Chapitre 1

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Logan

Le sable est chaud sous mes pieds, cette chaleur particulière que produit le sable quand il a bu du soleil depuis six heures du matin - une chaleur sèche, presque solide, qui monte contre les mollets et s'installe sous la peau. L'air sent le sel, l'huile solaire. Le bruit des vagues est constant, régulier, suffisamment présent pour couvrir les conversations sans les effacer. Des cris d'enfants quelque part sur la droite. Une radio trop forte, deux serviettes plus loin. La vie ordinaire d'une plage en fin d'été.

Je suis allongé sur le dos, un bras replié sous la nuque, les lunettes de soleil poussées jusqu'au bout du nez. Je ne fais rien. C'est le dernier samedi avant la rentrée, avant notre dernière année et je considère que ne rien faire est un droit constitutionnel.

— T'as dormi ? Demande Jake sans lever les yeux de son téléphone.

— Je me repose les yeux.

— Depuis une heure.

— C'est long, se reposer les yeux.

Il ricane sans répondre. À ma gauche, Alex est à plat ventre sur sa serviette, le menton posé sur ses bras croisés, les yeux mi-clos. À ma droite, Jake est assis en tailleur, torse nu, les cheveux encore humides, le pouce qui glisse sur son écran avec la concentration d'un chirurgien. On se connaît tous les trois depuis le lycée — Jake a débarqué dans notre duo et s'est intégré avec la désinvolture naturelle de quelqu'un qui n'a jamais eu à forcer quoi que ce soit dans sa vie. Alex et moi, on se connaissait depuis bien avant ça. Depuis la 2nd grade, une salle de classe qui sentait le crayon gras et la colle blanche, et un gamin qui m'avait prêté son taille-crayon sans que je le lui demande. J'avais décidé ce jour-là que ce type serait mon meilleur ami. Quinze ans plus tard, rien n'a vraiment changé sur ce point.

Ryan est quelque part derrière nous - parti chercher à boire au snack, plus loin sur la plage.

Je souffle lentement par le nez.

Il a débarqué dans le groupe via Jake - un ami d'ami, pas depuis longtemps, le genre d'amitié qui tient sur quelques soirées communes et une disponibilité au bon moment. Jake est mon autre meilleur ami, on passe tout notre temps avec lui. Jake connaît tout le monde partout, c'est dans sa nature et aussi grâce au contact de ses parents qui sont très très riches.

Ryan s'est glissé naturellement dans le groupe suite à ça. Je ne lui ai rien trouvé d'extraordinaire dès le départ. Depuis, je n'ai pas changé d'avis. Il est correct — rien à lui reprocher de précis, rien qui justifie l'irritation sourde que je ressens quand il est dans les parages. Je passe ma langue contre l'intérieur de ma joue, un réflexe idiot que je n'ai jamais réussi à perdre quand quelque chose m'agace. Juste cette impression tenace qu'il occupe de l'espace sans vraiment mériter tout l'espace qu'il occupe.

Ou peut-être que le problème n'est pas vraiment Ryan. Peut-être que c'est ce qu'il représente depuis quelques mois.

Je tourne la tête vers la mer. Vers elle. Le reste de la plage semble perdre un peu de son importance pendant quelques secondes.

Ève et Alice sont au bord de l'eau. Assises dans le sable mouillé, là où les vagues arrivent et repartent — le ressac qui leur passe sur les chevilles, les hanches, et se retire en laissant cette mousse blanche qui disparaît aussitôt. Elles ont les bras tendus derrière elles, avec leurs jambes allongées sur le sable, elles ont l'air d'être dans une profonde conversation.

— Elles sont dans l'eau depuis combien de temps ? Demande Alex sans changer de position.

— Une heure et demie, répond Jake. J'avais arrêté de compter.

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