Le bureau de la commissaire Florence Cassandre sentait le café froid et le papier neuf. Sur son écran, une boîte mail débordait déjà de messages non lus, et sur son bureau, une pile de dossiers attendait sagement d'être signée. Mais ce matin-là, ce n'était pas un rapport d'enquête qui trônait au centre de la table.
C'était une liste.
Traiteur — à confirmer.
Fleurs — Lily veut du blanc, Jules veut de la couleur, bon courage.
Salle de réception — à visiter.
Liste des invités.
Florence soupira et posa son stylo. Un mois. Un mois pour transformer l'annonce de son fils « Maman, on se marie » en un événement qui tienne debout.
Trois coups à la porte. Elle n'eut même pas besoin de lever les yeux pour savoir qui c'était.
— Entre, Roche.
Le capitaine Pascal Roche passa la tête dans l'embrasure, un gobelet de café dans chaque main, un dossier coincé sous le bras.
— J'ai supposé que vous en vouliez un. Vu votre tête devant cette liste.
Il posa le café devant elle sans qu'elle ait rien demandé. Il savait comment elle le prenait long et sucré, depuis des années. C'était bête, ce genre de détail. Ça n'aurait pas dû lui faire quelque chose. Et pourtant.
— Merci, dit-elle simplement, en évitant son regard une seconde de trop pour que ce soit naturel.
Pascal s'assit face à elle, de l'autre côté du bureau, comme si c'était la chose la plus banale du monde. Comme s'ils n'étaient pas commissaire et capitaine du même commissariat, comme si dix ans de tension polie et de non-dits n'existaient pas entre eux.
— Alors, dit-il en attrapant la liste pour la retourner vers lui, on en est où ?
— Nulle part. Lily veut des fleurs blanches, Jules veut de la couleur, et je dois trouver un traiteur qui fait à la fois du laotien et du français parce que, je cite mon fils, « il faut que ça ait du sens, maman, puisque c'est la que nous nous sommes rencontrés avec Lily. »
Un petit rire lui échappa, à Pascal. Un rire fatigué, mais sincère.
— Ça leur ressemble bien, ça. Lily aussi m'a fait un discours sur le sens des choses, hier soir au téléphone. Je crois qu'ils se sont passé le mot.
— Ou qu'ils sont juste amoureux et qu'ils veulent que tout soit parfait, répondit Florence, plus doucement qu'elle ne l'aurait voulu.
Le silence qui suivit n'était pas gênant. C'était pire que ça, il était confortable.
— On pourrait se voir en dehors du commissariat, proposa Pascal, comme si de rien n'était, en piquant un des sablés qu'elle gardait toujours dans un tiroir. Pour avancer sur tout ça. Un dîner de travail, disons.
Florence leva un sourcil.
— Un dîner de travail.
— Avec des listes. Et peut-être un peu de vin, pour supporter les listes.
— Roche.
— Commissaire ?
Il avait dit ça avec ce sourire en coin qu'elle lui connaissait depuis des années, celui qu'il sortait uniquement quand il savait qu'il marchait sur une ligne. Un sourire qui, jadis, avait fait battre son cœur un peu plus vite qu'il n'aurait dû — avant qu'elle ne décide, fermement, que ce genre de chose n'avait pas sa place entre collègues. Encore moins entre un commissaire et son capitaine.
— C'est nos enfants qui se marient, dit-elle, en essayant de garder un ton neutre. Ce n'est pas un rendez-vous.
— Je n'ai jamais dit que c'en était un.
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Le mariage de Jules et Lily
RomanceJules et Lily se marient. Entre les préparatifs, les listes interminables et les imprévus de dernière minute, leurs parents, Florence et Pascal, vont devoir apprendre à travailler ensemble... peut-être plus que
