à tout ce que Gabriel, Raphaël et moi faisions ensemble. Il connaissait nos distractions et refusait d'y prendre part. Cela ne nous avait jamais pour autant séparés. Certaines loyautés naissaient bien avant qu'on découvre toutes les raisons qu'elles auraient eues de mourir.
Gabriel, Raphaël et moi n'avions jamais eu besoin de donner un nom à nos habitudes. Une femme attirait l'attention de l'un de nous, puis les deux autres décidaient si elle méritait qu'on s'y intéresse ensemble. Certaines comprenaient immédiatement ce qu'on leur proposait. D'autres s'imaginaient que l'un de nous finirait par les choisir au détriment des deux autres.
Raphaël envoi le ballon à Gabriel, qui me le renvoi presque aussitôt. Nos passes s'accélérèrent à travers la cour, obligeant les étudiants à s'écarter prudemment de notre trajectoire.
— On n'a encore rien trouvé, constata-t-il.
Gabriel balaya brièvement la foule du regard avant de secouer la tête.
Raphaël se tourna vers moi.
— Et toi, Zachariah ?
Je ne répondis pas.
Une femme venait d'apparaître sous la galerie qui longeait le bâtiment opposé.
Elle était seule et puisque personne ne la saluait, je compris immédiatement qu'elle était nouvelle à Blackwood. Pourtant, rien dans sa démarche ne trahissait l'incertitude habituelle des nouveaux arrivants. Elle n'hésitait pas entre deux directions et n'observait pas les façades avec l'émerveillement docile de ceux qui se sentaient privilégiés d'avoir été admis ici. Elle avançait comme si elle savait exactement où elle allait.
Le vent soulevait ses cheveux blonds autour de son doux visage, elle ne tenta pas de les remettre en place. Elle traversait la cour avec une assurance calme, sans se presser ni prêter attention aux regards qui se posaient sur elle.
Je la suivis des yeux.
Je ne vis pas venir la passe de Gabriel. Le ballon heurta une marche, puis roula à travers la cour jusqu'à s'immobiliser sous la semelle de sa chaussure. Elle s'arrêta.
— Tu dormais, Ashford ? demanda Gabriel.
Je ne lui répondis toujours pas.
La jeune femme baissa les yeux vers le ballon, puis releva lentement la tête à la recherche de son propriétaire. Son regard passa sur chacun de nous, avant de rencontrer le mien.À la façon dont ses yeux noisette se fixèrent sur moi, je compris qu'elle avait deviné que je l'observais bien avant que le cuir ne termine à ses pieds.
J'avoue que je m'attendais à voir apparaître la gêne, de la curiosité ou même une petite satisfaction discrète que certaines femmes peuvent éprouvés en découvrant qu'elles retiennent mon attention. Mais non, elle ne m'offrit rien de tout cela. Son regard resta ancré au mien assez longtemps pour que le silence installait entre nous devient lourd. Elle redressa légèrement le menton, et son calme prit soudain des allures de provocation.
Elle ne cherchait pas à me séduire, ça non, elle refusait tout simplement de céder. Elle rompt finalement le contact en se penchant pour récupérer le ballon. Je m'attendais à ce qu'elle le lance à l'un d'entre nous ou qu'elle le laisse sur place. Pourtant, elle s'avança vers nous, contourna Raphaël sans lui accorder la moindre attention, puis tendit le ballon à Ezéchiel, qui le récupéra sans un mot. Elle repartit aussitôt.
Nos regards accompagnent sa silhouette jusqu'aux marches qu'elle gravit sans ralentir, comme si ce moment n'avait représenté pour elle que quelques secondes perdues. Avant de franchir les portes, elle tourna pourtant la tête vers nous et ses yeux retrouvèrent directement les miens. Cette fois, il n'y avait plus aucune ambiguïté. Elle avait parfaitement compris ce que mon regard lui promettait et, au lieu de s'en protéger, elle avait choisi d'y répondre.
Puis elle disparut à l'intérieur.
— Elle ? demanda Gabriel.
Son ton suffisait à préciser la question. Raphaël regardait toujours les portes, un sourire lentement revenu sur les lèvres. Ezéchiel, lui, avait déjà repris son téléphone, comme si la décision qui se préparait ne le concernait pas. Je ne connaissais pas son prénom. J'ignorais tout de ce qui l'avait conduite à Blackwood. Mais nous n'avions jamais eu besoin d'en savoir autant pour commencer. Elle venait de retenir mon attention. Celle de Gabriel aussi. Quant au sourire de Raphaël, il n'avait plus rien de distrait.
Nous avions trouvé de quoi occuper notre année.
— Elle, confirmai-je.
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Underneath
RomanceÀ Blackwood, Zachariah Ashford est intouchable. Beau, riche, adulé, fils du gouverneur et promis à une célébrité qui semble déjà acquise, il incarne tout ce que Talya Bennett méprise : les privilèges, l'arrogance et ces hommes trop puissants pour su...
