Prologue

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Chez les Tambassi, on ne naît pas libre. On hérite de l'ombre.

Le soleil se levait sur Bamako avec une intensité inhabituelle.

À croire qu'une nouvelle ère venait de commencer dans la capitale, à l'insu de tous ses habitants.

Une seule personne connaissait la vérité.

Une femme qui venait tout juste de donner naissance.

Pendant toute la durée de son accouchement, la pluie s'était abattue sans relâche. Le tonnerre grondait avec une violence effrayante, comme si le ciel lui-même refusait de retrouver son calme. Les éclairs déchiraient les nuages, gagnant en puissance à chaque détonation.

Puis...

Le bébé poussa un premier cri.

Un cri si perçant qu'il sembla déchirer le silence.

Et soudain...

Plus rien.

Un silence anormal s'abattit sur la salle d'accouchement.

L'inquiétude envahit aussitôt les sages-femmes. Elles transpiraient à grosses gouttes. Toutes savaient qu'en cas de décès du nouveau-né, elles ne reverraient probablement jamais le soleil se lever.

Pourtant...

Après plusieurs examens, le verdict était sans appel.

Le bébé respirait normalement.

Son cœur battait parfaitement.

Il était en parfaite santé.

Mais quelque chose dérangeait.

Il ne pleurait plus.

Il observait simplement le monde qui l'entourait avec un calme troublant.

Les sages-femmes échangèrent des regards inquiets, incapables d'expliquer cette étrange sérénité.

L'une d'elles prit délicatement le nourrisson avant de le déposer contre sa mère.

Les larmes envahirent immédiatement les yeux de cette dernière.

Non pas de tristesse...

Mais d'un amour indescriptible.

Ses doigts tremblaient lorsqu'elle caressa la joue de sa fille.

Puis les portes de la salle s'ouvrirent brusquement.

Son père venait d'entrer.

Essoufflé.

Le regard brûlant d'impatience.

Son cœur semblait battre jusque dans ses tempes.

Puis...

Il posa les yeux sur le nouveau-né.

Son visage se décomposa.

- C'était censé être un garçon...

Sa voix était glaciale.

- Pourquoi est-ce que je vois une fille ?

Toutes les échographies.

Tous les médecins.

Tous les spécialistes.

Tous lui avaient annoncé la même chose.

Un garçon.

Un héritier.

Celui qui porterait son nom.

Celui qu'il façonnerait à son image.

Mais à la place...

Une fille.

À ses yeux...

Une déception.

La mère, elle, ne regarda même pas son mari.

Son monde se résumait désormais à ce petit être contre elle.

Garçon ou fille...

Cela n'avait jamais eu la moindre importance.

D'une main tremblante, elle retira le pendentif qu'elle portait autour du cou.

Un bijou transmis de génération en génération.

Elle le passa délicatement autour du cou de sa fille.

Puis déposa un tendre baiser sur son front.

Pendant une infime seconde...

Les traits sévères du nourrisson semblèrent s'adoucir.

Un sourire illumina le visage de la mère.

Une erreur.

Une terrible erreur.

BANG !

La détonation fit trembler les murs.

La balle traversa son abdomen.

Son corps vacilla avant de s'effondrer au sol.

Son souffle se coupa.

Le sang commença lentement à se répandre sur le carrelage immaculé.

L'homme abaissa calmement son arme.

Comme si rien d'important ne venait de se produire.

Comme si ce meurtre n'était qu'un détail.

Son regard resta vide.

Sans émotion.

Sans le moindre regret.

Il se tourna vers ses hommes.

- Jetez son corps dans un lac.

Sa voix ne tremblait pas.

- Faites croire qu'elle s'est suicidée après avoir échoué à donner un héritier à la famille.

Les gardes s'inclinèrent immédiatement.

Car personne ne désobéissait au chef de la famille Tambassi.

Une dynastie si puissante que son influence dépassait largement les frontières du Mali.

Une famille capable d'influencer l'économie d'un pays entier depuis les coulisses.

Une famille dont une simple décision pouvait faire tomber un président...

Ou en installer un autre.

Avant de quitter la pièce, l'homme posa une dernière fois les yeux sur le nourrisson.

Un sourire lent...

Glacial.

Cruel.

Étira ses lèvres.

- Puisque je n'ai pas eu le fils que je voulais...

Il prit délicatement sa fille dans ses bras.

- Je ferai d'elle l'arme la plus dangereuse que ce monde ait jamais portée.

Le bébé ne pleura pas.

Ne détourna pas le regard.

Comme si...

Le destin qui l'attendait était déjà gravé dans son âme.

Ce jour-là...

Une mère mourut.

Une arme naquit.

Et sans le savoir, l'empire Tambassi venait de signer le début de sa propre chute.






Alors mes Gardiens de l'ombre...👀

J'espère que vous avez aimé

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